La Luciole de Loretteville ferme ses portes

Lucie Lauzier... (Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve)

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Lucie Lauzier

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

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Le Soleil

La Luciole, organisme de dépannage vestimentaire et alimentaire fondé il y a 55 ans par Lucie Lauzier, vient de fermer ses portes. Cette dame incroyable n'accueillera plus sa grande famille, comme elle appelait sa clientèle de démunis. Son local, situé au deuxième étage de l'édifice Denis-Giguère (bureau d'arrondissement), est maintenant vide des centaines de bottes, manteaux, tuques, pantalons, couvertures, oreillers, rideaux, meubles, décorations, jeux pour enfants, appareils électriques de toutes sortes, etc.

Et ce n'est pas de gaieté de coeur que celle que certains appelaient même «Mère Térésa» pose ce geste. Âgée de 91 ans, Mme Lauzier vit un choc, un deuil même. Sa santé la rendant moins alerte et l'annonce du départ de sa principale bénévole au classement et à la distribution du ravitaillement, auront sonné le glas de ce service connu et reconnu - même en dehors du territoire lorettevillois. C'est donc pleine de chagrin et de vives émotions que la dame a accepté de livrer quelques bribes sur sa vocation qui a illuminé sa vie et sa foi en la charité chrétienne.

Née à Saint-Gérard-Magella (maintenant Val-Bélair), elle a vite été initiée à un quotidien modeste dans ce village où aucune famille ne savait ce qu'était la richesse. Déménagée à Loretteville après son mariage avec son bel Albert, elle a donné naissance à deux enfants dont elle est encore très fière. Un accident tragique change alors carrément le cours de sa vie d'épouse et de maman. Son frère vient de perdre la vie en tombant du toit de sa maison dont la construction était presque terminée. Sa veuve et sept enfants entre 14 ans et 5 ans se retrouvent alors sans assurances, devant rien. Après la période de la grande dépression, la Saint-Vincent-de-Paul était la seule bouée de sauvetage puisque les maigres allocations familiales et le bien-être social ne suffisaient pas devant ces nouvelles nécessités pressantes. Mme Lauzier décide alors de prendre sa belle-famille en charge. Elle rejoint les fournisseurs de l'entreprise de bois pour laquelle son mari travaille, les priant instamment de venir en aide de toutes les façons possibles à cette famille en détresse. La réponse est plus qu'affirmative, elle est même généreuse. Nourriture, vêtements, appareils ménagers, meubles arrivent régulièrement chez elle au point où l'excédent des dons et des victuailles lui donne la chance d'aider d'autres familles mal en point. Et c'est parti. Le nom de Lucie Lauzier devient la référence du secteur afin de recevoir l'essentiel du confort et de la dignité de vivre.

Les besoins se font toutefois de plus en plus fréquents, au point où les gens l'appellent parfois dès l'aube jusqu'au coucher. Elle réussit toutefois à conserver tant bien que mal ce système de dépannage chez elle jusqu'au jour où le nouveau maire de Loretteville, Jean-Marie Beaulieu, plein de compassion pour sa noble cause humanitaire, lui prête un local municipal afin que les membres de sa famille puissent respirer davantage dans leur demeure presque devenue entrepôt. Elle aurait dorénavant pignon sur rue sur le boulevard des Étudiants, plus précisément au sous-sol du centre Marcel-Forrez, situé entre la polyvalente et les terrains de tennis. C'est à ce moment que Mme Lauzier baptise officiellement son service du nom de LA LUCIOLE, lequel rappelle à la fois son prénom et la lumière dans le noir. Ce même local devient à son tour trop étroit devant l'achalandage qui ne cesse de faire boule de neige. Après quelques discussions avec le nouveau maire Denis Giguère, elle déménage ensuite ses pénates au dernier étage du centre municipal. Ce nouveau local avait préalablement été agrandi et aménagé afin de faciliter tant les services aux démunis que la cueillette des marchandises apportées par les donateurs.

Dans son bassin de centaines de gens et de familles monoparentales démunis, Mme Lauzier devait également dépanner des clientèles disparates comme les femmes et les hommes africains inscrits à l'Université Laval qui n'avaient pas été assez bien informés des rigueurs impétueuses de l'hiver québécois. Elle réservait également des denrées pour les pays du sud comme Cuba et le Guatemala. Cette filière était entretenue par des voyageurs ou des bénévoles qui s'envolaient vers ces destinations. Plus près de nous, la Maison de Job a souvent envoyé des pensionnaires démunis de tout afin qu'ils puissent se procurer gratuitement des vêtements de rechange. 

Elle rappellera toujours un incendie majeur dans Limoilou qui avait mis plusieurs familles sur le pavé. La Croix-Rouge et les autorités lui avaient demandé et à d'autres organismes un dépannage plus que rapide car le sinistre s'était produit en hiver par un froid cinglant.

Il ne faut surtout pas oublier les fameux paniers de Noël de Mme Lauzier. Sachons d'abord que leur nombre se situait bon an mal entre 60 et 75 paniers. Comprenons que tout était préparé par elle-même, non pas au local mais à son domicile, lequel devenait vite bondé de victuailles à placer dans chaque panier selon le nombre et l'âge des personnes par porte. Inutile d'ajouter qu'au moment de la distribution, c'était un va-et-vient impressionnant qui s'installait à partir de son salon. Elle ne regrette rien toutefois. «C'était épuisant, éreintant même, avoue-t-elle. Mais cette période de l'année est tellement axée sur le partage et la joie que je ne pouvais que redoubler mes efforts pour mon monde.» Elle se dit fort heureuse de l'appui et de la contribution du public qui contribuait allègrement à son organisme malgré les nombreuses autres sollicitations. «La confiance que le public me donnait a sûrement été ma récompense au cours de mes 55 ans auprès des démunis. Je suis croyante, j'ai accompli la charité que le Seigneur recommande. Je ne suis pas trop inquiète de mon crédit là-haut. J'espère seulement qu'une fois de l'autre bord, il n'y a plus de riches ni de démunis qui manquent de l'essentiel comme sur cette planète. Je ne suis pas sûre que je vais y installer une autre Luciole», avoue-t-elle en riant.

Mme Lauzier est restée modeste malgré son implication connue et reconnue depuis toutes ces années. Elle veut bien accepter à l'occasion les félicitations et les reconnaissances protocolaires officielles mais jamais dans le but de poser sur les tribunes comme les vedettes. Femme dans l'ombre, elle a travaillé sur le terrain et tient à y demeurer. Elle affirme même haut et fort que rien de tel n'aurait pu être accompli sans ses bénévoles «de qui elle a appris beaucoup», dit-elle, en les côtoyant régulièrement depuis la naissance de La Luciole. Elle pense à de grands collaborateurs bénévoles qui ont passé des années près d'elle et à un autre qui a marché au complet le chemin de Compostelle pour amasser des fonds pour sa cause. Des dizaines et des dizaines d'autres personnes dévouées se sont succédé à La Luciole. Certains préfèrent même demeurer anonymes en offrant leurs dons année après année. Bref, malgré que ce soit elle qui aura été le moteur et la flamme de l'oeuvre, elle tient à exprimer toute sa reconnaissance envers celles et ceux qui l'ont accompagnée à leur façon dans l'exercice de don de soi peu commun auquel s'est prêtée La Luciole de Lucie Lauzier auprès de milliers de démunis.

Un coeur pour accueillir, une oreille pour écouter, une épaule pour pleurer, une parole pour soutenir, une tête pour créer, des mains pour donner, des bras pour prier. (Devise de Lucie Lauzier)

Robert Martel, Québec

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