Harcèlement: la culture du silence se poursuivra

L'Assemblée nationale a adopté une politique de prévention... (PHOTO YAN DOUBLET, ARCHIVES LE SOLEIL)

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L'Assemblée nationale a adopté une politique de prévention et de résolution des situations de harcèlement au travail le 5 juin 2015.

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Le Soleil

Lors de la session du printemps dernier, l'Assemblée nationale a adopté une politique de prévention et de résolution des situations de harcèlement au travail en réaction au scandale de gestes posés par des députés à la Chambre des communes. Depuis, plusieurs scandales se sont ajoutés.

J'ai lu la politique et le mot confidentialité revient beaucoup trop souvent à mon goût. Ça manque de transparence. Les pommes pourries utiliseront facilement cette astuce pour se sortir du pétrin. Et la culture du silence se poursuivra encore et encore.

Je suis habitée par une très grande tristesse que l'on ait dû se rendre jusque-là pour tenter de contraindre des hommes politiques et des fonctionnaires à se comporter convenablement à l'Assemblée nationale.

J'y ai travaillé de 1970 à 2000. À cette époque, pas si lointaine, c'était une lutte constante contre le machisme, le sexisme, le harcèlement et l'inconduite sexuelle. Une femme qui avait du caractère était qualifiée de «mauvais caractère». Aujourd'hui, on dit qu'elle a des problèmes de comportement. Plus ça change, plus c'est pareil!

Lors de ma première journée de travail à l'Assemblée nationale, mon patron, un haut fonctionnaire, s'est assis près de moi pour m'entretenir de sexe entre les animaux et les humains. Ça commençait bien!

Un député m'a pris les seins par-derrière. Quand je l'ai menacé de lui mettre ma main dans la face, il m'a dit : «T'as donc bien mauvais caractère.» Il avait les mains longues celui-là, il n'arrêtait jamais.

Un collègue fonctionnaire m'a mis la main entre les cuisses au moment où, pliée en deux, je cherchais un document dans le dernier tiroir d'un classeur. Surprise et surtout honteuse, je n'ai rien trouvé de mieux à dire que : «Look, but don't touch.» Je m'en veux encore aujourd'hui de ne pas avoir su le remettre à sa place. Un autre me tripotait chaque fois qu'il se trouvait près de moi, des épaules jusqu'aux fesses.

Un ex-député, devenu fonctionnaire, raccrochait systématiquement le téléphone à toute secrétaire qui devait l'appeler dans l'exercice de ses fonctions. Monsieur ne parlait qu'aux femmes qui lui étaient hiérarchiquement supérieures. 

Le politicien pour qui je travaillais refusait à sa secrétaire l'accès à son bureau parce qu'elle pesait 160 livres; il me demandait à moi de faire l'intermédiaire entre lui et elle. Et quelques autres petits services, comme lui couper la moustache, changer le pansement sur le «petit bobo» que monsieur avait sur une jambe, etc.

Je n'ai pas hésité à le confronter quand j'ai appris qu'un jeune employé gagnait 10 000 $ de plus que moi. Sa réponse : «Mais c'est un garçon!» Parce que ce jeune homme avait une quéquette entre les jambes, il valait 10 000 $ de plus que moi. Encore aujourd'hui, juste à y penser, je bous de rage.

Pour lui avoir tenu tête et l'avoir interpellé sur son comportement, ses exigences et ses inconduites inappropriés, j'ai été évincée du cabinet. Ce qui m'a beaucoup nui parce que, bien sûr, c'était moi la coupable, la fautrice de troubles. Mais je n'ai aucun regret de m'être tenue debout. Au moins, moi, je peux marcher la tête haute. Lui, non. Et honte à tous ceux et celles qui savaient et qui n'ont jamais pris ma défense.

Au cours de ces années, je n'ai pas vu beaucoup de femmes se tenir debout. Le culte de l'homme y était très fort.

Ce qui m'écoeure le plus, c'est que notre société va continuer, comme si de rien n'était, d'encenser et de décorer ces «personnages». Il s'agit souvent de n'avoir qu'une grande gueule pour que tout leur tombe tout cuit dans le bec.

Pour être juste, je dois dire que le secrétariat général, la direction du personnel, et certaines personnes en autorité étaient très attentifs lorsqu'il s'agissait de problématiques entre fonctionnaires. S'il y avait plainte, il y avait intervention. Mais pour certains élus du bon peuple, pommes pourries imbues d'elles-mêmes et de leur pouvoir, rien. Ces rustres s'arrogeaient le droit de faire tout et n'importe quoi sans que personne ne puisse intervenir.

Annette Beaulieu, Québec

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