La maison de thérapie: une ressource en péril ?

Une résidante dans sa chambre du centre de... (Photo David Boily, La Presse)

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Une résidante dans sa chambre du centre de réinsertion sociale pour toxicomanes la Maison l'Exode.

Photo David Boily, La Presse

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Le Soleil

Entre les souffrances abyssales reliées aux dépendances aux drogues et à l'alcool et l'espoir d'une vie meilleure et plus gratifiante, il ne reste, souvent, que la maison de thérapie. Elle s'avère un point d'ancrage sûr, un brise-lames solide, un refuge-de-la-dernière-chance pour panser ses plaies les plus vives et repenser sa vie de façon plus sereine et plus active.

Si je suis capable aujourd'hui d'aligner ces quelques mots, c'est que j'ai pu, après de longues années d'indicibles souffrances dues à la pharmacodépendance, la dépression et l'alcool, bénéficier in extremis des services offerts par une petite maison de thérapie de la Basse-Ville de Québec. Une bicoque ordinaire, dans St-Roch, où les thérapeutes étaient et sont encore sous-payés, où nombre de services sont toujours assurés par d'anciens clients et où - comme dans la majorité des centres de la province - l'essentiel de la démarche thérapeutique est basé sur les douze étapes des AA et l'engagement personnel des gens. 

N'empêche, je suis très reconnaissant de tout cela, parce qu'à l'instar d'une bonne partie des 13 000 personnes qui sont admises chaque année dans ce genre de maison, ça m'a littéralement sauvé la vie, il n'y aucun doute là-dessus. 

Tout ce déballage pour dire que, à l'instar de beaucoup d'autres, j'ai été très chagriné, voire profondément choqué, par l'annonce toute récente de la fermeture de la maison Mélaric (Outaouais) et la triste possibilité de voir plusieurs autres centres (Mauricie, Québec, Estrie, Lanaudière) faire de même à cause des nouvelles mesures gouvernementales cheap, ramenant à 200$ par mois le chèque d'aide sociale des personnes qui voudraient adhérer à un programme de thérapie. J'ai été stupéfié et liquéfié, en fait, de voir les ministres Sam Hamad (Solidarité sociale) et Lucie Charlebois (déléguée à la Santé), s'acharner avec autant d'aplomb sur une clientèle vulnérable à souhait (dont 80% proviennent de l'aide sociale), obligeant même certaines de ces personnes à retourner soit à la rue, soit en prison. Non, mais, comme nouvelle façon d'incarner le «rétablissement» en santé mentale, faut le faire ! 

Ainsi, d'un côté, pour une minable économie de 6 millions $, on sabre dans les subventions, on fauche dans les programmes et on opère sans vergogne toutes sortes de chambardements avec tous les risques de rechutes et de suicides inhérents, tandis que de l'autre, on trouve le moyen de verser presque un demi-milliard $ en trop aux médecins du Québec. Vraiment, comme disait l'autre, les gars de Mélaric avaient bien raison d'aller brailler leur vie devant toutes les télévisions du Québec...

Cela dit, oui, il y a eu malversation à Mélaric (un ex-directeur emprisonné en 2013). Et, oui, il y eut des erreurs de gestion et, sûrement, aussi, confusion des rôles dans leur mode de gouvernance. Et plus encore, probablement aussi qu'il y a des problèmes de gestion dans d'autres maisons de thérapie. So what ? N'est-ce pas le cas un peu partout dans toutes les sphères ? Cela valait-il un tel train de fausses mesures ? Et là-dessus, dites-moi : quelles leçons le gouvernement Couillard a-t-il à donner, lui qui s'enfonce chaque jour inexorablement dans un inénarrable cafouillis informatique (Santé) de plusieurs milliards $ et qui n'a de cesse de s'enferrer dans un improbable et catastrophique Plan Nord ? Non, mais... 

Finalement, il faut que les différents ministères (MSSS, Sécurité publique, Famille, Justice) cessent de s'emmêler dans leurs pinceaux et qu'on s'assoie à la même table que les deux principaux acteurs concernés, l'Association provinciale des organismes en dépendance (APOD - 23 centres de traitement certifiés, mais non subventionnés) et l'Association québécoise des centres d'intervention en dépendance (AQCID - plus d'une centaine de centres, dont 33 sont subventionnés) afin de proposer de vrais montants d'argent à gérer, plutôt que d'offrir de pitoyables mesures d'accompagnement budgétaire.

Vivement que ce gouvernement revienne à la raison, plutôt que d'essayer d'arraisonner l'intelligence des contribuables avec des politiques tape-à-l'oeil et des fumisteries à la petite semaine !

Gilles Simard, journaliste, auteur et pair aidant en santé mentale, Québec

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