Le 30 octobre 1995, j'avais 18 ans

L'auteure a voté Oui en 1995 et est...

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L'auteure a voté Oui en 1995 et est encore favorable à la séparation du Québec.

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Point de vue
Le Soleil

C'était mon premier vote à vie. J'avais milité dans les mois précédents, au cégep et dans ma petite ville. J'avais fait du porte-à-porte.

Ce rêve d'indépendance m'avait été transmis par mes parents ainsi que par des femmes et des hommes politiques inspirants. Ma mamie Gemma, très lucide à près de 80 ans, me disait «je vote OUI pour vous autres, les jeunes, pour vous donner un pays à créer, à bâtir». C'était aussi mon rêve de jeune femme. Je le ressentais très fort, ce pays qui s'appelle le Québec, et c'était très logique pour moi, très positif. Quelque chose de courageux, et naturel. Ce matin du 30 octobre 1995, je suis partie à pied de chez moi, j'ai descendu la rue principale à La Pocatière. J'ai rencontré ma bonne amie Caroline, qui militait pour le NON, et on s'est serré la main au milieu de la rue. On s'est souhaité «Bonne chance !» avec beaucoup de respect et d'enthousiasme. J'ai poursuivi mon chemin et suis allée au bureau de vote où j'ai passé la journée à faire du «pointage». La suite appartient à l'histoire.

Vingt ans plus tard, je respecte ceux qui ont abandonné le rêve, ou ceux qui ne l'ont jamais eu, mais je veux affirmer que ce rêve est encore bien vivant pour moi et pour de très nombreux Québécois. Bon an mal an, nous sommes autour de 40 % à avoir ce rêve. S'il est timide ces temps-ci, le mouvement souverainiste est encore bien vivant, mais peu visible pour le moment. Comme un courant dans le fond d'une rivière. C'est normal et il ne faut pas paniquer. On s'enthousiasme pour le nouveau jeune et beau premier ministre canadien. Soit. Mais, l'avenir me donnera tort ou raison, j'ai bien peur que M. Trudeau ne soit pas très connecté ni préoccupé par ce qui se passe dans nos régions, au Québec. Pendant sa campagne, il n'a visité que les grandes villes, où, comme les autres chefs de partis excepté M. Duceppe, il est allé chercher, comme un monarque, la «liste de demandes» des maires de ces mêmes grandes villes. Il était complètement surréaliste et insupportable de voir ces maires, des hommes intelligents et intègres, se placer dans une position de quémandage semblable.

Cette situation résume tellement bien, je crois, toutes les raisons pour lesquelles le Québec devrait être souverain. Faut-il collectivement se rappeler ce qu'est la souveraineté d'un peuple ? «La souveraineté, c'est la capacité pour un peuple de prendre ses propres décisions, en toute liberté. C'est vrai pour les lois qu'on adopte, pour ce qu'on fait avec les impôts et les taxes qu'on paie, et pour les relations qu'on établit avec les autres pays.» (pq.org) Si nous percevions tous nos taxes et nos impôts dans notre pays du Québec, nous n'aurions plus à quémander quoi que ce soit. Les maires des grandes villes auraient des attentes envers le gouvernement du Québec, point. Et ce serait normal, sain.

J'ai maintenant 38 ans. Je suis mariée, mère de trois enfants, et je travaille dans une PME. Il s'en est passé des choses dans nos vies, depuis 20 ans. Mais le rêve que le Québec devienne un pays, ça n'a pas changé pour plusieurs d'entre nous. Parce que c'est la bonne chose à faire. J'aimerais expliquer à mes concitoyens que le Canada, c'est un bien beau grand pays sur la carte du monde et vu de l'extérieur, mais à l'intérieur, c'est une sorte de mariage où il y a beaucoup trop de conjoints, des conjoints qui demeurent ensemble pour de mauvaises raisons. Un mariage compliqué. Vous resteriez, vous, dans un mariage compliqué? Un mariage dont vous n'avez même pas signé le contrat? Pour moi, il est clair depuis longtemps que le Québec doit quitter ce mariage, se dire OUI et s'épanouir dans le respect de ce qu'il est.

Les fédéralistes utilisent le mot «séparation» comme si c'était la pire chose au monde, de se séparer. Demandez à la plupart des couples qui se séparent, ils vous diront: «C'est pour le mieux». Le Québec s'est épanoui grâce à l'inventivité de son peuple, l'originalité de ses créateurs, les bonnes idées de ses entrepreneurs, le travail acharné de ses travailleurs, sa fierté d'être un peuple francophone, la bienveillance de ses parlementaires à Québec, au sein de notre Assemblée nationale, et j'en passe. Le Québec ne s'est pas épanoui grâce à la Confédération canadienne. Nous n'en avons pas besoin.

Je crois qu'il est important de réaffirmer et de faire respecter cette idée à nouveau, oui. 

Geneviève Gourdeau, Neuville

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