Aide médicale à mourir: pour éviter la pente glissante

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L'auteur estime que bien que l'on puisse reconnaître la pertinence de la loi québécoise portant sur l'aide médicale à mourir, celle-ci soulève plusieurs questionnements importants.

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Le Soleil

Voilà, c'est fait, la Cour d'appel du Québec donne raison au gouvernement québécois vis-à-vis des articles contestés de la loi québécoise portant sur l'aide médicale à mourir. Ces derniers sont ainsi bel et bien valides et l'aide médicale à mourir a le champ libre. Naturellement, la ministre de la Justice du Québec, Stéphanie Vallée, s'en réjouit et, en effet, il y a de quoi se réjouir.

Cependant, bien que bon nombre s'entende sur le principe premier de la loi, soit de hâter la mort d'une personne malade incurable qui souffle inutilement, des interrogations demeurent quant à la «forme» de la loi et son application.

En permettant aujourd'hui à une minorité de gens d'accéder à l'aide médicale à mourir et considérant les critères de la loi («maladie grave incurable», «état de déclin avancé et irréversible», «éprouver d'importantes souffrances physiques ou psychiques», etc.), est-ce que nous ouvrons la voie à la pratique de l'euthanasie pour les personnes atteintes de maladies dégénératives (Alzheimer et autre), les personnes handicapées ou vivant avec un trouble de santé mentale? Mme Vallée a beau vouloir être rassurante en affirmant que l'encadrement de l'aide à mourir prévu dans la loi est très strict et qu'il y a beaucoup de critères, ces derniers critères peuvent raisonnablement être propices à interprétation.

Par exemple, comment refuser l'accès à l'aide médicale à mourir des personnes ayant un ou plusieurs troubles mentaux alors que certains troubles de santé mentale peuvent être considérés, à certains égards, comme des maladies «incurables» occasionnant des «souffrances constantes»? Partant du caractère éminemment subjectif de la douleur, surtout en matière de souffrance psychologique, la reconnaissance du «droit» à mourir peut possiblement avoir le bras long. Cela s'est vu dans différents cas. Il n'y a qu'à penser à Nancy Verhelst en Belgique qui, après un changement de sexe raté, a obtenu le droit à l'euthanasie pour cause de «souffrances psychiques insupportables».

Bref, il s'agit ici de soulever, qu'à partir d'une application se voulant restreinte de la loi, il est possible que cela mène à des applications plus larges, pouvant conduire à des conséquences questionnables, voire malheureuses.

Par ailleurs, considérant le vieillissement de la population, a-t-on idée des retombées sociétales de cette loi, ses possibles effets sur la population? Comment faire pour éviter que certains individus ne subissent une pression insidieuse de la part de leurs proches, du milieu médical, de la société ou encore d'eux-mêmes, à tendre vers l'option de l'aide médicale à mourir? Car ils sont nombreux à ne pas souhaiter sentir qu'ils demandent trop à l'État pour des soins; ils ne souhaitent pas devenir «une charge» pour leur entourage et la société. S'il y a bien un risque particulièrement pernicieux, c'est dans ce possible sentiment chez plusieurs d'être un fardeau pour la société et de se rapporter à l'aide médicale à mourir, et ce, à défaut d'autres choix. En effet, selon un rapport de la Société royale du Canada, 77 % des Canadiens n'ont toujours pas accès à des soins palliatifs permettant d'apaiser leurs souffrances quand ils se retrouvent en phase terminale.

C'est à ce type d'enjeux et de questionnements que devra rapidement s'attarder le gouvernement afin de s'assurer que la présente loi soit un véritable bienfait pour la société.

Étienne Boudou-Laforce, Québec

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