La Malbaie, ville martyre

La forge Riverin à La Malbaie...

Agrandir

La forge Riverin à La Malbaie

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Point de vue
Le Soleil

À quel endroit au Québec s'apprête-t-on à jeter par terre une forge historique vieille de 175 ans (forge Riverin)? Quelle autre Municipalité oserait menacer de démolitions deux édifices centenaires pour faire un stationnement (Hôtel Saint-Étienne et Maison dite du cordonnier)? Où discute-t-on d'un projet de résidence pour personnes âgées qui impliquerait possiblement la démolition du presbytère et possiblement de l'église paroissiale? Ce dernier projet semble mis en veilleuse pour le moment, mais un conseiller municipal ne se gêne pas depuis pour l'évoquer à nouveau dans les médias locaux au lendemain de son refus par la population.

Tout cela se passe à La Malbaie, une ville martyre en ce qui concerne son patrimoine.

Depuis 60 ans, combien de démolitions? La maison de l'écrivaine Laure Conan, native de l'endroit, le domaine seigneurial, un quartier complet comprenant des dizaines d'habitations (autrefois nommé la Comporté), la salle paroissiale, une banque de style victorien, le couvent des Soeurs de la Charité et il faut en passer. Combien d'incendies de bâtiments sur la rue Saint-Étienne (rue principale de La Malbaie) devenant autant d'espaces abandonnés et jamais mis en valeur? Quoi faire devant un boulevard urbain à quatre voies (boulevard de Comporté) jonché d'édifices tous plus laids les uns que les autres? Et, à l'entrée du centre-ville, devant l'édifice d'une ancienne pharmacie, fermé depuis trop longtemps? Sans compter le fameux boulevard des Falaises, dont plusieurs maisons de villégiateurs disparaissent ou sont mises en vente avec un sort bien incertain et presque dans l'oubli? Nous sommes dans un lieu défiguré, laissé à lui-même et où aucune politique d'aménagement urbain et d'aide financière au patrimoine n'existent. Nous sommes bel et bien à La Malbaie.

Qui blâmer? Les différentes administrations municipales? Sans doute. Celle de maintenant - la pire qui soit peut-être en matière de patrimoine - veut accélérer le massacre et non le freiner. Le manque de fierté? L'indifférence de la population? Le gâchis est là, presque irrémédiable. Faut-il y ajouter encore plus de destructions? Il faudrait pourtant s'arrêter, regarder, investir autrement que sur cette murale nouvelle en hommage aux bâtiments détruits dont les dessins et les textes laissés entre les mains d'adolescents sonnent faux, presque comme un glas. Il faut vraiment tenter de sauver ce qui reste du patrimoine de La Malbaie.

Cette localité de La Malbaie que Laure Conan qualifiait de «belle des belles» au XIXe siècle est désormais bien loin de ce qu'elle fut. Il ne reste plus qu'une ombre de sa beauté. Chaque été, il faut tristement constater que les visiteurs s'en détachent de plus en plus, s'en éloignent, même. Est-ce qu'un tournant patrimonial se prendra un jour à La Malbaie?

C'est ce que notre Société d'histoire de Charlevoix, forte de ses membres inquiets, espère. L'appui de tous les Québécois et Québécoises ne serait pas inutile non plus, car La Malbaie est un lieu de mémoire marqué par une époque de villégiature reconnue et une histoire très riche dont la disparition presque totale de ses bâtiments anciens en fait une ville martyre qui constitue un bien déplorable témoignage de notre absence de mémoire actuelle, en tant que collectivité.

Serge Gauthier, Ph. D.

Président de la Société d'histoire de Charlevoix

Partager

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer