«Jusqu'ici tout va bien!»

On commence à consommer très jeune, à l'adolescence... (Photothèque Le Soleil)

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On commence à consommer très jeune, à l'adolescence pour la plupart, à l'école ou même à la maison avec certains parents, déplore l'auteur de cette lettre.

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Le Soleil

«Jusqu'ici tout va bien!» C'était les derniers mots d'une jeune fille avant qu'elle ne s'injecte sa dernière dose d'héroïne, qui lui sera fatale, malheureusement.

Chaque jour, je vois des jeunes et des adultes gâcher leur vie à cause de ce maudit poison. J'en croise des dizaines sur l'unité où je travaille en psychiatrie qui en sont esclaves. Ils subissent surtout ses conséquences, d'abord en santé mentale : la drogue est l'une des principales causes de déclaration de psychoses et de maladies mentales, mais surtout d'hospitalisations : pot, speed, ecstasy, cocaïne, etc. Sur le plan social, c'est la catastrophe et la misère sous toutes ses formes. Des personnes sont devenues itinérantes, endettées, renvoyées de leurs emplois. Les familles et les proches, à force des les voir s'enfoncer et se brûler, finissent par leur tourner le dos car ils en subissent eux aussi les conséquences. Des parents ou conjoints désabusés, leur bien-aimé(e) devenu(e) totalement une autre personne, agressive, colérique, capable de voler, de commettre des crimes, de tuer, de violer, tout pour s'acheter sa dose... Un chèque de bien-être dépensé en drogue plutôt qu'en loyer ou nourriture.

Mais attendez, ce n'est pas fini, il n'y a pas que les adultes, il y aussi nos enfants.  Et si par chance, ils échappent à la consommation, ils peuvent devenir victimes d'un parent prêt à vendre sa fille ou son fils pour quelques grammes de cocaïne, un parent intoxiqué qui peut aller jusqu'à l'agression physique ou sexuelle de son enfant. Cet enfant passe d'un statut de stabilité à un statut d'instabilité allant d'une famille d'accueil à une autre. La société tente de le protéger, mais en vain. On connaît tous son avenir.

Quoi faire quand on a des patients qui consomment et négocient la drogue au sein même de l'hôpital? Malgré les interventions et les moyens pour lutter contre, la dépendance prend le dessus. Beaucoup doivent toucher le fond à plusieurs reprises avant de s'en rendre compte et se mobiliser, d'autres touchent le fond et y restent collés.

On a la chance d'avoir de belles structures pour soigner la toxicomanie, on a du beau personnel qualifié qui essaie de faire de son mieux pour aider ses patients, mais en réalité, ce n'est pas suffisant, le mal gagne du terrain. On a une génération de jeunes qui peuvent être une belle valeur ajoutée à notre société, mais qui, malheureusement,  sont victimes de la banalisation de la drogue. Ce n'est pas normal qu'au 21e siècle, beaucoup trouvent la consommation du «pot» comme inoffensive alors que la science a prouvé son lien direct avec la maladie mentale.

Je crie ma frustration, voyant de belles personnes passant à côté de leur vie, allant droit vers le mur. On n'en fait pas assez pour les protéger, on coupe dans les budgets, on se félicite par les quelques maigres campagnes de sensibilisation, alors qu'il y a des milliers de personnes et de familles qui souffrent en silence. Et à cela, je ne veux même pas aborder le sujet de la toxicomanie chez les Autochtones, car ça, c'est un sujet plus compliqué.

Non, je ne redirai pas la même phrase que cette jeune femme avant de se shooter pour la dernière fois : «jusqu'ici tout va bien»! Non, ça ne va pas bien! Une prise de conscience sociale et politique est devenue urgente pour protéger l'avenir de notre société.

Mohammed Zaari Jabiri, médecin résident en psychiatrie, Québec

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