Non, je n'ai pas euthanasié ma soeur

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Dans la soirée du 16 septembre 1993, vers 20h, je reçois un appel de la direction de la Maison des soins palliatifs où Ghislaine reçoit des soins médicaux de fin de vie. L'infirmière m'informe que ma soeur ne passera pas la nuit.

Je quitte Montréal en trombe quelques minutes après l'appel, ramasse mon frère et sa conjointe qui habitent Sainte-Julie. Nous sommes au chevet de Ghislaine vers 23h. Je dis à l'infirmière qui est à son chevet pour enregistrer les signes vitaux qu'elle me paraît plutôt calme et ne pas souffrir. «Oui, vous avez raison, elle a reçu une injection de morphine il y a une heure à peine, ce qui explique que présentement, elle est calme et ne souffre pas.» 

Nous sommes tous et toutes à son chevet à parler à voix basse et surtout à être à l'affût du moindre petit signe de souffrance. Les heures passent avec une visite de l'infirmière toutes les 15 minutes munie de son petit plateau qui contient entre autres une seringue.

Vers 2h, l'infirmière est toujours au chevet de Ghislaine et moi, je suis à ses côtés. Elle vérifie ses pulsations cardiaques... et d'ajouter que la fin approche. Ses enfants et les autres membres de la famille ont les yeux détrempés, le souffle retenu... Le chagrin nous étreint la gorge. 

L'infirmière m'invite à écouter son rythme cardiaque; les pulsations sont tellement rapides et rapprochées qu'elles forment un bruit continu. Je demande à l'infirmière si elle souffre. Elle nous répond : «Oui, et beaucoup... Regarde bien le signe qu'elle souffre beaucoup : c'est l'agitation du bas de ses paupières... 

Nous sommes tous attristés et affolés. L'infirmière nous demande alors : «Voulez-vous que je lui donne un calmant, c'est-à-dire une dose de morphine?» Et d'ajouter tout en douceur et calmement : «Celle-là, elle sera mortelle.» 

Je fixe le regard de chacune des personnes présentes et je vois un «Oui» unanime et mouillé de larmes. Dans le plus grand calme, je dirais même dans la plus grande sérénité, Ghislaine nous quittait pour une éternité de repos et de paix, 20 minutes après l'injection, vers 4h, le 17 septembre 1993.

C'est ça, l'aide médicale à mourir.

Non, je n'ai pas euthanasié ma soeur-amie Ghislaine.

René Jobin, Montréal

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