Légalisation de la marijuana: une fumeuse tartufferie

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La consommation de la marijuana est passée dans les moeurs, selon l'auteur de cette lettre.

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Point de vue
Le Soleil

C'était aussi prévisible que la date du solstice d'hiver : voilà déjà qu'on entend persifler de-ci de-là qu'il y a des choses plus urgentes à régler que la légalisation de la marijuana, par exemple la transformation des relations internationales, la réforme électorale et tutti quanti.

C'est dire comme on s'habitue à tout.

Il y a quelques décennies, à l'occasion d'une fête de Noël entre profs d'une école anglaise que je ne nommerai pas, j'avais été un moment stupéfait de me retrouver devant une prof d'éducation physique que, bien que charmante par ailleurs, je tenais jusque là pour rigoureusement straight, qui me tendait un joint replet et résolument allumé du fond de ses yeux rouges lapin. Cela se faisait au vu et au su de tous, y compris des membres de la direction, qui, eux aussi, tétaient volontiers - ce qui constituait un renversement de situation par rapport aux pratiques habituelles! Ce soir-là, j'ai compris que je ne serais plus marginal et que le pot était passé dans les moeurs.

La chose était et est toujours pourtant illégale! Mais on s'est habitué.

Ceux qui ont persisté dans la consommation ont fini par faire abstraction du fait que fumer son joint ne se fait guère sans entretenir de puissantes organisations criminelles contre lesquelles nous organisons ensuite des opérations avec un succès pour le moins relatif.

On n'est plus surpris de surprendre son fils ou sa fille de 13 ans les yeux dans la «graisse de bines», parce qu'on sait bien que les jeunes peuvent se procurer de l'herbe plus facilement que je pouvais mettre la main (gauche) sur un Playboy quand j'avais leur âge (on y montrait des femmes nues, dans ce temps-là).

Bref, on s'est habitué à enfreindre la loi, malgré qu'une part non négligeable de nos impôts soit consacrée à nous en empêcher, sourds que nous sommes aux appels moralisateurs, la dernière en date venant de l'ineffable Lise Thériault, vice-première ministre et ministre de la sécurité publique du Québec (qui dit qu'un souper entre amis est un plaisir plus simple que de se geler la bette - t'essaieras les deux en même temps, juste une fois!).

Et l'on relève rarement que cette extraordinaire hypocrisie sociale est de nature à pourrir lentement et sûrement le bon fonctionnement de la cité, qui devrait avoir pour base la convention à l'effet que la loi reflète les moeurs.

Voyez : jusqu'au seuil de l'adolescence, on s'évertue à prévenir les jeunes contre une pratique dont on leur dit qu'elle est illégale parce que nocive, et à peine pubère, il se rend compte qu'un peu tout le monde s'en fout, les jeunes comme les adultes (sans généraliser). Comment ne pas penser que cela influence négativement son rapport à l'État?

Alors, n'allez pas croire que je me justifie, loin de là, mais oui, il est plus que grand temps de mettre fin à cette fumeuse tartufferie.

Sylvain Meunier, écrivain

Longueuil

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