Le grand démantèlement du réseau universitaire québécois

La Fédération québécoise des professeures et professeurs d'université... (Photothèque Le Soleil, Patrice Laroche)

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La Fédération québécoise des professeures et professeurs d'université est consternée de la façon dont le gouvernement remet en question le réseau universitaire.

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Le Soleil

Lettre au premier ministre du Québec

Monsieur le premier ministre,

La Fédération québécoise des professeures et professeurs d'université (FQPPU) est consternée de la façon cavalière avec laquelle votre gouvernement s'attaque cet automne au réseau universitaire.

Au cours des dernières semaines, le ministre de l'Éducation, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, François Blais, a fait circuler des idées insensées quant à l'avenir du siège social de l'Université du Québec et à la fermeture possible de la Télé-université (TÉLUQ). Doit-on comprendre que votre gouvernement désavoue complètement les communautés universitaires déjà fragilisées par les compressions budgétaires à répétition dont elles sont victimes depuis plusieurs années? Quelle est la prochaine université sur la liste? L'École nationale d'administration publique (ENAP)? L'Institut national de la recherche scientifique (INRS)? L'École de technologie supérieure (ÉTS)? La mauvaise farce a assez duré! L'avenir de nos universités est trop important pour qu'on les humilie publiquement de la sorte. Nous vous rappelons d'ailleurs que les universités sont des corporations autonomes qui doivent décider elles-mêmes de leur avenir et qu'elles ont toujours collaboré avec le gouvernement du Québec pour assurer leur pleine contribution au développement social et économique de la société québécoise.

Vous n'êtes pas sans savoir, M. le premier ministre, que chaque université a une mission distincte et que cette diversité fait la force de notre système universitaire. On ne peut réduire l'apport d'une université à une simple colonne de dépenses dans un tableau comptable. Supprimer une université ou l'affaiblir volontairement équivaut à la perte d'une expertise irremplaçable. En plus de former des citoyens aptes à délibérer collectivement, nos universités ont toutes un rôle à jouer quant à la formation d'une main-d'oeuvre qualifiée dans une variété de secteurs. Rayer une université ou plusieurs de la carte revient à réduire la participation démocratique et l'accessibilité à cette formation indispensable, ce qui ne peut qu'affecter gravement la société, le marché de l'emploi et l'économie du Québec. 

Quel que soit leur établissement de rattachement, les professeures et professeurs produisent de la recherche dans une variété de disciplines. Cette recherche contribue à faire du Québec une société prospère et nous permet de nous distinguer à l'international. Notre potentiel d'innovation dépend de la capacité de nos chercheurs à mener des recherches qui font avancer les connaissances et nous permettent de faire des découvertes qui nous enrichissent sur les plans économique, social et culturel. Les universités où le financement de la recherche est moins élevé contribuent aussi vigoureusement à cet effort de recherche et leur production est comparable à celle des universités de grande taille lorsqu'on observe le ratio de publications par professeur.

Par ailleurs, de nombreuses universités québécoises ont développé des pôles d'expertise en lien avec leur localisation géographique et ces expertises sont précieuses pour les milieux concernés. Pensons par exemple aux sciences de la mer, au développement régional et à la nordicité à l'UQAR, aux études sur les questions autochtones et la foresterie à l'UQAT ou sur la métallurgie à l'UQAC. Les efforts consacrés à la mise en place d'équipes de recherche qui ont des liens avec la société civile et qui contribuent à l'amélioration des pratiques dans des secteurs névralgiques pour le Québec ne peuvent être balayés du revers de la main, sous prétexte que l'on doit à tout prix équilibrer le budget. En cette matière, agir de façon irréfléchie et irresponsable risque ultimement de coûter beaucoup plus cher aux contribuables puisqu'aucune vision claire ne préside à ces gestes impulsifs et qu'aucune étude préalable des conséquences de ces décisions à courte vue n'est menée.

Enfin, quelle que soit sa mission, chaque université québécoise a tissé des liens avec des partenaires sociaux et économiques. Les universités ne sont pas des usines à former des diplômés. Elles sont des institutions complexes qui, en réalisant des activités d'enseignement et de recherche, contribuent à faire du Québec une véritable société du savoir. Pour qu'elles puissent poursuivre cette mission, on doit non pas remettre leur survie en question, mais leur fournir les ressources nécessaires à leur plein déploiement. Les professeures et professeurs d'université n'accepteront jamais un démantèlement du réseau universitaire québécois, qui a depuis longtemps fait la preuve de sa pertinence et de son efficacité.

Devant cette situation préjudiciable qui ne peut plus durer, nous sollicitons une rencontre avec vous dans les plus brefs délais afin de désamorcer la grave crise que l'on redoute.

Bien à vous,

Jean-Marie Lafortune, président, Fédération québécoise des professeures et professeurs d'université (FQPPU)

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