Sommes-nous en sécurité au Canada?

Globalement, les chiffres montrent que l'insécurité au Canada... (123RF/Thomas Sztanek)

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Globalement, les chiffres montrent que l'insécurité au Canada n'a pas l'envergure de celle que l'on veut nous faire croire.

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Sommes-nous en sécurité au Canada? La question est importante. Mais avant d'y répondre, nous devons en soulever trois autres.

La première : la situation canadienne actuelle justifie-t-elle que le Parlement, entre le 26 janvier 2009 et le 2 août 2015, ait été l'objet du dépôt de 76 projets de loi concernant le phénomène du crime, soit 29 % du total des projets déposés (263)? La seconde : doit-on questionner le fait que 17 des 48 projets de loi émanant des députés et des sénateurs, et sanctionnés (soit 35 % des projets), aient concerné le phénomène du crime? Puis, comment expliquer que la Loi sur le service correctionnel et la mise en liberté sous condition ait été modifiée à 18 reprises depuis l'arrivée au pouvoir du «nouveau» gouvernement conservateur? Pour déterminer si nous sommes vraiment en danger au Canada, nous pouvons examiner plusieurs statistiques qui concernent divers aspects de la vie quotidienne. À titre d'illustration, nous proposons le bilan routier, les accidents du travail, les homicides, les complications médicales, la pollution atmosphérique et l'index global sur le terrorisme. 

Lorsque l'on s'intéresse à l'automobile, secteur industriel important s'il en est, le dernier bilan routier de 2013 établit qu'il y a eu 1923 décès, 10 315 personnes blessées grièvement et 163 306 «seulement» blessées (Statistiques sur les collisions, 2013).

Selon Statistique Canada, en 2013, il y a quelque 600 000 Canadiennes et Canadiens qui ont subi un accident du travail, et parmi eux, environ 90 000 (14,8 %) ont eu une blessure qui a nécessité des soins de suivi pendant une moyenne de 4,9 mois (Blessures au travail, 2013).

Les statistiques relatives aux décès à la suite d'un accident du travail ne sont pas vraiment colligées. Malgré tout, les syndicats évaluent à environ 1000 le nombre de travailleurs ayant perdu la vie en 2012 (TUAC, 2013).

Bien que le nombre d'homicides ait été de 516 en 2014, celui relatif à d'autres infractions causant la mort à 90, et les tentatives de meurtre à 617 personnes, le taux de criminalité, qui avait atteint un sommet en 1991, ne cesse de diminuer depuis. Il se situait en 2014 au même taux qu'en 1969. En 2014, il était inférieur de 34 % par rapport à 2004.

Soins médicaux

Les complications de soins médicaux et chirurgicaux ont donné lieu à 213 décès, en 2009, dernières statistiques colligées par Statistique Canada concernant la liste sommaire des causes de mortalité. 

L'Association médicale canadienne estime que la pollution atmosphérique du Canada serait responsable de quelque 21 000 décès prématurés et de 30 000 visites à l'urgence d'un hôpital, annuellement. 

Selon le Global Terrorism Index publié en 2014, l'Irak se classe au premier rang des pays menacés par le terrorisme, le Royaume-Uni est 27e, les États-Unis 30es, la France 56e. Le Canada se place en 84e position, juste après l'Allemagne. Ainsi, en 2013, le Canada a subi trois attaques terroristes n'ayant causé aucun décès. Aux États-Unis, il y en a eu neuf avec six morts, en France, cinq, n'ayant causé aucun décès. Effectivement, en 2014, deux décès sont attribuables au terrorisme au Canada.

Bien que chacun des décès ou blessés soit important et ne devrait pas être toléré, globalement, ces faits, qui ne reflètent pas l'entièreté des violences individuelles et collectives, montrent quand même que l'insécurité au Canada n'a pas l'envergure de celle que l'on veut nous faire croire ou que l'on peut constater aux États-Unis sur les campus universitaires, par exemple, ou au Moyen-Orient, où la guerre sévit depuis trop longtemps.

Ainsi, nous devons prendre en considération l'analyse de Venenburg et Walgrave : «De plus en plus de données tendent à indiquer que des sentiments d'insécurité cristallisent des sentiments plus vastes de mal-être, qui ont trait aux incertitudes rencontrées dans notre société actuelle [entre autres en matière d'emploi, de logement, de santé] lesquelles découlent de processus sociaux fondamentaux [entre autres récession économique, internationalisation] à l'origine de la disparition de structures fixes.» 

En ce sens, un exemple d'insécurité en matière d'emploi : la restructuration des entreprises. Au regard de cette insécurité, selon un rapport émanant de la Commission européenne, plusieurs études «prouvent, sans aucun doute possible, que le processus de restructuration peut avoir des effets préjudiciables importants sur la santé des salariés concernés», c'est-à-dire aussi bien les victimes de mises à pied que les «rescapés» qui demeurent à l'emploi. 

Pas que des crimes

Cela étant dit, les gouvernements et les partis politiques, tant au fédéral qu'au provincial, ne peuvent plus aborder la question, légitime, de l'insécurité strictement que sur la base du phénomène du crime. Ils doivent obligatoirement prendre en compte les contextes économique et social dans lesquels les citoyens se retrouvent aujourd'hui pour adopter des mesures qui visent directement au bien-être de tout un chacun. Il en va non seulement du niveau de santé et d'éducation actuel, mais aussi des fondements qui seront légués dans les années futures aussi bien à court terme (10 ans), qu'à long terme (50 ans). L'avenir commence demain.

Jean Claude Bernheim, chargé de cours en criminologie et droits de la personne, Québec

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