Lutter contre l'étalement urbain

Selon l'auteur, l'étalement urbain est un gouffre financier.... (Photothèque Le Soleil, Yan Doublet)

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Selon l'auteur, l'étalement urbain est un gouffre financier. Il croit que le maire Régis Labeaume devrait donner priorité à sa lutte en 2016 afin que les citoyens de Québec aient une eau de bonne qualité et pour réduire la production de gaz à effet de serre.

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Le Soleil

Le maire de Québec cherchait récemment de nouveaux objectifs pour 2016. Pourquoi ne pas donner priorité à la lutte contre l'étalement urbain afin de donner une eau de bonne qualité aux citoyens de Québec, mais aussi  pour réduire la production de gaz à effet de serre (GES)? S'attaquer à l'étalement urbain, c'est lutter contre le principal problème environnemental régional. Avec des autoroutes dans toutes les directions, limiter la dispersion urbaine serait un réel défi pour l'administration publique.

L'étalement urbain entraîne la multiplication d'infrastructures, de rues, de trottoirs, d'égouts et d'aqueducs, etc., une plus grande consommation d'énergie, d'eau, de même qu'une plus grande production de déchets, sans compter la pollution atmosphérique et la congestion. 

C'est un véritable gouffre financier. Il faut ouvrir de nouvelles écoles en banlieue comme à Val-Bélair l'an passé et Lac-Beauport cette année, alors qu'on en ferme au centre-ville de Québec. Pensons aussi aux réclamations de Stoneham et de Lac-Delage pour la mise aux normes de leurs usines d'épuration des eaux usées, alors que Québec a dû investir 20 millions $ récemment pour améliorer le traitement de l'eau de la rivière Saint-Charles. 

Gouffre financier aussi  à cause de tous les déplacements que l'étalement entraîne; longs parcours soir et matin des banlieusards qui travaillent en ville, difficulté à fournir des transports publics de qualité avec un tissu social dispersé et transports scolaires de trois à cinq fois plus cher en banlieue qu'en ville. 

Comment réduire l'étalement urbain? Ce sont surtout les jeunes adultes qui sont attirés par la banlieue. Ils y cherchent la tranquillité, une meilleure qualité de vie, la présence de la nature et des espaces verts, un terrain plus grand, l'absence de pollution et un meilleur milieu de vie pour leurs enfants. Ceci se matérialise par une grande maison, dans un quartier propre et tranquille, une auto par adulte de la famille, une piscine, des jeux extérieurs pour les enfants et un carré jardin dans la cour.

Le problème est que cet idéal est en train de détruire la planète. La ville doit être conçue pour minimiser la consommation de ressources. Ainsi, les citoyens d'une ville peuvent à la fois protéger l'environnement et s'assurer d'un cadre de vie très agréable. Pour y arriver, la ville doit offrir des services publics de quartier comme des piscines, des parcs avec jeux d'eau et glissades, des cours d'école avec jeux accessibles en tout temps, des bibliothèques, des patinoires intérieures et extérieures, des sentiers pédestres, des pistes cyclables, des jardins communautaires, des transports publics fréquents et fiables, etc.

La question du coût est aussi très importante dans la décision pour un jeune couple de s'installer en ville ou en banlieue. À première vue, il peut paraître plus avantageux financièrement de choisir la banlieue avec le prix des terrains et les taxes moins élevés. Toutefois, à moyen terme, les économies réalisées pour un achat en banlieue sont vite dépassées par l'achat d'une deuxième et parfois d'une troisième voiture, les déplacements soir et matin sur de longues distances sans compter la dépense en temps due à la congestion. En ville, on peut vivre avec une seule, voire sans automobile, en profitant de la proximité des services, des transports en commun et de la disponibilité de l'autopartage. Les économies, alors, sont considérables.

La Ville de Québec fait déjà des efforts pour densifier son bâti et aider les gens à s'installer en ville. Par exemple, le récent programme Accès famille favorise l'achat d'une maison à Québec pour un jeune couple. Toutefois, ce programme pourrait être amélioré en retirant des parties excentriques du territoire comme Lac-Saint-Charles et Val-Bélair. La Ville pourrait aussi faire l'achat de vastes lots pour constituer une banque de terrains qui pourraient être revendus, plus tard, à prix réduit, en échappant à la spéculation foncière. Le récent plan particulier d'urbanisme de Sillery, avec l'ajout de 800 logements au centre-ville, est un pas dans la bonne direction. On pourrait faire la même chose pour les terrains vacants au centre-nord de Beauport. Par contre, l'élargissement de l'autoroute 73 entre Jean-Talon et de la Faune n'est pas une bonne option. Elle est une solution seulement temporaire qui ne fera qu'encourager l'étalement vers le nord.

Voilà donc tout un programme pour le maire Labeaume en 2016 et pour les années suivantes. Oui, il serait intéressant de faire du patinage, du kayak et de la pêche sur la Saint-Charles, mais l'aménagement viable de la ville, en réduisant la production de GES, demande beaucoup plus et est un véritable héritage à laisser à nos enfants et petits-enfants.

Pascal Grenier

Ingénieur forestier et biologiste

Québec

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