Les préjugés derrière le projet de loi 70

S'il est adopté, le projet de loi 70 obligerait... (123RF/Katarzyna Bialasiewicz)

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S'il est adopté, le projet de loi 70 obligerait les nouvelles personnes à l'aide sociale, dites aptes à l'emploi, peu importe leur âge, à accepter tout emploi qui leur est offert. Cette obligation sous-entend que ces personnes sont profiteuses du système et ne veulent pas s'en sortir.

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Lettre au ministre François Blais

Comme nouveau ministre de l'Emploi et de la Solidarité sociale, nous vous interpellons. Nous sommes un groupe qui réfléchit depuis trois ans sur les préjugés envers les personnes en situation de pauvreté au Québec. Les préjugés contre ces personnes, particulièrement contre les prestataires d'aide sociale, foisonnent dans notre société. Ils influencent même les décisions des gouvernements, comme c'est le cas actuellement avec le projet de loi 70. 

Un préjugé est une attitude négative ou défavorable envers certains individus, membres d'un groupe donné, basé sur des généralisations abusives. Il renforce l'estime de soi de celui qui l'émet et le fait se sentir supérieur aux personnes visées. La personne ciblée par un préjugé en souffre : elle vit un sentiment d'injustice, se sent rejetée et honteuse de sa condition sociale. Elle perd l'estime d'elle-même et finit par s'auto-exclure d'une société qui se prive alors de la richesse qu'elle aurait pu apporter comme citoyenne à part entière.

Les préjugés s'attaquent ainsi aux droits fondamentaux des personnes visées, tels les droits à un niveau de vie suffisant, à des mesures d'assistance financière ou à des conditions de travail justes et raisonnables. Ces droits sont formulés, notamment, dans la Déclaration universelle des droits de l'Homme, le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels et la Charte des droits et libertés de la personne du Québec, qui interdisent la discrimination et affirment l'égalité de tous les citoyens et citoyennes.

Le projet de loi 70, dans sa forme actuelle, fait fi de ces droits. S'il est adopté, il obligerait les nouvelles personnes à l'aide sociale, dites aptes à l'emploi, peu importe leur âge, à accepter tout emploi qui leur est offert. Cette obligation sous-entend que ces personnes sont paresseuses, dépendantes, profiteuses du système et ne veulent pas s'en sortir. C'est sur la base de ces préjugés que, sous la menace de couper une partie importante de leur prestation, elles devront accepter cet emploi même si les conditions de salaire ou de travail sont inadéquates. 

Il est pourtant clairement écrit dans le Préambule de la Loi visant à lutter contre la pauvreté et l'exclusion sociale, adoptée en 2002, que «les personnes en situation de pauvreté sont les premières à agir pour transformer leur situation [...]». La répression résultant du projet de loi 70 leur causerait un énorme stress, entraînerait de sérieux dégâts sur leur santé mentale et physique et les enfermerait dans un silence humiliant et culpabilisant.

À nos yeux, il va de soi que les mesures coercitives associées à ce projet de loi sont inacceptables. Ce projet est discriminatoire, entretient des préjugés déjà profondément ancrés dans la population, et s'avère destructeur de vies humaines.

Micheline Bélisle, Johanne Gagnon, Patrick Tremblay, Catherine Bach, Maryline Côté, Mélanie Labrie, Marie-Lyne Bouchard et Gilles Tremblay, collectif pour un Québec sans pauvreté, Québec

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