Partenariat transpacifique: il y a des limites à l'adaptation

Les agriculteurs québécois espèrent mieux du PTP que... (Yan Doublet, Archives Le Soleil)

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Les agriculteurs québécois espèrent mieux du PTP que de l'accord de libre-échange avec l'Union européenne, martèle Marcel Groleau, président de l'UPA.

Yan Doublet, Archives Le Soleil

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Point de vue
Le Soleil

Ces dernières semaines, et plus particulièrement depuis l'adhésion du Canada au Partenariat transpacifique (PTP), un certain nombre d'intervenants économiques soutiennent que les producteurs doivent rapidement prendre le virage de la compétitivité et s'adapter. En fait, les agriculteurs sont continuellement en situation d'adaptation relativement aux exigences grandissantes des consommateurs, aux nouvelles technologies, à la concurrence internationale et aux fluctuations des prix des marchés mondiaux.

Il est plutôt facile de recommander l'adaptation en tant que commentateur ou soi-disant expert quand on n'est pas directement touché. En fait, les producteurs agricoles québécois s'adaptent continuellement à la technologie, à l'évolution des connaissances et des marchés, à la pénurie de main-d'oeuvre, etc. Je mets quiconque au défi de prendre en main l'administration d'une ferme aujourd'hui et de réussir. Il y a une limite à l'adaptation lorsqu'il est question d'éléments hors du contrôle des producteurs. À plusieurs égards, ceux-ci sont aux prises avec les lois et les règlements les plus exigeants en Amérique du Nord, les attentes de leurs concitoyens, l'ouverture des marchés et la non-compétitivité du soutien de l'État.

On demande en effet à nos producteurs d'investir massivement dans leurs entreprises pour se conformer à des normes environnementales toujours plus sévères; le Québec a les règles environnementales les plus strictes en Amérique du Nord. On leur demande d'adopter des pratiques et d'adapter leurs bâtiments en fonction des attentes sociétales en matière de bien-être animal. On leur demande aussi de préserver un modèle d'agriculture familial et des fermes de petite taille. Tout ce qui est gros est suspect, même si nos plus grandes entreprises sont petites comparativement à celles qu'on retrouve chez nos compétiteurs américains.

Alors qu'au Canada, on resserre les critères et l'administration du Programme des travailleurs étrangers temporaires, les États-Unis peuvent compter sur un bassin illimité de travailleurs illégaux, autant dans les fermes que dans les usines de transformation. On exige de nos agriculteurs des produits de grande qualité qui respectent les normes québécoises, mais on les place en concurrence avec des produits importés souvent mal étiquetés, provenant de pays qui permettent l'utilisation de médicaments et de pesticides interdits au Canada. On demande aussi à nos producteurs de demeurer compétitifs malgré un climat nordique qui ne les avantage pas toujours. De plus, le Canada a récemment signé deux ententes internationales, le PTP et l'Accord économique et commercial global avec l'Europe, dans lesquelles il offre nos marchés et nos tablettes à des produits étrangers largement subventionnés.

Au même moment, les budgets 2015-2016 dévolus au secteur agricole québécois ont diminué de 14,5 %. En 2013, le gouvernement canadien a coupé dans Agri-stabilité et Agri-­investissement plus de 260millions $ par année, alors que les États-Unis et l'Europe ont maintenu leurs budgets. [...] Au Québec, on nous a également imposé, depuis plus de 11 ans, un moratoire sur l'augmentation des surfaces cultivées. On nous demande en plus de nous adapter à des importations illégales non contrôlées par les douanes. 

Pour revenir au PTP et à ses conséquences, il ne fait aucun doute que les programmes de compensation offerts ne couvriront qu'une portion des pertes des producteurs sous gestion de l'offre et de l'industrie qui en découle. [...] Depuis 10 ans, les productions bovine et porcine enregistrent des baisses au pays malgré toutes les ententes commerciales signées par le Canada et la demande alimentaire croissante. Il y a des limites à la capacité à s'adapter.

Marcel Groleau, président général de l'Union des producteurs agricoles

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