Lettre à Philippe Couillard

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Le premier ministre, Philippe Couillard, à la conférence de Paris, samedi

AFP, Eric Feferberg

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Point de vue
Le Soleil

Monsieur le premier ministre,

J'ai voté pour vous, comme j'ai voté pour le PLQ à chacune des élections depuis que j'ai acquis le droit de vote en 1998. Même en 2012 (en fait, surtout en 2012). J'endosse vos objectifs de rigueur budgétaire et même les méthodes. J'ai un salaire qui, sans être celui d'un médecin spécialiste, est plus que confortable. Mes deux parents étaient médecins (aujourd'hui retraités) et j'ai le plus grand respect et amour pour eux, ayant été aux premières loges des opérations au milieu de la nuit, des tournées du samedi matin et des gardes aux quatre jours. Certains de mes meilleurs amis sont médecins. Je ne suis définitivement pas du genre à descendre dans la rue manifester contre l'austérité ni à colporter des rumeurs abracadabrantes sur la profession médicale. Je vous ai même supporté dans une lettre quand M. Khadir vous a attaqué pour votre compte de banque offshore. Je devrais donc, naturellement, continuer à vous soutenir, mais là, ça m'est devenu impossible. Franchement, même pour un libéral à tendance centre-droit comme moi, je trouve que votre gouvernement est rendu insupportable et indéfendable.

On a tous entendu les mêmes anecdotes : l'ophtalmologiste qui fait 1 million $ à traiter des cataractes de 9 à 5, les fiducies familiales et sociétés qui confèrent des avantages fiscaux uniques aux médecins, les trois à quatre mois de vacances en moyenne, les primes d'éloignement, les primes au soutien psychologique, les primes pour travailler 180 jours par année (celle-là m'a surpris, je dois le dire, 180 jours par année; vraiment, vos attentes sont si basses?). On n'y peut rien, on l'accepte et jusqu'à un certain point, ça se défend. Mais plus récemment, alors que Martin Coiteux, en parodie de Marie-Antoinette, recommande à la population de manger de la brioche, on voit que la majeure partie des efforts consentis sont immédiatement récupérés par les médecins sous forme de salaire, de primes, de frais accessoires, de bonis, d'incitatifs ou d'autres indemnités.

Les garderies seront plus chères et moins bonnes, les universités n'ont pas les moyens d'engager la relève du corps professoral, les enseignant(e)s sont payé(e)s un salaire de crève-faim pour un emploi aussi très exigeant, la diplomatie québécoise est décimée; tout cela aurait un sens pour moi si le bénéfice de cet effort était réparti dans la population. Or, ce n'est pas ce qui arrive : les médecins s'enrichissent pas mal exactement au rythme où le reste de la population s'appauvrit dans une espèce de jeu de vases communicants cynique. Ça ne vous gêne pas un peu, des fois, le soir, en vous couchant?

La question n'est pas de savoir si la rémunération des médecins est justifiée ou pas, mais plutôt si l'arithmétique de vos coupes ne cache pas un plan plus sinistre. Je ne suis pas un tenant de théories du complot mais il faudra tôt ou tard se rendre à l'évidence : votre gouvernement est en train d'utiliser le prétexte de la rigueur budgétaire pour instaurer, dans les faits, un régime de kleptocratie médicale sous nos yeux. Le gouvernement par les docteurs, pour les docteurs. Peut-être que votre plan est que les médecins soient à terme assez riches pour acheter des jets privés de Bombardier, je n'en sais rien, mais c'est bien parti. Je vous imagine vous en défendre en lisant ces lignes, mais vous comprendrez qu'après l'épisode Arthur Porter, on doute de votre capacité à identifier les kleptocrates qui vous entourent. Pendant que j'y pense, puisque vous êtes à Paris, vous pourriez en parler avec M. Poutine, il a sûrement des trucs à vous donner.

Je suis très prudent à ne pas vous recommander d'appauvrir les médecins. Je crois qu'ils sont payés assez justement pour un travail exceptionnellement exigeant. Toutefois, j'aurais espéré que les coupes soient plus «démocratiques», si vous voyez ce que je veux dire. D'ici là, il m'est inconcevable de penser aujourd'hui que je voterai à nouveau pour vous. Si vous me connaissiez, vous comprendriez que si vous commencez à perdre l'appui de gens comme moi, ça va plus mal que vous semblez le croire.

Louis Béland Jr., Québec

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