René Angélil: les 8 leçons d'un gestionnaire fils d'immigrant

Céline Dion lors de son retour au Colosseum... (PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE)

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Céline Dion lors de son retour au Colosseum de Las Vegas.

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Le Soleil

René Angélil vient de nous quitter. Contrairement à ce que l'on peut croire, ses réalisations exceptionnelles n'ont pas été le fruit d'une suite ininterrompue de succès. Peu s'en faut. C'est à force d'erreurs en cascade, dont il tirait chaque fois une leçon, que la renommée internationale fut enfin à sa portée, tant pour Céline Dion comme chanteuse, que pour lui comme gestionnaire.

Son ambition était immense. Fils aîné d'immigrants venus de Syrie, peut-être voulait-il prouver à ses parents qu'il était possible, pour un immigrant, de faire sa marque dans leur terre d'accueil et qu'ils avaient eu raison de s'infliger les souffrances d'un déracinement. Après quelques années de jeunesse folle où il s'était laissé griser par la gloire éphémère du chanteur à succès avec son groupe Les Baronnets, il sentit l'urgence intérieure d'atteindre une réussite qui durerait.

Leçon 1 : choisir son territoire

D'abord tenté par le jeu, il élabora une formule mathématique qui lui permettrait de gagner le gros lot, croyait-il. Des tentatives malheureuses dans des casinos américains le convainquirent qu'une telle formule n'existait pas. Désormais, pour conquérir le monde, il misera sur une autre magie, celle de la voix humaine, capable de toucher les coeurs et les âmes.

Leçon 2 : mesurer ses forces et ses faiblesses

Il s'associa au gérant d'artiste Guy Cloutier pour gérer la carrière de son nouveau protégé. Inscrit au célèbre festival de Tokyo de 1974, le jeune René Simard remporta le premier prix. Lorsque la compagnie de disques CBS proposa de graver des versions anglaises des grands succès de René Simard, les deux gérants exigèrent un million de dollars US. Leur offre fut jugée exorbitante par CBS. Ce fut le retour brutal à la réalité et... à Montréal. René Angélil s'en souviendra.

Leçon 3 : miser sur le bon artiste

En 1979, René Angélil fonde sa propre entreprise, les Productions René Angélil. Son artiste vedette est Ginette Reno. Cette fois, il se promet de ne pas brûler les étapes. Il planifie déjà au quart de tour le déroulement de la carrière de sa chanteuse pour qui il vise à la fois le marché français et américain. Malheureusement, Ginette Reno le congédie brusquement au profit de son amoureux de l'époque.

Leçon 4 : être patient, sans compromis

René Angélil met en veilleuse son plan stratégique avorté. Il retourne à ses activités de producteur et de gérant d'artistes, sans renoncer à son rêve de conquête internationale. Lorsqu'il entend par hasard la voix de la petite Céline Dion, il sait qu'il a eu raison d'attendre. Conformément à son plan initial, il misera alors sur un seul numéro, qu'il sait gagnant, à la roulette du show-business.

Leçons 5 : garder le contrôle

Le « diamant » qu'il a trouvé est une petite fille talentueuse, habitée par la même ambition de réussir, et prête à y mettre tous les efforts nécessaires. Elle voulait devenir « big », comme elle le dira candidement dans une de ses premières entrevues. René Angélil réussira à supplanter habilement un premier gérant et à tenir à l'écart sa mère, qui voulait avoir son mot à dire sur tout, y compris les vêtements que portait sa fille.

Leçon 6 : être attentif

Conscient des liens intimes qui unissent sa chanteuse à sa famille, René Angélil reconstitua, dans son environnement de travail, l'atmosphère rassurante dont elle avait besoin pour donner sa pleine mesure. En plus de quelques-uns de ses frères et soeurs, il embauche des musiciens, techniciens, danseurs, décorateurs, maquilleurs, habilleurs..., dont la majorité était d'origine québécoise.

Leçon 7 : bien s'entourer

Dans l'univers étanche ainsi créé, René Angélil représentait le chef de clan incontesté, mais il savait lui aussi s'entourer. C'est d'abord son comptable, le regretté André Delambre, qui mettra en place les structures organisationnelles de sa nouvelle entreprise Les Productions Feeling en 1982. Mais il y a plus : il avait convaincu son patron de prendre les moyens de ne pas laisser ses ambitions de joueur invétéré prendre le contrôle de sa vie, en lui imposant (avec son assentiment) des balises comptables : René Angélil ne pouvait signer seul les chèques émanant de son entreprise.

Leçon 8 : façonner l'image

Passé maître de la communication, René Angélil savait doser l'annonce de primeurs et les confidences. Il ne tolérait aucune incursion hors des faits dont il traitait dans ses communiqués. Quant à l'image médiatique de Céline Dion, il se fiait à sa spontanéité pour projeter un message d'authenticité et de simplicité qu'elle transmet toujours auprès de ses millions d'admirateurs inconditionnels du monde entier.

Cet homme plus complexe qu'il n'y paraissait au premier regard a fait preuve d'un leadership exceptionnel en réinventant la gérance d'artiste, en misant sur ses forces et sur celles de son artiste et en gardant à l'oeil ses propres défauts sans les brimer tout à fait. Et surtout, il a su tirer des leçons de ses erreurs. C'était sans doute là sa vraie formule magique qu'il appliquait religieusement et qui lui a permis de réussir au-delà de toutes ses espérances, et de celles de ses parents, même si ces derniers avaient depuis longtemps disparu. 

Jacqueline Cardinal, biographe et chercheure à HEC Montréal

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