Une société moins éduquée... et plus malade?

Avec moins de professionnels de l'éducation pour s'attaquer... (Photothèque Le Soleil)

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Avec moins de professionnels de l'éducation pour s'attaquer à la question des troubles d'apprentissage ou de langage, on peut penser que seuls les enfants les plus lourdement atteints seront pris en charge, avance l'auteure.

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Le Soleil

Comme mentionné dans un article publié dernièrement dans La Presse (Un réinvestissement immédiat en éducation serait «maladroit», dit Blais, 2 octobre), les compressions budgétaires récentes en milieu scolaire ainsi que dans le réseau des garderies privées subventionnées et des centres de la petite enfance (CPE) auraient eu pour effet d'abolir des postes de professionnels de l'éducation dans le réseau, tels que des orthophonistes, orthopédagogues, psychoéducateurs, etc. Dès lors, moins de services seraient offerts pour les enfants souffrant de troubles de l'apprentissage et de troubles du langage, pour ne nommer que ces derniers.

Il s'agit là d'une décision inquiétante et lourde de conséquences pour la société qui sera formée par nos jeunes d'aujourd'hui.

La littérature scientifique démontre clairement que pour ces troubles, une intervention précoce est nécessaire pour améliorer significativement le pronostic. Une intervention précoce nécessite l'apport des professionnels dont les postes semblent avoir été abolis en quantité significative. On ne peut évidemment pas s'attendre à ce qu'un enseignant, déjà surchargé et à court de ressources, puisse jouer ce rôle efficacement.

Avec moins de professionnels de l'éducation pour s'attaquer à la question des troubles d'apprentissage ou de langage, on peut penser que seuls les enfants les plus lourdement atteints seront pris en charge. Encore ici, on peut se questionner et craindre que des enfants légèrement ou modérément atteints, qui auraient un meilleur pronostic avec intervention, se voient refuser des services.

L'option de traitement par le privé n'est tout simplement pas envisageable pour une large proportion de la population, les tarifs sont coûteux et ne sont pas systématiquement couverts par les régimes d'assurance collective. Le réseau public devrait donc, idéalement, assurer la majorité des services, ce qui semble être mis en péril par les coupes budgétaires récentes.

Ce qui est désolant dans tout ça, c'est qu'en aidant moins ces enfants, on aggrave leur problématique, on les stigmatise davantage, on diminue leur chance de réussite scolaire et on ne contribue pas à favoriser l'un des déterminants sociaux de la santé les plus importants, soit l'éducation. 

Il est de plus démontré que les troubles d'apprentissage ou de langage non traités sont des facteurs de risque pour de nombreux troubles mentaux, tels que le trouble de conduite à l'adolescence, le trouble de personnalité antisociale, les troubles anxieux, etc. Ces troubles mentaux entraînent des coûts majeurs à la société, à plusieurs niveaux.

Les troubles d'apprentissage ne sont pas un sujet populaire, les troubles du langage non plus. La recherche dans ce domaine n'est pas soutenue ou financée par les géants pharmaceutiques. Ces troubles restent donc méconnus de plusieurs professionnels de la santé, y compris des médecins, mais on les retrouve, à l'âge adulte, associés à plusieurs troubles mentaux graves. En parallèle, le débat entourant le trouble déficitaire de l'attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) fait quant à lui couler énormément d'encre; on en dénonce fréquemment le surdiagnostic, le surtraitement, etc. Sans vouloir entrer dans ce débat, je trouve qu'il est bien triste de voir des enfants dyslexiques ou dysphasiques qui, contrairement à ceux souffrant d'un TDAH, ne peuvent pas espérer améliorer leur condition de façon significative par la prise d'un médicament tous les jours. Ici, le traitement démontré efficace n'est pas pharmacologique, ni médical, mais plutôt orthophonique ou orthopédagogique. Il s'agit de traitements nécessitant des interventions prolongées et spécialisées, dont l'efficacité et les bénéfices se mesurent en mois et en années. Ce qui n'est malheureusement pas vendeur, pour un gouvernement.

Je continue tout de même de rêver, peut-être un peu naïvement, que nous puissions faire ensemble le choix d'assumer collectivement le coût découlant de la prise en charge préscolaire et scolaire des enfants présentant des troubles d'apprentissage ou de langage, qui risquent sinon de ne pas pouvoir actualiser leur potentiel. Nous avons la responsabilité, en tant que société qui se veut à la fois mieux éduquée et moins malade, de trouver une solution afin de développer et de consolider un environnement éducatif favorisant la réussite de nos enfants, quelles que soient leurs différences. 

Valérie Trottier-Hébert, médecin psychiatre, Québec

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