Propositions pour réduire le taux de suicide

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Pour véritablement réduire les taux de suicide au Canada, nous devrions jeter un coup d'oeil du côté des disciplines médicales qui sont parvenues à réduire la mortalité.

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Les taux de suicide et de tentatives de suicide n'ont pas beaucoup bougé au Canada depuis plusieurs dizaines d'années (11 sur 100 000). Ce qui a changé, c'est le taux de suicide chez les militaires, qui connaît une augmentation après des décennies où il était resté stable.

Avec 40 000 soldats qui ont participé à la mission canadienne en Afghanistan, les problèmes de santé mentale et les suicides rapportés chez les forces armées et les vétérans suscitent de l'inquiétude. Les populations autochtones affichent elles aussi des taux de suicide élevés, en particulier celles des communautés nordiques éloignées.

La réduction du taux de suicide nécessitera une action concertée tant au niveau fédéral que provincial. Voici cinq stratégies prometteuses fondées sur des données probantes.

  1. Établir un registre national des personnes au comportement autodestructeur. Les comportements autodestructeurs constituent le plus important indice d'une éventuelle tentative de suicide. C'est pourquoi il est essentiel d'établir un registre national confidentiel des personnes qui les adoptent, semblable à celui que l'Irlande a mis en place. Ce registre aurait pour but de colliger des données précises et d'évaluer les méthodes probantes mises en oeuvre pour réduire le risque de tentative future.
  2. Investir dans les thérapies anti-suicide. Actuellement, les méthodes et les programmes destinés aux personnes ayant des tendances suicidaires visent à traiter les problèmes sous-jacents relatifs à la santé mentale ou à la toxicomanie. Or des travaux récents ont remis cette idée en question et ont démontré la nécessité d'une intervention psychologique directement axée sur le comportement suicidaire. D'après les observations, deux approches - la thérapie cognitivo-comportementale et la thérapie comportementale dialectale - ont permis de réduire les tentatives de suicide chez les personnes qui ont des antécédents de comportement autodestructeur. 
  3. Réduire l'accès aux moyens létaux. C'est l'approche qui a donné les résultats les plus probants en matière de prévention du suicide à l'échelle mondiale. Le suicide est bien souvent un acte impulsif. L'accès aux armes à feu est un facteur de risque; il joue un rôle dans la moitié des suicides réussis aux États-Unis. Dans l'armée suisse, le fait d'avoir limité l'accès aux armes a découragé le passage à l'acte dans près de 80 % des cas. Même si les décès par arme à feu sont moins courants au Canada, 20 % des hommes qui se suicident recourent à ce moyen. Au Royaume-Uni, on a montré que le fait de réduire le nombre de comprimés dans les contenants de Tylenol diminuait le taux de suicide. Au Canada, les médicaments d'ordonnance, notamment les opioïdes, les anxiolytiques et les antidépresseurs sont des causes fréquentes de mort intentionnelle ou non intentionnelle. L'idée de limiter l'accès des personnes au comportement autodestructeur à des quantités importantes de médicaments d'ordonnance ou en vente libre peut donc aider à réduire le nombre de suicides et de morts accidentelles.
  4. Les morts accidentelles ou de cause indéterminée doivent être recensées comme des suicides. Elles s'apparentent à des suicides. Nous savons que les taux de suicide dans le monde sont largement sous-estimés dans une proportion de 30 % ou davantage. L'explication, c'est qu'il est souvent difficile de déterminer la nature du décès et, plus précisément, s'il s'agit bel et bien d'un accident ou d'un suicide. Des éléments indiquent que certaines méthodes de suicide sont plus susceptibles de conduire à une classification indéterminée. De fait, au Royaume-Uni, les décès par blessure dont le motif demeure incertain sont systématiquement comptabilisés dans les statistiques sur le suicide.
  5. La prévention des blessures. Nous avons appris que les morts par suicide ou par accident concernent des individus qui partagent un grand nombre de facteurs de risque : appartenir au sexe masculin; être jeune; être célibataire; avoir un degré de scolarité peu élevé; avoir un faible revenu; avoir un caractère impulsif; éprouver des problèmes de santé mentale et de dépendance.  En règle générale, selon qu'il s'agit de blessures par accident ou de suicide, les efforts de prévention sont distincts. Compte tenu du degré de vulnérabilité commun aux populations concernées et du fait qu'un nombre élevé de morts accidentelles ou de causes indéterminées sont peut-être des suicides, toute initiative de prévention du suicide devrait englober un volet prévention des blessures.
Pour véritablement réduire les taux de suicide au Canada, nous devrions jeter un coup d'oeil du côté des disciplines médicales qui sont parvenues à réduire la mortalité. À titre d'exemple, les responsables de la prévention en matière de VIH et de cancer ont établi des registres nationaux et investi abondamment dans la création de programmes innovateurs pour lutter contre ces maladies mortelles. Il nous faudra les imiter et déployer une action nationale concertée afin de mettre en oeuvre des stratégies probantes visant en particulier les comportements suicidaires.

Jitender Sareen, chef d'équipe du Manitoba Population Mental Health Research Group; Cara Katz, résidente en psychiatrie à l'Université du Manitoba

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