La résurrection manquée du Bloc québécois

Gilles Duceppe et sa femme Yolande Brunelle lors... (La Presse Canadienne, Ryan Remiorz)

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Gilles Duceppe et sa femme Yolande Brunelle lors de l'annonce de la démission du chef du Bloc.

La Presse Canadienne, Ryan Remiorz

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Point de vue
Le Soleil

On a cru le Bloc mort en 2011. Au printemps dernier, on annonçait le retour en force du Bloc, mais force est de constater que malgré ses 10 députés, avec 19,3 % des voix - le pire résultat de l'histoire pour un parti souverainiste - et la défaite de Gilles Duceppe dans son propre comté, on est loin de la résurrection annoncée. Cet échec électoral semble démontrer la difficulté pour le mouvement souverainiste d'épouser un nationalisme conservateur - voire réactionnaire - et des stratégies populistes.

Le Bloc québécois, jusqu'à sa déconfiture en 2011, défendait les intérêts du Québec à Ottawa en se faisant le défenseur d'un projet de société progressiste. Il défendait ce qu'on appelait les «valeurs québécoises», soient non pas les valeurs de la charte du même nom qu'on a vu aux élections québécoises de 2014, mais ces valeurs progressistes qui supposément distinguaient le Québec du reste du Canada, plus conservateur. Par exemple, pour ce qui est des jeunes contrevenants, le Bloc québécois défendait la position progressiste - qu'on disait québécoise - qui privilégiait la rééducation, la réadaptation et la réinsertion sociale plutôt que la position conservatrice - qu'on disait celle du reste du Canada - davantage basée sur la punition que la réhabilitation. Le Bloc québécois disait même défendre les «valeurs québécoises» à Ottawa, les champs de compétences du Québec comme le mariage homosexuel et l'environnement.

Pourtant, au milieu des années 2000, on a senti un changement au Québec en général et au sein du mouvement souverainiste en particulier. En 2006, alors que la radio poubelle CHOI-FM était à son apogée, tous les comtés de la région de Québec - à l'exception d'un seul - sont passés du Bloc Québécois au Parti conservateur du Canada et à un député indépendant, le populiste animateur de radio André Arthur. Suite à son échec aux élections fédérales dans cette même région de Québec - qu'on surnomma le «mystère Québec» -, le Bloc québécois se faisait expliquer sa défaite par le « Rapport Alarie » avec les raisons suivantes : opposition de son électorat au mariage homosexuel, au Registre des armes à feu, au suicide assisté et surtout dû au fait que le parti était trop centré sur Montréal et les minorités ethniques. On rajoutait que le Bloc québécois souffrait de «frénésie gauchiste» et que les «intellectuels de salon» qu'on voyait à Radio-Canada ne comprendraient pas le peuple. Autrement dit, l'avenir du Bloc québécois se trouvait dans le courant conservateur, voire populiste. Peu de temps après arriva le «code de vie» d'Hérouxville, la «crise des accommodements raisonnables» et la «Commission Bouchard-Taylor». Le Québec ne correspondait plus à la caricature progressiste et moderne qu'on en faisait, mais plutôt au tout aussi caricatural «vieux fond bleu» conservateur et réactionnaire.

Le Bloc a voulu épouser ce changement. En 2011, il se faisait discret sur les «valeurs québécoises», plutôt de gauche et progressistes, qu'il se targuait de défendre. En 2015, au lieu de miser sur les valeurs progressistes qui avaient toujours été les siennes, le Bloc a plutôt choisi une stratégie populiste en faisant du niqab son axe principal de campagne. Cette stratégie - qui mise sur la peur et l'angoisse identitaire - a eu beaucoup de succès depuis quelques années chez de nombreuses formations politiques de droite ou d'extrême droite en Europe, mais n'a pu être transposée avec succès au sein du Bloc québécois. Un peu comme si la greffe de cette stratégie n'a pas voulu prendre tant elle allait à l'encontre de l'essence même du parti.

Ainsi, bien qu'il soit indéniable qu'un courant plus conservateur se développe au Québec, le mouvement souverainiste reste majoritairement associé à des valeurs progressistes. Toutefois, on a l'impression que le mouvement souverainiste - le Bloc comme le PQ - a tout fait au cours des dernières années pour s'éloigner des valeurs progressistes. En misant sur un nationalisme conservateur, le Bloc québécois en 2015 - tout comme le Parti québécois en 2014 - n'a pas su rester fidèle aux valeurs dominantes du mouvement souverainiste. Un parti peut évoluer, se moderniser, se réformer même, mais peu importe le parti politique, il est suicidaire de miser sur une stratégie qui va à l'encontre des valeurs qu'il incarne.

Philippe Bernier Arcand, auteur de Le Parti québécois : d'un nationalisme à l'autre (Poètes de brousse, 2015), Ottawa

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