J'ai vu l'incroyable résilience d'un peuple

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La communauté d'Obedjiwan

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Le Soleil

En réaction à la chronique de Mylène Moisan: «On finit par s'habituer»

Je ne lis pas les journaux assidûment. J'ai bien sûr eu vent des événements des environs de Val D'Or, et suis tombée récemment sur une chronique de Mylène Moisan qui traitait d'Obedjiwan, et d'une autre quelques jours plus tard à propos de Manawan.

J'y travaille à Obedjiwan. Comme consultante, pour la troisième année. D'abord avec le CPE Sakihitokiwam, et maintenant une semaine par mois avec le dispensaire (Services Santé Opitciwan). 

Je conduis une des rares petites voitures qui s'aventurent sur la route forestière, à travers les pick-ups, les VUS et les ''vans'' de bois. Je m'annonce comme tout le monde dans ma radio «voiture km 50 en montant».

Comme les autres, j'ai vu les problématiques sociales. J'en ai été touchée et parfois troublée. 

J'ai senti les malaises de ma culture, de notre système et de ma profession par rapport à la culture et à la situation, et je les prends encore personnels bien souvent.

Et j'ai vu aussi l'incroyable résilience d'un peuple. Leur magnifique humour. Leur enracinement. Leur façon profonde d'être. C'est dans leur façon de parler. Je connais des hommes et des femmes qui sont des piliers solides pour leur communauté. Qui amènent leurs nièces au chalet la fin de semaine, leur montrent à faire de la bannique et des tartes. Qui vont mettre des collets. Qui trappent le castor, chassent l'outarde, l'orignal et l'ours. Font fumer la viande et tannent la peau. J'ai vu les grand-mères broder des couleurs vives sur le cuir, et des jeunes filles fabriquer de magnifiques boucles d'oreille en perlage. J'ai croisé une belle bande de jeunes garçons qui couraient les bois en prétendant être des chasseurs. J'ai vu le même groupe pêcher le doré debout sur les pierres, sur le bord du réservoir. 

J'ai vu les porteurs de la tradition, debout devant leur communauté, prier aux quatre directions et fumer la pipe sacrée. Les gens d'Obedjiwan sont réputés pour leurs voix magnifiques. Les femmes, entre autres. Ces chants sacrés parlent loin à l'intérieur, à la mémoire, au coeur. Les enfants en connaissent beaucoup aussi.

Et il y a les chanteurs. Les guerriers d'aujourd'hui, des jeunes hommes qui se retrouvent très souvent l'été pour frapper sur le même grand tambour au centre du groupe, et faire résonner leurs cordes vocales de toute leur intensité. On les entend de loin sur la réserve. Ils se préparent pour les pow-wow, je crois.

Deux fois par année. Il y a une marche d'organisée sur les territoires ancestraux. Plus de 50 marcheurs partent pour plusieurs jours. Ils portent des habits traditionnels. L'hiver ils se déplacent en raquette et tirent des traîneaux, dorment sous la tente. Ils marchent pour une cause. Pour se rappeler. Et ils inspirent toute leur communauté.

À Obedjiwan, c'est très souvent qu'il y a des activités. Un tournoi de hockey ou de ballon-balai. Un congrès AA. Une conférence. La semaine de promotion de la vie. La semaine de ci ou de ça.

L'église est parfois pleine, par exemple à la première communion, au dimanche des Rameaux, et certainement à plusieurs autres occasions. L'eucharistie est gardée dans une petite ''tente indienne'', blanche, avec une croix brodée à l'avant. La crèche de Noël est un tipi. Le Notre Père est dit en Atikamekw. Et les chants sont magnifiques. Des cantiques en vieil Algonquin. Les jeunes enfants se promènent parfois, font le tour de l'église, d'un banc à l'autre.

Oui, la vie est dure. Quand on regarde les difficultés. D'autant plus à travers les yeux de notre culture, on trouve les symptômes décourageants. Mais ce qu'on n'arrive pas à saisir, c'est la cause, dans sa complexité. Oui, ça a à voir avec l'histoire des pensionnats (qui gagne à être connue), avec l'histoire de la conquête. Avec l'assimilation ratée, qui se poursuit. Et d'après moi, ça a à voir avec une cause plus grande encore, qui touche toute l'humanité. Une perte d'identité. Une perte de sens.

C'est quand les Atikamekws parlent du bois que leurs yeux s'allument. Ou des traditions. De l'artisanat. Des plats traditionnels. Du temps où leurs grands-parents les amenaient dans le bois et leur racontaient ceci ou cela.

L'identité, le sens, ils ne sont pas perdus complètement, ni pour eux ni pour nous bien sûr. Je crois qu'il faut voir et sentir la flamme qui brûle encore, et l'attiser. Et je crois qu'il faut s'ouvrir. Mekwetc.

Geneviève Ayotte, Saint-Augustin-De-Desmaures

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