Où est l'opposition à Québec?

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Ex-candidat à la direction du Parti québécois, Pierre Céré dit de l'opposition officielle au gouvernement Couillard qu'elle est morcelée, souvent absente, inefficace, voire empêtrée dans ses contradictions.

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Le Soleil

Nous sommes aux prises avec un gouvernement dont les intentions ne font aucun doute : austérité et déconstruction du modèle québécois.

Les coupes et autres attaques fusent de toutes parts, favorisant au passage certaines classes de privilégiés. En éducation ou en santé, le personnel étouffe et la mission est malmenée. On affaiblit nos institutions démocratiques. Visant le réseau des CPE, ce gouvernement cherche à briser l'un des plus magnifiques fleurons de notre société, au profit des garderies privées. Des programmes sociaux font l'objet de nombreuses coupes et nous avons un ministre de l'Économie qui déclare vouloir «laisser la force des marchés s'exprimer». Inquiétant? Pire!

Si certains croient que le Parti libéral du Québec a été élu par défaut en 2014, d'aucuns présagent dorénavant qu'il occupera cette fonction pendant les 40 prochaines années, face à une opposition morcelée, souvent absente, inefficace, voire empêtrée dans ses contradictions.

Ainsi, ne devient-il pas honteux d'entendre certains ténors de l'opposition officielle dénoncer l'actuelle réforme de l'aide sociale, sans jamais avoir fait le bilan critique de leur propre gestion? N'est-ce pas le Parti québécois lui-même qui avait commencé à siffler cet air des coupes que les libéraux jouent actuellement avec tambours et trompettes? En 2013, le PQ imposait de telles compressions à l'aide sociale, que l'Association des centres de traitement des dépendances du Québec estimait que ces établissements étaient menacés de fermeture. Cette réforme avait d'ailleurs été fortement critiquée, à l'époque, par la Protectrice du citoyen, la Commission des droits de la personne et la Direction de la santé publique.

Que penser du chef de l'opposition officielle qui défend bec et ongles l'exploitation des hydrocarbures sur l'île d'Anticosti, tergiverse sur les pipelines, tout cela au nom de notre enrichissement collectif et de l'indépendance, tout en souscrivant à notre dépendance? Un chef qui compare le développement économique régional à la formule élaborée par Star Académie, tel qu'il l'a exprimé le 13 janvier dernier devant la Chambre de commerce du Saguenay? Qui a refusé de soutenir le Front commun syndical, empêchant ainsi d'élargir les bases sociales et politiques de l'opposition anti-austérité?

Que penser d'un chef qui cherche à museler tout débat politique sur la question du financement de son Institut de recherche sur la souveraineté, en faisant parvenir des mises en demeure à ceux qui oseraient soulever une critique? Et qui semble plus animé par un esprit revanchard qu'à oeuvrer à bâtir des majorités? Sur cela, et bien d'autres sujets, il y a malaise.

Devant cette cacophonie, une autre opposition se lève, celle-ci bien réelle. Elle s'incarne dans la mobilisation des mouvements citoyens et travailleurs qui suppléent à la vacuité d'opposition parlementaire à Québec. C'est Louise Chabot, présidente de la CSQ, qui demande aux travailleurs et aux travailleuses de se retrousser les manches afin de faire reculer les politiques d'austérité du gouvernement québécois, traduisant fort probablement le sentiment syndical. C'est l'importante mobilisation des CPE, des parents et du personnel, pour se porter à la défense de notre réseau, celle du milieu scolaire aussi. Ce sont d'innombrables mouvements citoyens qui mènent un important travail de sensibilisation sur l'ensemble du territoire québécois.

Il y aurait une autre façon de faire au Parti québécois, mais elle impliquerait bien des changements, en commençant notamment par bannir la culture du mensonge qui définit la vieille politique. Elle supposerait aussi la collaboration avec les deux autres partis d'opposition pour définir des stratégies d'intervention communes sur des dossiers et des enjeux précis, au lieu de chercher à se nuire. Elle se donnerait comme objectif de bâtir des convergences par-delà les clivages partisans, connectées sur les mouvements citoyens et la société civile, sans craindre le débat politique, la négociation, la franchise et la cohérence. En d'autres mots, il faudrait s'éloigner de cette politique qui alimente le cynisme. En démocratie, la société s'attend à une opposition qui soit digne de ce nom.

Pierre Céré, ex-candidat à la direction du Parti québécois, Montréal 

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