Qui donc doit manger des croûtes?

Le chef du PQ, Pierre Karl Péladeau... (Étienne Ranger, Archives LeDroit)

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Le chef du PQ, Pierre Karl Péladeau

Étienne Ranger, Archives LeDroit

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Le Soleil

Coincé par les journalistes, pressé par son entourage, Pierre Karl Péladeau a fini par répondre ce que certains voulaient lui faire dire : «Le territoire du Québec est indivisible», avant de conclure «qu'il lui restait des croûtes à manger» en matière d'expérience politique.

Cette histoire illustre de façon éclatante le mal qui gangrène l'information politique sur la planète en général, y compris au Québec.

De fait, le consommateur d'information, télé ou imprimée, n'a absolument rien su de ce qui s'est passé durant le Conseil national du Parti québécois parce que les médias, dans la plupart de leurs reportages, n'en ont tout simplement pas parlé.

Le sujet qui a accaparé la quasi-totalité de l'espace médiatique consacré à la réunion? Une hypothétique partition du territoire québécois. Or il n'en a jamais été question de toute la durée de l'événement. Ce qui n'a pas empêché RDI, au Téléjournal de 21h, dimanche, de proclamer que cette question «a bousculé l'ordre du jour du Conseil national». C'est absolument faux.

Ghislain Picard a affirmé en point de presse : «Je suis souverainiste pour ma nation et ça inclut des territoires de toute évidence...» C'est bien évident que la souveraineté signifie l'exercice du pouvoir sur un territoire. Mais il n'a jamais prononcé le mot partition. Il n'a fait que répondre, au journaliste qui lui a posé nommément cette question, qu'il «n'écartait aucune option». Et pourquoi le ferait-il?

Pierre Karl Péladeau, interrogé de son côté, se comporte en homme nouveau et authentique. Il répond de façon nuancée. Pas comme un politicien de carrière, ce qu'il n'est pas. Sa position d'humaniste l'amène à croire qu'on ne peut, moralement, équitablement, nier aux nations autochtones le droit qu'on réclame pour notre propre nation.

L'oeuf ou la poule ?

Alors PKP le dit. Pas comme tel, il le dit de façon implicite, en parlant de négociations.

Et c'est là que ce mal qui ronge la société média-politique se manifeste dans toute sa virulence. L'interaction morbide entre personnel politique et média étouffe graduellement la démocratie. Et il est difficile de dire lequel des deux protagonistes est la poule, ou l'oeuf.

Aujourd'hui, il n'y a pas un politicien de carrière qui fait une déclaration publique sans la formuler principalement en fonction de la façon dont les médias vont la relayer au public. C'est malheureux. On en vient à parler aux médias, plutôt que de parler à la population à travers les médias. La préservation de l'image du politicien et celle de sa formation politique prend le dessus sur le message. Au détriment de la vérité, au détriment de l'ouverture et de la sincérité, au détriment de la véritable communication.

Il n'y a [presque] plus de journalistes d'information politique qui couvrent un événement sans privilégier la prise en défaut, la mise en contradiction ou la gaffe au détriment de l'information essentielle, au profit de la sensation.

Le politicien agit comme ça parce qu'il se sent, se sait piégé. Le journaliste agit comme ça parce qu'il sent le besoin de piéger un politicien qui pratique l'esquive, le camouflage, le déguisement et parce qu'il joue sur l'émotion du lecteur, de l'auditeur. On est en plein cercle vicieux.

Tant politiciens que journalistes pensent que ce comportement est inéluctable, que c'est la loi des communications politiques. Moi au contraire, je pense qu'on peut changer ça, qu'on doit changer ça. Au bénéfice de la démocratie. J'appelle une large discussion là-dessus. Il faut s'en sortir!

Comment peut-on nier aux autochtones, nations qui nous précèdent sur ce territoire, le droit d'obtenir un territoire, droit que l'on considère comme absolu pour la nation québécoise? On souhaite qu'après l'indépendance du Québec, blancs et autochtones en arrivent à un système multinational qui exclut la partition. D'ici là on ne peut, conceptuellement, logiquement, honnêtement et noblement, exclure que le sujet de la partition soit abordé. Voilà les nuances que PKP avait en tête.

C'est logique et difficilement contestable. Il aurait pu tenir son bout, au sein du Parti, devant les micros. Il en serait ressorti grandi, car il aurait démontré qu'il est un homme de principes, ce qu'il est, plutôt qu'un fin stratège partisan, ce que je lui demande de ne pas devenir.

Si on veut que la population ait foi en son système politique, en son personnel politique, il faut que les médias et ce personnel politique s'extirpent du carcan que leur impose la pseudo-loi des communications publiques. Il faut qu'ils nettoient cette véritable corruption de l'information. Ils ont tous des croûtes à manger.

Une fois les croûtes mangées, on pourra espérer que le cynisme s'estompe et qu'on retrouve des taux de participation de 80 % et plus aux élections.

Louis GermainQuébec

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