Les légumineuses, ces grandes oubliées de l'agriculture

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Plusieurs ignorent que l'Assemblée générale des Nations Unies a proclamé l'année 2016 Année internationale des légumineuses. Les lentilles, les haricots et les pois chiches, entre autres, font partie de cette catégorie de plante. L'organisme vise bien sûr à sensibiliser la planète aux vertus de cette espèce végétale durant une époque faste en nouvelles liées à la sécurité alimentaire. C'est vraiment en saisissant bien la valeur économique de ces végétaux que l'on s'aperçoit que la proclamation des Nations Unies a du mérite, surtout pour le Canada.

D'abord, les légumineuses constituent une source extraordinaire de protéines végétales pour l'alimentation animale ou humaine. Ces plantes ne requièrent pas l'utilisation des engrais azotés, ce qui signifie moins d'engrais néfastes pour l'environnement. Pour les agriculteurs avertis et soucieux de la rentabilité financière de leur entreprise, le coût des intrants est souvent inférieur à celui lié à la culture de plusieurs autres céréales, incluant le maïs, le canola ou le blé, pour n'en citer que quelques-uns. Mais surtout, ces végétaux nécessitent très peu d'eau et peuvent pousser dans des conditions arides tout en gérant bien les effets parfois imprévisibles des changements climatiques. Les légumineuses représentent forcément une source d'espoir pour plusieurs régions du globe dont les conditions agraires sont très difficiles à gérer.

Les avantages et le potentiel qu'offrent les légumineuses à l'agriculture canadienne ne sont pas passés inaperçus ces dernières années. Le Canada exporte maintenant plus de 3 milliards $US de légumineuses dans 137 pays et est devenu un joueur extrêmement important sur l'échiquier agricole mondial. L'ensemble des exportations est destiné aux marchés importants comme l'Inde, la Chine et la Turquie.

Les exportations canadiennes de légumineuses représentent maintenant 35 % des exportations mondiales et, par le fait même, celles-ci sont devenues la cinquième récolte en importance au pays. On estime que l'agriculture canadienne consacrera quatre millions d'hectares à cette production cette année.

Pendant que la Saskatchewan produit plus de 75 % des légumineuses au Canada, le Québec demeure un participant timide en ne produisant que 0,2 % de la production canadienne. L'ascension spectaculaire au pays en matière de culture de légumineuses n'est pas le fruit du hasard. Quelques entreprises de manutention de grains qui connaissent bien le marché mondial ouvrent plus que jamais la porte à nos agriculteurs. Un nombre grandissant d'agriculteurs troquent leurs cultures traditionnelles pour les légumineuses, principalement en raison du fait qu'ils ont maintenant accès à un marché très lucratif.

Évidemment, le Canada affronte une concurrence très féroce dans ce domaine. L'Inde, l'Australie et les États-Unis produisent des quantités impressionnantes. Se tailler une place parmi ces grands n'a pas été facile pour le Canada. Et puisque les légumineuses sont produites dans plus d'une centaine de pays à travers le monde, le Canada devra continuer à investir à l'étranger afin de développer un réseau de distribution plus efficace.

Par contre, ici même, les légumineuses demeurent d'éternelles négligées. Un récent sondage démontre que ces produits sont mal compris par une majorité de consommateurs canadiens. En effet, à peine 25 % de notre production domestique est destinée à la consommation locale. Souvent associées à un régime végétarien, les légumineuses gagnent peu à peu en popularité chez les consommateurs, qui consacrent toujours une bonne partie de leur alimentation à la protéine animale. Le bon steak sur le BBQ est certes difficile à remplacer, mais depuis 12 mois plus de 37 % des Canadiens sont maintenant à la recherche d'autres sources de protéines en raison de l'explosion des prix au comptoir des viandes. De toute évidence, les protéines végétales, et spécialement les légumineuses, peuvent bien servir cette fin.

Puisque la viande bovine est de moins en moins abordable et que certaines cuisines étrangères riches en légumineuses gagnent en popularité chez nous, certains consommateurs se vouent à la substitution. Par exemple, certains décident de remplacer une partie de la portion de boeuf d'une recette quelconque avec des lentilles, ou bien des pois chiches, tout simplement. C'est une tendance que l'on remarque de plus en plus dans les cuisines canadiennes et québécoises.

Puisque nous risquons d'en entendre parler souvent, l'année 2016 permettra peut-être à quelques consommateurs de découvrir les légumineuses. En attendant, certains agriculteurs canadiens profiteront davantage de la tribune offerte pour nourrir un monde qui boude de plus en plus la protéine animale.

Dr Sylvain Charlebois, professeur Food Institute de l'Université de Guelph

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