Pourquoi ignorer les guides touristiques?

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L'auteure dénonce que depuis le début de l'année, les guides touristiques n'ont plus besoin de formation spécifique, pendant que plusieurs villes importantes ont une réglementation en place.

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Le Soleil

Depuis le 1er janvier, les guides touristiques de Québec n'ont plus besoin d'aucune formation spécifique pour pratiquer leur métier à Québec puisque la Ville a abrogé le Règlement sur les guides touristiques qui exigeait que ces derniers possèdent un permis municipal, accordé seulement aux détenteurs du diplôme collégial de guide touristique. Plus de règlement, plus de permis, plus de formation obligatoire.

Désormais, à Québec, ville du Patrimoine mondial et berceau de la présence française en Amérique, n'importe qui peut s'improviser guide touristique et dire n'importe quoi aux centaines de milliers de visiteurs qui font des visites guidées chaque année. Pourtant, le guide touristique est souvent la seule personne que les touristes ont vraiment l'occasion de connaître pendant leur séjour ici et avec qui ils peuvent parler de l'histoire, de la géographie, de l'architecture, du patrimoine religieux, de la langue et de la société québécoise moderne. Les guides touristiques sont les ambassadeurs de la culture québécoise auprès des touristes. Comment l'image projetée par la ville de Québec sera-t-elle affectée par la disparition de cadre réglementaire dans la pratique de leur métier?

Pourtant, la formation collégiale reconnue de guide touristique, mise sur pied sous l'administration du maire L'Allier pour standardiser les compétences des guides touristiques et en relever la qualité, a contribué à accroître de façon remarquable et soutenue la compétence des guides de Québec et à éliminer l'amateurisme. Pourquoi, maintenant, faire marche arrière et mettre en péril les acquis des 30 dernières années en relevant les nouveaux guides de l'obligation de suivre une formation spécifique et les employeurs, d'engager des guides diplômés et accrédités?

La Ville justifie sa décision par la «désuétude du Règlement» sur les guides touristiques, par «la contrainte d'embaucher un guide certifié [qui est] jugée excessive par de nombreux voyagistes», par le «peu de grandes villes mondiales [à posséder] des règlements similaires». En outre, elle veut dorénavant laisser les voyagistes responsables de la formation de leurs guides et elle se dit «ouverte à rencontrer les différents acteurs touristiques dès la semaine prochaine pour expliquer le bien-fondé de sa démarche».

À ces affirmations, l'Association des guides touristiques de Québec répond ceci. D'abord, la compétence professionnelle n'est jamais désuète. Il est vrai que la clientèle touristique a changé depuis la mise en place du Règlement sur les guides touristiques et que le nombre de visiteurs d'origine asiatique a augmenté en flèche. Pour les voyagistes internationaux qui les amènent ici, le fait de devoir employer des guides accrédités peut représenter une contrainte; mais ce n'est pas parce qu'une chose est contraignante qu'elle n'est pas pertinente. Tous les touristes qui viennent à Québec, y compris ceux qui proviennent d'Asie, n'ont-ils pas droit à un guide compétent?

En outre, de nombreuses villes ont mis en place une forme de règlement ou d'accréditation de leurs guides touristiques. Au Canada, Montréal et Niagara réglementent. Aux États-Unis, il existe différentes formes de vérification de la compétence des guides à New York, La Nouvelle-Orléans, Savannah, Charleston, Gettysburg, San Antonio, San Francisco, Philadelphie et Chicago. Québec deviendra-t-elle la parente pauvre des grandes villes nord-américaines en ce qui a trait à la qualité des visites touristiques, en dépit de son statut unique de capitale francophone?

La Ville veut aussi remettre entre les mains des voyagistes internationaux la formation des guides qu'ils emploient, dit-elle. C'est un peu comme donner le pouvoir au loup de voir au bonheur des agneaux : si l'obligation de la formation collégiale, aussi disponible en ligne spécifiquement pour les guides étrangers, leur semble contraignante pour des raisons d'organisation et de budget, il est bien peu probable que les voyagistes mettent sur pied une formation convenable et digne de Québec pour leurs guides. La facilité et les profits feront fi de la formation.

La Ville se dit ouverte à rencontrer les différents acteurs touristiques de Québec; son but avoué n'est cependant pas de discuter avec eux mais d'«expliquer le bien-fondé de sa démarche». Or, les premiers affectés par la décision prise par la Ville n'ont jamais été consultés par elle au sujet de l'abrogation en question. La décision s'est prise en catimini, après des discussions entre le Bureau des grands événements, l'Office du tourisme de Québec et Tourisme Québec, sous la pression des voyagistes internationaux. L'Association des guides touristiques, les deux collèges responsables de la formation et les agences touristiques de Québec sont tombés des nues quand on leur a appris la nouvelle, la veille de Noël, peu avant la fermeture de l'hôtel de ville pour les Fêtes, alors que l'abrogation prenait effet le 1er janvier. Voilà la façon cavalière dont la Ville de Québec a pris sa décision.

L'Association des guides touristiques de Québec demande donc à la Ville de Québec de mettre sur la glace l'abrogation du Règlement sur les guides touristiques jusqu'à ce qu'une véritable concertation ait lieu quant à l'avenir de ce Règlement, concertation à laquelle les autorités municipales convieront l'Association des guides touristiques, les deux collèges offrant la formation spécialisée et les agences touristiques locales. C'est une question de réputation pour notre site du Patrimoine mondial, de respect envers le milieu touristique et de transparence municipale.

Marie Legroulx, présidente de l'Association des guides touristiques de Québec

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