La fin de vie sans malmener les soins palliatifs

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La présidente de la Société québécoise des médecins de soins palliatifs estime qu'il serait triste de réduire les soins de fin de vie au simple geste d'administrer de la morphine, puisque le médicament ne tue pas.

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Point de vue
Le Soleil

En réaction au texte «L'injection de morphine demeure» de Jean-Marc Salvet publié le
3 décembre

Monsieur le ministre, appuyez la Loi sur l'aide médicale à mourir (AMM) sans malmener les soins palliatifs!

Le 3 décembre dernier, Jean-Marc Salvet reprenait vos propos en ce qui a trait à l'utilisation de la morphine, dans un article sur l'injonction de la Cour supérieure concernant la loi 2 : «La proverbiale injection de morphine dans les dernières heures de la vie, ça se faisait... sans qu'aucune poursuite ne soit intentée, et il continuera d'en être de même.»

La Société québécoise des médecins de soins palliatifs (SQMDSP) déplore cette référence à la morphine comme médicament utilisé pour tuer des personnes en fin de vie. Les médecins qui utiliseraient ainsi la morphine chez les patients en fin de vie feraient preuve d'un manque d'éthique, voire d'une faute déontologique. Ceci pourrait survenir si le médecin prescrivait des doses trop élevées et inappropriées ou ne ferait pas le bon choix pharmacologique selon les connaissances actuelles. En affirmant que cette pratique se fait déjà et continuera, le ministre banalise ce geste et, surtout, il contribue au maintien des mythes et fausses croyances concernant l'utilisation des opiacés. La morphine, prescrite par des médecins compétents, ne tue pas. La science est unanime à cet effet. Elle peut même prolonger la vie, par son effet analgésique. Malheureusement, l'affirmation du ministre laisse à penser le contraire, minant potentiellement la confiance des patients qui feraient le choix de soins palliatifs de fin de vie. En réaffirmant ces fausses croyances, vous n'aidez pas à bien positionner les soins palliatifs et ne favorisez pas leur accès auprès de toute la population québécoise.

Crédibilité

Qui plus est, vos propos concernant la poursuite de pratiques déviantes, s'il en est, nous questionnent. En affirmant «qu'il continuera d'en être de même», vous risquez d'ébranler la crédibilité de tous ceux qui ont travaillé avec rigueur, à l'endroit des processus balisant la loi 2, incluant le guide de pratique pour l'AMM adressé aux divers professionnels qui accepteront de prodiguer l'AMM. Ici aussi, le message nous semble ambigu. Est-ce à dire que les balises imposées par l'application de la loi 2 ne nous mettront pas à l'abri des mauvaises pratiques dont vous faites allusion? Pratiquer l'aide médicale à mourir ne nécessite aucunement la morphine et c'est pour cette raison qu'elle ne se trouve pas dans l'arsenal thérapeutique inscrit dans le guide de l'AMM.

Il importe de rectifier les croyances erronées concernant la morphine. Respecter les citoyens, c'est aussi leur donner une information juste et éclairée : 1- la morphine ne tue pas lorsqu'elle est prescrite selon les règles de l'art; 2- la médication administrée aux patients qui opteront pour l'AMM n'est pas de la morphine; et 3- les balises prévues pour administrer l'AMM sont claires et la politique ministérielle doit promouvoir l'accès à des soins palliatifs véritables pour toute la population.

La SQMDSP reconnaît la légitimité de la Loi sur les soins de fin de vie et l'importance de respecter la mise en application de celle-ci puisqu'elle représente la volonté de notre société actuelle. Nous souhaitons toutefois, comme M. Salvet le mentionne, que la question des soins de fin de vie, lorsqu'elle est traitée, prenne en compte la réalité des faits, d'une façon respectueuse. Surtout, nous attendons du ministre de la Santé qu'il fasse figure d'exemple dans ses prises de parole.

Il serait triste de réduire la fin de vie au simple geste d'administrer un médicament, surtout lorsque le médicament en question ne tue pas.

Christiane Martel, présidente Société québécoise des médecins de soins palliatifs

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