AB InDev et SAB Miller: d'la broue dans l'toupette

Près de 140 milliards de dollars ont mené... (archives La Voix de l'Est)

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Près de 140 milliards de dollars ont mené à la fusion de l'entreprise belgo-brésilienne AB InBev à celle de SAB Miller, une firme britannique d'origine sud-africaine. Il s'agit de l'une des plus grosses transactions jamais conclues dans l'histoire du capitalisme, point.

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Près de 140 milliards de dollars ont mené à la fusion de l'entreprise belgo-brésilienne AB InBev à celle de SAB Miller, une firme britannique d'origine sud-africaine. Il s'agit de l'une des plus grosses transactions jamais conclues dans l'histoire du capitalisme, point.

En effet, une méga-entreprise dans le domaine de la bière vient de naître, du moins pour l'instant. Certains justiciers de la concurrence vont invariablement avoir leur mot à dire. Mais en termes de marché, une fois la transaction approuvée, le nouveau maître-brasseur produira presque le tiers des bières consommées sur la planète: le tiers! Les deux conglomérats produisent des bières connues comme Budweiser, la Corona, Stella Artois, Becks, Miller et Peroni. Avec un chiffre d'affaires dépassant les 90 milliards de dollars par année, ce mastodonte aura une influence inouïe sur l'ensemble de la distribution mondiale de la bière, incluant Molson Coors. En effet, cette dernière pourrait même bénéficier de cette transaction.

Certes, le contexte financier favorise ce genre de chose. Avec des taux d'intérêt aussi bas, et l'emprunt de capital pratiquement gratuit, le domaine agroalimentaire, comme d'autres secteurs d'ailleurs, est devenu un terroir fertile pour ce genre de transaction. La gigantesque société brésilienne 3G Capital, derrière les alliances récentes impliquant Burger King, Tim Hortons, Heinz et Kraft, est encore une fois impliquée dans une transaction colossale. Puisque 3G Capital a la réputation de rationaliser les coûts après un achat d'envergure, SAB Miller, une fois fusionnée, risque de subir un sérieux coup de barre dans ses dépenses. D'ailleurs, c'est ce qui se passe chez Tim Hortons et Heinz ces jours-ci : mise à pieds, restructuration et élimination des marques qui battent de l'aile.

L'idée première du nouveau parangon des bières est de miser sur les marchés émergents, où les consommateurs risquent de boire plus de bières. L'étendue planétaire des deux entreprises est remarquablement complémentaire. Rares sont les marchés où les deux se concurrencent ardemment. Et puisque SAB Miller émane de l'Afrique, un continent qui comptera d'ici 30 ans le cinquième de la population planétaire, elle sera une arme idéale pour AB InBev.

Toutefois, la transaction doit être approuvée par les autorités des marchés dans plusieurs pays, notamment aux États-Unis. Plusieurs analystes prétendent que l'entreprise va devoir se départir de quelques divisions pour recevoir l'appui des régulateurs. Chez les Américains par exemple, l'association entre Miller et Coors, détenue à 42 % par celle-ci et à 58 % par AB InDev, pourrait connaître une fin intéressante pour Molson Coors. L'entreprise pourrait acheter les actions d'AB InDev et augmenter sa part de marché du lucratif territoire américain, même si le secteur de la bière se contracte quelque peu ces dernières années.

Évidemment, tout cela pourrait coûter au moins 10 milliards $CA, voire même jusqu'à 13 milliards $CA. C'est beaucoup d'argent, mais peu d'intérêt. Il ne faut pas oublier que les actions de Molson Coors ont augmenté de près de 15 % depuis l'annonce, un levier intéressant de financement pour une éventuelle transaction.

Outre les États-Unis, la Chine pourrait forcer la nouvelle entreprise à réorganiser ses effectifs. Avec plus de 38 % du marché, il est peu probable que les autorités chinoises laissent une entreprise étrangère dominer plus du tiers du marché. Des changements sont à prévoir là-bas aussi.

Et pour ceux qui s'inquiètent de l'avenir de la bière artisanale, rassurez-vous. Puisque ces produits représentent une offre singulière et que le marché est toujours en essor, les petits brasseurs ont toujours leur place parmi les grands. Ce marché est en expansion, tellement que même les grands brasseurs s'intéressent aux plus petits. Pas plus tard que la semaine dernière, le microbrasseur Mill Street se faisait acheter par Labatt, appartenant à AB InDev. Alors, pendant que la guerre des titans de la bière se poursuit, les petits brasseurs continueront de satisfaire la soif des petits marchés négligés.

Dr. Sylvain Charlebois

Professeur, Food Institute de l'Université de Guelph

Professeur en Distribution et Politiques Agroalimentaires

University of Guelph, Ontario

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