On doit agir collectivement, Mme Tardif

Les gains syndicaux du passé ont été obtenus après... (Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve)

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Les gains syndicaux du passé ont été obtenus après de longues et difficiles luttes collectives et non individuelles, observe l'auteur.

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

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Point de vue
Le Soleil

En réaction à la lettre de Marie-Claude Tardif pour sa lettre Une enseignante contre la grève en ligne le 30 octobre

Marie-Claude Tardif affirmait récemment sur le site web du Soleil que son syndicat manipulait l'information et qu'il «est important de dire les vraies choses». C'est alors que je me suis dit que le discours individualiste si propre à l'idéologie néolibérale avait fait beaucoup de chemin.

Quand le «moi» devient un absolu, il est évident que l'on ne se sent pas respecté dans ses choix individuels lorsqu'on doit verser une cotisation syndicale. Il est préférable alors d'oublier les gains syndicaux du passé :

  • une liste de priorité qui a permis de mettre fin au favoritisme et d'octroyer les contrats à temps partiel en toute justice et transparence ;
  • un fonds de pension (1973);
  • une assurance invalidité (1976);
  • un congé de maternité rémunéré de 20 semaines (1979);
  • l'équité salariale (début des années 2000);
  • etc.

Facile d'oublier donc que tous ces gains ont été obtenus après de longues et difficiles luttes collectives et non individuelles. Facile d'oublier qu'il n'y a pas si longtemps, ma propre mère a dû faire un choix déchirant entre son désir de fonder une famille et celui de poursuivre sa carrière d'enseignante qu'elle adorait. C'est encore une fois parce que, collectivement, les femmes ont lutté, tant dans le mouvement féministe que syndical, que ces dernières ont eu accès aux études supérieures et à la profession de leur choix, rejoignant ainsi l'état d'esprit de Simone de Beauvoir qui affirmait: «Pour désirer laisser des traces dans le monde, il faut en être solidaire.»

Aujourd'hui, j'en suis bien conscient, le mouvement syndical n'est pas en position pour revendiquer comme autrefois, mais je demeure persuadé que l'action collective peut nous permettre de limiter les reculs potentiels que les demandes patronales actuelles risquent d'infliger aux travailleuses et travailleurs des secteurs public et parapublic. Je parle ici d'alourdissement de la tâche, d'un accès plus difficile à la retraite, d'une remise en cause de la garantie de traitement en cas d'invalidité et j'en passe (voir Info négo +, numéro 2).

«La vérité appartient à ceux qui la cherchent et non point à ceux qui prétendent la détenir.» (Condorcet, Discours sur les conventions nationales, avril 1791)

Mais tant mieux, Mme Tardif, si votre travail vous comble de bonheur. Tant mieux si votre «auditoire» vous adore, mais il ne faudrait pas oublier qu'éduquer n'est pas un spectacle et qu'un nombre important des membres de notre profession subissent quotidiennement les effets d'une forte intégration des élèves HDAA dans les classes ordinaires. Tant mieux si 11 semaines de congé vous permettent de décrocher des «tourments» de l'enseignement, mais n'oublions pas que, pour des milliers de nos collègues au Québec, ces tourments mènent à l'épuisement professionnel.

Vous reprochez à votre syndicat local d'effectuer des dépenses douteuses. Comme si les postes budgétaires d'un syndicat se limitaient à l'achat d'objets promotionnels. Demandez plutôt à votre exécutif syndical combien d'argent est consacré à la défense des droits de vos collègues qui sont victimes de l'arbitrage patronal. Et qui sait: un jour, et je ne vous le souhaite absolument pas, vous devrez peut-être faire appel aux services de votre syndicat. Et il répondra présent, peu importe votre opinion sur sa légitimité.

Lors de la présente ronde de négociations, j'estime pour ma part que les syndicats d'enseignants, les comités de parents et une association de directions d'établissements ont très bien réussi à mettre sur la place publique la situation difficile que vit le réseau scolaire présentement. Ce sont plutôt nos vis-à-vis, MM. Blais et Coiteux, qui font la sourde oreille, préférant se cacher derrière ce paravent qu'est le sacro-saint équilibre budgétaire. De meilleurs jours suivront, disent-ils (c'est ce qu'on nous dit depuis des décennies), mais pour l'instant, c'est le personnel des établissements scolaires ainsi que les élèves qui en font les frais. Et quand 78 % des membres de mon syndicat local (Portneuf) se prononcent en faveur d'un mouvement de grève de six jours, je ne vois là aucun manque de respect ni aucune attaque au jugement des 22 % qui ont voté contre. Cela signifie cependant qu'une majorité importante de membres jugent que le moyen proposé et le sacrifice financier demandé sont à la hauteur des enjeux en cause. Je souhaite seulement que les membres qui ont voté contre la grève se rallient à la majorité et que la solidarité l'emporte sur la division. Comme vous le dites si bien, nous travaillons toutes et tous pour une même cause.

Toutefois, si vous avez des idées de moyens de pression qui nous éviteraient de recourir à la grève, je suis tout ouïe. Pourtant, vous avouez vous-même ne pas avoir de solutions. Vous formulez des souhaits qui sont de l'ordre de la pensée magique. Demander à la société ou au ministère de l'Éducation, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche d'être vraiment à l'écoute du monde de l'éducation, c'est oublier qu'aujourd'hui c'est la finance et les grandes entreprises qui dictent l'agenda des gouvernements. Si réellement on veut construire une société où l'égalité des chances et la réussite en éducation redeviennent une priorité, c'est collectivement que l'on doit agir.

Enfin, aujourd'hui c'est la grève, et moi, j'y suis!

Daniel Hamel, enseignant, membre du syndicat de l'enseignement de Portneuf (SEP-CSQ), Portneuf

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