Du NOUS collectif au NOUS individualisé

Le gouvernement Couillard, sous le prétexte fallacieux de... (La Presse Canadienne)

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Le gouvernement Couillard, sous le prétexte fallacieux de vouloir rétablir les finances publiques, est en train de remettre les clés de l'avenir du Québec dans les mains d'idéologues néolibéraux qui préconisent la privatisation des profits et la socialisation des pertes par l'État, estime l'auteur.

La Presse Canadienne

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Point de vue
Le Soleil

La génération de baby-boomers est apparue dans le Québec d'après-guerre dominé par les forces conservatrices du pacte politico-religieux de l'Église catholique et du gouvernement de Maurice Duplessis. Ce groupe majoritaire n'avait pas la prétention d'être doté d'une plus grande intelligence que celle de leurs prédécesseurs, mais ils ont eu la possibilité de se faire instruire grâce à l'avènement des grandes réformes en éducation au début des années 60.

Se sentant étroits dans ce «petit Québec» du passé, ces rêveurs pragmatiques ont voulu s'affranchir et réinventer une nouvelle façon d'être. Les germes de la Révolution tranquille étaient en place : le Québec épouserait des valeurs collectives, démocratiques et laïques autour d'un État dynamique.

Ce fut une période de grands bouleversements. Dans tous les domaines, le Québec s'est modernisé, se dotant d'outils collectifs forts qui allaient assurer la présence francophone dans les sphères économiques, sociales et culturelles. La société carburait au NOUS collectif et cette révolution allait se poursuivre tout au long des années 70.

Cependant, les crises économiques successives des décennies 80 et 90 allaient chambouler la société québécoise et mettre de l'avant de nouvelles valeurs. Quand les choses vont mal, le premier réflexe est de se replier sur soi. Certains Québécois ont adhéré aux mirages de la réussite individuelle au détriment de la recherche du bien commun. De citoyens, ils sont devenus des consommateurs, accordant la primauté aux désirs individuels du moment qui, souvent, vont à l'encontre des intérêts collectifs. Ils se sont laissé convaincre que l'avenir repose sur l'égoïsme social et que le rapetissement de l'État est la solution à tous nos maux.

Cette «déconstruction tranquille» est en plein chantier actuellement. Le gouvernement Couillard, sous le prétexte fallacieux de vouloir rétablir les finances publiques, est en train de remettre les clés de l'avenir du Québec dans les mains d'idéologues néolibéraux qui préconisent la privatisation des profits et la socialisation des pertes par l'État. Même si cette domination du capital sur les États démocratiques est dénoncée dans de nombreux pays, le Canada de Harper et l'Amérique de Bush ont été des alliés inconditionnels de cette usurpation de pouvoir. On a bien vu ce phénomène lors de la récente crise financière, quand le gouvernement américain a sauvé les banques de la banqueroute après que celles-ci se soient aventurées dans des prêts douteux, et ici au Canada, lorsque le gouvernement fédéral a financé l'industrie automobile de l'Ontario. Quand tout va bien, on empile les profits, en payant le moins possible d'impôts, quand ça va mal, on devient de grands assistés économiques de l'État.

D'après ces néolibéraux, le rôle de l'État devrait se limiter à un partage minimal de la richesse : c'est le retour de la pensée du «chacun pour soi» et du concept de la «main invisible redistributive» du théoricien du laissez-faire économique du XVIIIe, Adam Smith, qui prétendait que, de toute façon, les intérêts particuliers rejoignaient inévitablement l'intérêt général. Par magie, les profits engrangés par les capitalistes allaient réapparaître et servir la communauté. Malheureusement pour lui, cette théorie n'a pas tenu la route devant le jugement historique. Il aura fallu plusieurs décennies pour comprendre que le capitalisme crée des injustices sociales en distribuant inégalement les richesses d'un pays, et que l'État a le devoir d'intervenir pour rétablir un minimum d'équilibre dans la société.

Sommes-nous en train de revenir à ces années sombres du passé où l'État agissait peu, en laissant le champ libre aux développeurs économiques? En prônant des baisses d'impôts des entreprises et des particuliers, les tenants du libre marché veulent réduire l'État et les services qu'il offre, afin que le privé puisse prendre la relève, si c'est rentable, évidemment... Les contribuables devront payer de plus en plus pour avoir accès à ces services privés. Les compressions dans les domaines de la santé et de l'éducation ouvrent la voie à la privatisation de certains services publics. Éducation à deux vitesses, santé à deux vitesses, et, éventuellement, société à deux vitesses; les mieux nantis passeront en premier, les autres attendront : voilà la recette libérale.

Que faire pour contrer ce glissement rétrograde et injuste? Comment recréer ce «NOUS collectif» essentiel? Comment rejoindre ces jeunes générations qui aspirent à sauvegarder la planète en dénonçant le comportement des prédateurs économiques qui utilisent les ressources sans se soucier de leur pérennité?

Si la politique ne fait plus l'unanimité, c'est pourtant le véhicule privilégié pour assurer la défense de l'environnement dans un développement économique responsable, pour promouvoir l'équité fiscale et le maintien de la justice sociale. La solution ne réside-t-elle pas également dans la création d'un pays bien à nous qui relancerait le Québec vers des idéaux mobilisateurs pour notre avenir collectif?

Marcel Perron, retraité de l'enseignement, Neuville

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