Se préparer pour l'échec de la COP21

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Un expert fait une présentation à la conférence de Paris.

AP, Francois Mori

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Point de vue
Le Soleil

En regardant l'impressionnant nombre d'articles et d'émissions sur la nécessité de réussir la COP21, il me paraît pertinent de suggérer que c'est peine perdue, à moins de larguer nos principales balises que sont le Groupe intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) et la recherche scientifique de pointe. Nous avons déjà dépassé les limites, et nous devons plutôt nous consacrer sérieusement à nous préparer pour l'échec. Le GIEC table sur le consensus qu'il est essentiel de garder la hausse de température sous les 2 °C et que, pour rendre cela possible, propose un «budget carbone» pour l'humanité.

Ce budget carbone est un élément tout nouveau dans les négociations qui permet de quantifier les contraintes. Depuis quelques semaines, les responsables de la COP21 nous informent que les engagements obtenus auprès de pays représentant 85 % des émissions globales de GES ne respectent pas le budget carbone et nous placent devant une hausse prévisible d'environ 3 °C, inacceptable. 

Une étude québécoise nous fournit quelques explications.

En juillet dernier, Renaud Gignac de l'IRIS et Damon Matthews de l'Université Concordia ont publié leurs calculs sur les implications du budget carbone pour l'ensemble des pays. Allocating a 2 °C Carbon Budget to Countries présente des allocations aux différents pays en fonction du budget carbone et de leur population. D'autre part, reconnaissant des désaccords profonds qui ont marqué les COP depuis celle de Kyoto en 1997, voire de Rio en 1992, ils proposent les principes d'une résolution de ces désaccords. 

Un processus de contraction/convergence éliminerait d'ici 2050 les inégalités historiques et contemporaines. Les pays pauvres pourraient poursuivre avec modération et pour un certain temps leurs efforts de développement et les pays riches commenceraient immédiatement à réduire les leurs de façon dramatique.

Les pays pauvres n'accepteront rien de moins, d'après de nombreuses interventions de leur part. Les pays riches se trouvent ainsi dans une situation intenable. La contraction esquissée les obligerait à éliminer rapidement leur utilisation d'énergie fossile, alors que cette utilisation constitue le fondement même de leurs activités économiques, que les énergies renouvelables n'ont tout simplement pas la capacité de la remplacer.

L'entente «historique» de décembre 2014 nous en donnait un aperçu. La Chine s'engage à des réductions de ses émissions à partir d'un pic de celles-ci en 2030, nous laissant devant une hausse de la température d'environ 3 °C, catastrophique aux yeux de tout le monde.

Depuis des décennies, nous essayons de tenir compte des impacts environnementaux de nos activités en tenant pour acquis que nous ne pouvons pas abandonner notre «développement économique». Une longue série d'efforts de «mitigation» et de compromis a été le résultat. À Paris cette semaine, pour la première fois, les gouvernements du monde sont confrontés au constat quantifié que cela ne marche plus.

Conséquences

Nous savons bien ce qui nous attend si la température de la planète dépasse 2 °C : fonte de la glace de l'océan Arctique et début d'un processus de rétroaction qui stimulera le processus de réchauffement, phénomènes météorologiques extrêmes de plus en plus sérieux et de plus en plus fréquents, sécheresses dans les régions agricoles, acidification des océans, perturbations sociales à l'échelle de la planète devant des pénuries de toutes sortes. Ce n'est plus une question de mitigations.

Et nous connaissons les conséquences des interventions nécessaires pour respecter le budget carbone et le processus de contraction/convergence qui mettrait fin aux énormes inégalités qui marquent les relations internationales depuis trop longtemps : ralentissement dramatique de la production industrielle dépendant de l'énergie fossile, transformation de l'agriculture industrielle fondée sur un recours massif à l'énergie fossile, baisse conséquente des revenus des populations entières et des gouvernements. C'est une sorte de récession permanente qui déstabilisera nos sociétés.

L'élite du Forum économique de Davos sait que les risques pour l'économie mondiale et pour la civilisation sont de plus en plus graves. 

Jeffrey Sachs a lancé l'an dernier le Deep Decarbonization Pathways Project (DDPP) devant fournir un portrait des interventions technologiques qui pourraient, d'ici 2050, permettre le maintien de la croissance économique tout en respectant le budget carbone.  En septembre 2014, un premier rapport semait quelques doutes quant au succès de l'initiative. Le résumé exécutif du deuxième rapport de septembre 2015 (le rapport complet n'est toujours pas disponible) concluait que l'objectif de concilier la croissance économique et le respect du budget carbone serait «aussi probable qu'improbable», ce qui comporte un risque inacceptable dans le cadre des travaux du GIEC et la nécessité de garder la température en dessous de 2 °C.

Issue prévisible, presque inévitable, même si c'est sûr qu'il y aura une entente quelconque à la sortie de la COP21 : les pays riches vont décider de courir le risque de continuer à mitiger les impacts de leur développement économique en espérant que les pays pauvres seront forcés de rester dans leur situation de pauvreté relative. C'est ce qui marque nos relations depuis près d'un siècle (ou plus) et il y a peut-être de l'espoir à leurs yeux que le développement économique de la Chine et de l'Inde, pour ne mentionner que ces deux pays qui hébergent presque la moitié de l'humanité, s'effondrera. Sinon, les pays riches vont accompagner les pays pauvres dans l'effondrement.

Harvey Mead, ex-sous-ministre à l'Environnement et ex-président de Nature Québec

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