Le malheur d'aimer son travail

Si nous, acteurs du monde l'éducation, pouvons encore,... (Photothèque Le Soleil, Pascal Ratthé)

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Si nous, acteurs du monde l'éducation, pouvons encore, quoique difficilement, soutenir ce système malgré tout ce dont on l'a déjà dépouillé, imaginez ce que nous pourrions réussir si le gouvernement, et la population sur laquelle il s'appuie, assumaient à leur tour la responsabilité d'y investir ce qui est nécessaire, avance l'auteur.

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Le Soleil

Ce n'est pas parce qu'ils acceptent de faire plus que ce pour quoi ils sont payés qu'ils trouvent cela normal. Hélas, ils ont le malheur d'aimer leur travail. Vraiment. Parfois même trop. Les profs aiment leurs élèves, et répugneront toujours à l'idée qu'on les prive d'un bienfait.

Ils sont aujourd'hui d'autant plus insultés de la manière dont on prend leur dévouement pour acquis qu'ils savent trop bien à quel point cette générosité est prise en compte dans le budget du gouvernement, et ce qui arriverait si vraiment ils ne faisaient que leur temps reconnu. Car c'est souvent, justement, de temps dont leurs élèves ont besoin. De temps avec leur enseignant. Dans ou en dehors de la classe.

Les profs ne comptent pas leur temps, car leur temps ne peut être compté. C'est dans les faits quasiment impossible: on ne peut mesurer efficacement les besoins des élèves. L'attention qu'on leur doit n'est ni quantifiable ni prévisible. Si vous êtes parent, j'imagine que vous pouvez presque comprendre. 

Se mobiliser entre profs n'est donc pas facile. Il faut trouver les moyens de convaincre tout le monde du caractère essentiel, mais épuisant, de notre travail, sans contrarier ni les jeunes, ni les parents, ni les collègues, ni la population. La grève n'est pas idéale. Elle dérange aussi, voire surtout ceux qui la font. Elle se veut alors un message sans équivoque: nos négociateurs parlent pour nous, écoutez-les bien.

Depuis quelques années, le mépris dont font preuve à la fois le gouvernement et quelques anonymes commentateurs sur Internet nous donne souvent l'impression qu'une partie de la population dénigre ou l'éducation ou ceux qui en ont la charge. La menace d'une loi spéciale, d'une résolution imposée, une fois de plus, par le gouvernement, condamne bien des enseignants au cynisme et à la résignation, avec tout ce que ça peut avoir de malsain sur le moral d'individus se sentant trahis par leur société, mais responsables d'inspirer son avenir.

S'ils savent que leur adversaire peut décider de leur sort, ils tiennent néanmoins à dénoncer cette infamie la tête haute. Ils se paient cher le temps de pouvoir se rassembler, de s'unir aux autres serviteurs de l'État, pour exprimer leur saturation, en espérant que non seulement le gouvernement entende, mais aussi, et peut-être même surtout, que le reste de la population, ne les appuyant pas déjà, écoute. 

Le fait est que nous pouvons témoigner, professionnellement, objectivement, que l'argent manque cruellement en éducation. Peut-être sert-il mieux aux indemnités de départ, aux baisses d'impôts ou dans les paradis fiscaux? Allez savoir. Mais il en manque en éducation, que ce soit dans les infrastructures, dans les services aux élèves et oui, dans la reconnaissance du professionnalisme enseignant. Et ce n'est pas un TBI par classe qui fait la différence. Bien sûr que non. Risible, mais triste décision politique.

Une classe d'enfants, en bas âge ou adolescents, nécessite à la base une attention énorme. Il faut pousser celui qui s'arrête, alimenter celle qui performe, éduquer l'autre qui insulte et remarquer celle qui s'efface. Chaque enfant a besoin pour s'élever d'une attention à ne pas sous-estimer. On l'a carrément oublié. C'est ce que constatent et condamnent haut et fort les enseignants ainsi que les professionnels et le personnel de soutien travaillant à leurs côtés dans les milieux. Les directions, quant à elles, ne peuvent le nier. Il n'y a tout simplement plus de coupure à faire en éducation. 

Au contraire.

Si nous, acteurs du monde l'éducation, pouvons encore, quoique difficilement, soutenir ce système malgré tout ce dont on l'a déjà dépouillé, imaginez ce que nous pourrions réussir si le gouvernement, et la population sur laquelle il s'appuie, assumaient à leur tour la responsabilité d'y investir ce qui est nécessaire. 

Il faut se donner les moyens de nos ambitions. Celles du gouvernement ne sont pas les nôtres.

Mathieu Bernière, enseignant, Québec

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