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La conférence des Nations unies sur le climat s'ouvre lundi à Paris.

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Le Soleil

Ils sont nombreux, les espoirs climatiques reposant sur la Conférence des Nations Unies (COP21) qui se tient à Paris du 30 novembre au 11 décembre. Tandis que les écologistes du monde entier retiennent leur souffle, les décideurs politiques internationaux se réunissent à Paris pour défendre idées, cibles et priorités, afin de pondre un accord international qui limiterait le réchauffement de la planète à + 2 °C.

Plus deux degrés Celsius! Ce seuil est sur toutes les lèvres, tellement que sa signification, soit l'emballement irrémédiable des systèmes climatiques, se noie dans les discours diplomatiques. Mais au-delà de ce seuil répété ad nauseam dans les enceintes politiques et médiatiques, il y a les impacts visibles, concrets, profonds, et actuels des changements climatiques. Des impacts qui, à eux seuls, devraient déjà nous avoir convaincus depuis longtemps de réagir face aux bouleversements climatiques. 

Or, comme le dit le bon vieux dicton : «Loin des yeux, loin du coeur». Une récente analyse pancanadienne indique en effet que 55 % des Canadiens jugent que les impacts des bouleversements climatiques posent «peu ou pas de risques pour eux».  Car ces impacts si profonds ne se produisent pas encore dans notre cour arrière, mais bien dans des pays du Sud et dans les lieux les plus reculés de la planète, comme l'Arctique canadien. Ce vaste territoire couvrant la plus grande partie de la côte maritime canadienne, mais ne comptant que 0,3 % de la population est en effet en proie à des changements majeurs, aux effets non seulement écologiques, mais aussi socioéconomiques et culturels.

Que l'on dépasse ce seuil de 2 °C ou non, la banquise arctique se désagrège et est vouée à disparaître complètement l'été dans une ou deux décennies. En effet, le réchauffement arctique est trois fois plus rapide qu'ailleurs sur la planète, un phénomène qualifié «d'amplification arctique» : déjà de + 2 °C dans certaines zones, il pourrait atteindre les + 11 °C en 2100. Perte de la banquise, fonte du pergélisol, effets délétères sur la faune arctique, arrivée d'espèces invasives issues des latitudes tempérées - la liste des impacts actuels des changements climatiques en Arctique est déjà longue. D'autant plus qu'un océan Arctique éventuellement libre de glace est convoité par les industries gazière, pétrolière, minière et maritime pour les ressources naturelles et routes maritimes que dévoilera la disparition du couvert de glace. Ces industries laissent en ce moment des traces dans l'environnement arctique et semblent bien vouloir s'y installer pour de bon.

Les communautés inuites subissent déjà les dérèglements du système arctique sur tous les fronts. Leurs modes de vie traditionnels, basés sur la chasse et la pêche et fortement associés à la banquise, sont perturbés par les conditions imprévisibles et dangereuses liées aux changements climatiques. Les tissus sociaux et culturels fondent avec la banquise, les motoneiges coulant dans les crevasses sont devenues phénomènes courants et, là-haut, les changements climatiques sont sur toutes les lèvres. On y parle de plus en plus d'adaptation aux impacts des changements climatiques, signe que les habitants du Nord font face à une nouvelle réalité.

Et puis, si des actions concrètes pour réduire l'empreinte humaine sur la planète ne sont pas prises dès maintenant, les bouleversements climatiques en Arctique finiront par se répercuter dans notre cour arrière. En 2100, la montée du niveau des eaux liée à la fonte des glaciers pourrait atteindre un mètre dans l'Atlantique Nord et les coûts globaux des changements climatiques arctiques pourraient frôler les 90 trillions de dollars. Si nous n'agissons pas maintenant, nos petits-enfants écoperont. 

Dans le vif des débats diplomatiques à Paris, espérons que les grands de ce monde se souviendront que les changements climatiques sont déjà la réalité pour de nombreuses populations, celles qui, trop souvent, ne sont ni entendues ni représentées dans les accords internationaux.

Marianne Falardeau-Côté, doctorante à l'Université McGill en écologie polaire

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