L'IEDM ne comprend pas l'économie forestière

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Le gouvernement doit travailler avec tous les intervenants afin d'adopter de nouvelles mesures pour le rétablissement du caribou forestier et réfléchir dès à présent à la foresterie de demain.

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Le Soleil

L'Institut économique de Montréal (IEDM) diffusait il y a quelques jours une vidéo illustrant les inquiétudes des travailleurs forestiers quant à la mise en oeuvre de mesures de protection pour le caribou. Le plan de rétablissement pour le caribou forestier y est dépeint comme un plan pouvant anéantir l'industrie forestière et les économies régionales qui en dépendent. L'IEDM semble ainsi présenter une situation où nous devons faire un choix : sacrifier le travailleur forestier ou le caribou.

Cette dramatisation est regrettable, car la réalité est bien différente. En effet, il est impensable d'établir une économie forestière prospère, porteuse d'emplois durables, sans prendre des mesures pour sauvegarder les espèces menacées comme le caribou.

Nous comprenons que les travailleurs et les intervenants du secteur forestier soient inquiets pour le maintien de leurs emplois. Cette crainte est légitime. Toutefois, si elle veut avoir accès aux marchés, l'industrie forestière doit relever le défi de l'aménagement écosystémique, un aménagement qui assure le maintien de la biodiversité, et du rétablissement des espèces en péril.

Des mesures sont déjà en place pour protéger le caribou. Différents intervenants en font mention dans cette vidéo. Toutefois, on ne peut pas renier la science et la science est claire : ces mesures sont inefficaces. De nombreuses études réalisées par des chercheurs québécois l'ont démontré. À titre d'exemple, les mesures en vigueur prévoient de maintenir des massifs forestiers de 100 à 250 km2, toutefois ces massifs se sont révélés être de taille insuffisante par rapport aux besoins du caribou (Lesmerises, 2011). Le documentaire de l'IEDM manque de rigueur. Des articles scientifiques et des chercheurs auraient dû être consultés à ce sujet.

On ne peut pas se fermer les yeux quant à l'évolution des connaissances. C'est d'ailleurs ce constat qui a conduit l'équipe de rétablissement du caribou forestier à produire un nouveau plan de rétablissement. Cette équipe, rappelons-le, est multidisciplinaire. Plusieurs représentants de l'industrie forestière y siègent.

L'application de ce nouveau plan de rétablissement aura des impacts sur la possibilité forestière, mais quel serait le coût du statu quo? Il serait dangereux de faire l'autruche et de ne pas prendre de nouvelles mesures afin de protéger le caribou forestier, car la réputation de l'industrie forestière et les accès aux marchés en dépendent. Il semble malheureusement que l'IEDM ne comprend tout simplement pas ce nouveau cadre économique du secteur forestier. En effet, les marchés ont tendance à exiger des produits verts, des «produits forestiers certifiés issus de forêts aménagées de façon durable», comme les produits certifiés FSC (Forest Stewardship Council). Il est donc important que la forêt québécoise soit certifiée pour trouver des acheteurs. Or, comme nous avons pu le constater au cours des derniers mois, la suspension ou la perte de certificats FSC au Québec, notamment en raison de l'inaction dans le dossier du rétablissement du caribou forestier, a causé des pertes de clients et la fermeture de machines. Mettre en place des mesures pour le rétablissement du caribou forestier entraînera, certes, des diminutions de possibilités forestières, mais permettra aussi d'accéder à des marchés : l'IEDM semble l'ignorer !

En ce qui a trait aux baisses de possibilités forestières, de ce que l'on comprend, la mise en oeuvre du plan de rétablissement du caribou forestier engendrerait possiblement une diminution d'un ordre de grandeur de 10 %. Or, dans plusieurs régions, les volumes récoltés n'atteignent pas la possibilité. Annoncer des baisses supplémentaires est donc une décision difficile, mais elle n'anéantira pas l'industrie. Diminuer légèrement le niveau de coupe est un mal nécessaire si nous voulons rattraper nos erreurs du passé et parler d'une foresterie durable. La commission Coulombe reconnaissait en 2004 qu'on assistait à une surexploitation des forêts. Ce constat a mené à la réforme du régime forestier. Mais celle-ci doit se poursuivre, car si nous voulons que la foresterie québécoise soit durable et exemplaire, elle ne peut être responsable de la disparition d'une espèce comme le caribou forestier.

Le gouvernement doit prendre ces responsabilités dans ce dossier. Il doit travailler avec tous les intervenants afin d'adopter de nouvelles mesures pour le rétablissement du caribou forestier et réfléchir dès à présent à la foresterie de demain.

Louis Bélanger, responsable de la commission Forêt de Nature Québec

Sophie Gallais, chargée de projet Aires protégées à Nature Québec

Québec

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