Les rêves de mon amie Suzanne

Suzanne Bernier, décédée dans l'attentat au Burkina Faso,... (Tirée de Facebook)

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Suzanne Bernier, décédée dans l'attentat au Burkina Faso, aura réalisé plusieurs de ses rêves, selon son amie Thérèse.

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Le Soleil

L'amie Suzanne est morte un vendredi soir au Burkina Faso, abattue, propulsée par le souffle d'une explosion, je ne sais pas. Une absence soudaine, brutale, irréversible.

Laissons là le manque, la perte, la douleur, la déchirure. Je veux parler ici de toute autre chose.

Je veux parler des rêves, des espoirs, des projets. Je veux parler des liens du coeur, des échanges vrais qui excluent les bobos, les nouvelles de la météo, celles de l'actualité. Je veux écrire les racines de l'amitié, celles qui restent bien au-delà de l'abattage.

Me sentir abattue, triste, oui, mais pas pour longtemps, je ne m'en donne pas le droit. Je suis plus que jamais riche d'une amitié qui ne passera pas.

T'en souviens-tu, Suzie, on a commencé à rêver ensemble sur les bancs de l'université, animées toutes les deux d'un grand enthousiasme pour les enfants, une curiosité insatiable pour l'apprentissage? Outre la vocation choisie, nous rêvions de famille, de voyages, d'expériences palpitantes. C'est là que la complicité a commencé, nourrie de rires, d'humour, de plaisir avec les quelques autres étudiants inscrits au même programme.

Au fil du temps, notre lien a persisté malgré les différences de nos chemins empruntés. Tu t'es montrée fidèle, soucieuse de reprendre le contact après des années passées au loin, à éduquer ta famille. Au fil du temps, je me rendais graduellement compte que ces absences forgeaient l'essence de notre amitié. Nous étions bien au-delà de la complicité. Un lien semblable à une racine, enrichie de réminiscences, de moments privilégiés, d'échanges vrais, de différences, de complémentarités, d'espoirs de se retrouver pour partager un repas, faire du vélo, voir un film. Ce que j'appelle une amitié racine.

Des rêves, tu en as réalisé plusieurs.

De mon côté, j'ai eu le bonheur de travailler avec toi auprès d'enfants dysphasiques. Une expérience tout à fait inattendue, mais encore une fois si riche de complicité et d'engagement. Faire progresser les enfants avec une formation et une vision commune, rire et sourire ensemble devant certaines réparties des élèves, faire front commun devant les difficultés. Je vivais un rêve non projeté. C'est une source vive maintenant qui alimente notre amitié racine.

Peut-on mourir en réalisant un rêve? Tous les Québécois le savent maintenant. Mais j'avoue n'y avoir jamais pensé. De la même façon, tu n'as jamais pensé voir mourir ton Louis en quelques heures d'un choc septique.

Cet automne, je t'ai confié qu'il n'y avait plus qu'une seule chose qui comptait pour moi : maintenir des liens serrés et riches avec les personnes que j'aimais.

Je t'ai quittée le 3 janvier après avoir déjeuné avec toi. Les yeux brillants, le sourire tranquille, prête à boucler ta valise qui contenait des nouveaux gants de travail. Je suis rentrée sereine à la maison : mon amie Suzanne réalisait un autre rêve. Oui l'arbre est abattu, concentrons-nous sur les racines maintenant!

Thérèse Paquet, amie de Suzanne Bernier, Québec 

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