La vie dans le Nord m'a fait grandir

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L'hôpital de Puvirnituq

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Le Soleil

(Inukjuak) En réaction au texte «Séjour d'horreur dans le Nord», de Guillaume Piedboeuf, publié le 1er février.

Sincèrement, je suis très désolée pour ce jeune homme qui semble avoir vécu une expérience bien différente des gens que j'ai côtoyés jusqu'à maintenant à Puvirnituq et dans les autres villages...

Je suis cependant encore plus attristée qu'il y ait de fausses allégations dans son histoire... ça donne moins de crédibilité à son témoignage! En voici une qui m'inquiète particulièrement : «Sans service hospitalier durant la fin de semaine, il panse sa blessure lui-même. Il réussit à parler à une infirmière de Montréal par Skype, qui lui conseille de prendre un bain pour désinfecter la plaie.»

Les ressources ne sont pas les mêmes au nord qu'au sud, par contre si quelqu'un se fait poignarder en pleine nuit la fin de semaine, je vous assure qu'il se fera soigner dans l'immédiat, et ce, qu'il se trouve n'importe où sur la côte! Il y a des soins de santé sept jours sur sept, 24 heures sur 24! Il est impossible que cet homme ait téléphoné sur la ligne d'urgence... il aurait plutôt tenté de gérer les dommages par lui-même en supposant qu'il n'y aurait pas de services! On soigne pourtant des urgences très mineures aux petites heures de la nuit, alors je ne connais pas une seule infirmière qui aurait refusé de voir ce patient poignardé sous prétexte qu'on est la fin de semaine!

De plus, si ce jeune homme à décidé de fermer les yeux devant des enfants qui dormaient à - 50 degrés plutôt que d'appeler la DYP et faire un signalement, et qu'il a décidé de faire fondre de la neige pour boire plutôt que de s'acheter une cruche d'eau à la COOP ou d'interpeller un voisin pour l'aider, et qu'il n'a pas cru bon interpeller les services d'urgence lors de son agression, peut-être faut-il se questionner sur la pertinence de ses dires... et c'est là qu'il y a une grosse faille. 

M. Piedboeuf, je suis infirmière en dispensaire dans le Nord depuis deux ans. Je travaille avec d'autres infirmières, des médecins, des travailleurs sociaux, des policiers qui travaillent au nord depuis plus de 10 ans. J'ai entendu des histoires tristes, assisté indirectement à des actes de violence, vu et observé le climat du Nord dans différents villages de la côte d'Hudson. Rien n'est parfait ici; l'isolement, le surpeuplement des maisons, le choc culturel et générationnel et les problèmes liés à l'alcool sont des enjeux actuels et avec lesquels les Inuits et les professionnels de la santé qui y travaillent luttent tous les jours. Par contre, il y a ici de l'entraide, une résilience, une adaptation constante à tout le mal que nous, les «Blancs», avons fait dans le passé!

Il y a des cas «isolés» très dramatiques et je ne crois pas qu'il faut fermer les yeux sur ça. Seulement, je crains que cet article ne fasse que donner raison à la population de porter un jugement et d'être craintive envers nos voisins du Nord. C'est pourtant une culture qui me fait grandir tous les jours tant professionnellement que personnellement. 

Le Nord, c'est imparfait... C'est des histoires parfois tristes et qui glacent le sang; les statistiques ne mentent pas. Par contre, les enfants ne passent pas leurs nuits à dormir sous les - 50 degrés, l'accès en eau potable est parfois limité, mais pas au point de manger de la neige... Le système de santé n'est pas parfait, mais l'accès aux services d'urgence est disponible 24 heures sur 24. Je vais m'abstenir de parler par rapport au sort des professeurs parce que ce n'est pas mon domaine. Ils vivent une réalité parfois difficile, mais les évènements isolés ne devraient pas illustrer le quotidien et c'est ce que votre article démontre. 

Je crois que par respect pour la culture Inuit, et par respect pour le citoyen moyen québécois qui en connaît très peu sur celle-ci, l'information livrée doit être juste et vérifiée. 

Votre article m'a choquée, a choqué mes collègues, et heureusement qu'il n'est pas traduit en inuktitut parce qu'on aurait donné raison aux rares habitants du Nunavik qui ont une réticence envers nous de nous détester encore plus.

J'encourage fortement les gens à venir travailler dans le Nord; ce sera une expérience culturelle, personnelle et professionnelle enrichissante. Il faut garder en tête que l'on doit demeurer prudent et être au courant qu'il y a parfois certaines situations dangereuses, tout en étant généreux et transparents dans notre quotidien. 

Laurie-Ève Langlois, infirmière en dispensaire, Inukjuak

Réponse du journaliste Guillaume Piedboeuf

Mme Langlois, il y avait en effet une imprécision dans le texte sur un point: il y a comme vous l'écrivez des services d'urgence disponibles dans ce secteur la fin de semaine. La victime a choisi de ne pas y avoir recours. Son choix. Nous avons apporté la correction nécessaire dans la version du texte en ligne. Loin de nous l'idée de minimiser le travail de gens qui, comme vous, tentent de faire une différence dans le Nord, dans des contextes parfois difficiles.

Évidemment, le récit de Michael Cloutier n'est pas à généraliser et il existe aussi de belles histoires d'intégration au Nunavik et à Puvirnituq. Tout cela a été énoncé clairement dans différents articles accompagnant le témoignage, qui, je l'espère, n'ont pas échappé à votre attention. «Des agressions à domicile, ça peut arriver au Nunavik. Mais moi, à Quaqtaq, quand on cogne à ma porte, c'est un Inuit qui m'apporte du poisson, ou qui est venu réparer ma motoneige sans rien demander en échange. Ce sont des gens généreux et reconnaissants du travail des enseignants.», confiait entre autres Daniel Charest, du Syndicat des employés du Nord Québécois. 

L'histoire de Michael Cloutier n'est cependant pas non plus unique en son genre. Plusieurs anciens employés du Nord m'ont fait part de témoignages similaires en amont, et suite à la publication des articles sur Puvirnituq. Certains reviennent brisés, peu sont prêts à en parler. Parfois par peur des réactions, parfois le voyant comme un signe de faiblesse. Mais une chose est sure, le faible taux de rétention des enseignants dans les écoles du Nunavik est alarmant.  

La série d'articles visait à amener sur la place publique une réelle problématique.

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