Difficile d'instaurer des voies réservées à Québec

Selon l'auteur, si plus de gens optent pour... (Photothèque Le Soleil, Patrice Laroche)

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Selon l'auteur, si plus de gens optent pour le transport en commun, le RTC n'aura d'autres choix que d'augmenter le nombre de liaisons.

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Le Soleil

L'élargissement de l'autoroute Laurentienne ramène à l'avant-plan la saga des voies réservées à Québec. Comme ancien conseiller politique pour l'ex-ministre des Transports et des Affaires municipales, Sylvain Gaudreault, je regarde avec intérêt l'évolution de ce dossier.

D'abord, pourquoi augmenter le réseau des voies réservées au Québec? Est-ce pour s'attaquer aux automobilistes, aux familles et à la liberté de choisir? Bien sûr que non. Il est évident que des automobilistes, pour différentes raisons, n'ont d'autres choix que d'utiliser leur propre véhicule pour se déplacer. Cependant, bon nombre seraient également en mesure de changer leurs habitudes s'ils avaient droit à une offre quotidienne efficace de transport collectif. 

Au risque de me faire lancer des tomates ou de me faire traiter de «green», les voies réservées ne sont pas un obstacle à la diminution de la congestion routière, bien au contraire. Elles améliorent l'efficacité du transport collectif et incitent les automobilistes à modifier leurs habitudes, afin de diminuer les embouteillages. L'équation est simple. Si plus de gens choisissent de se tourner vers les autobus ou de faire du covoiturage, moins nombreux seront les véhicules sur les routes et donc, moins de congestion routière. 

Les automobilistes qui doivent voyager en solo ne seraient pas oubliés, puisqu'ils auraient tout de même droit à deux voies de circulation sur trois. L'idée est de rendre le transport collectif attrayant et d'amener un choix supplémentaire aux gens à l'extérieur du centre-ville lorsqu'ils se déplacent vers leur lieu de travail. Actuellement, si un autobus est pris dans les embouteillages, il est bien évident que ce n'est pas un bon incitatif à changer ses habitudes quotidiennement. 

Comme je l'entendais à l'époque pour l'élargissement d'Henri-IV, on affirme que l'autoroute Laurentienne n'est utilisée que pour quelques lignes d'autobus actuellement. En réalité, si plus de gens optent pour le transport en commun, le RTC n'aura d'autres choix que d'augmenter le nombre de liaisons. Lorsque les voies réservées sont arrivées sur l'autoroute Robert-Bourassa à Québec, le RTC a créé le réseau Express 500 qui s'ajoutait au réseau Express 300. Les résultats ont été forts positifs depuis.

Alors, pourquoi est-ce si complexe d'annoncer de nouvelles voies réservées au transport collectif dans la Capitale-Nationale? Les décideurs ont à affronter une perception négative qui rend difficile l'acceptabilité sociale et les efforts de promotion pour les tenants du transport en commun. Il est vrai que certains médias d'opinion de la région de Québec s'opposent ouvertement à l'implantation de voies réservées dans la Vieille Capitale. C'est tout à fait leur droit de s'exprimer ainsi. Nul doute que certaines stations de radio ont davantage d'automobilistes chez leurs auditeurs qu'au sein des autobus du RTC. Ils ont eux aussi leurs intérêts. Cependant, il va sans dire que leur influence sur l'opinion publique rend complexe l'avènement de ces projets de développement. 

C'est la raison pour laquelle on assiste actuellement à quelques tergiversations politiques. Mon précédent patron se faisait dire injustement qu'il était insensible à la réalité des gens de Québec, alors qu'il cherchait à offrir un choix supplémentaire et efficace aux usagers de la route. L'actuel ministre des Transports, Robert Poëti, a dû également essuyer son lot de critiques au cours des derniers jours, se faisant dépeindre comme un «ministre montréalais déconnecté de la Capitale-Nationale.» Ces attaques sont également injustes. Même la CAQ reconnaissait dans sa plateforme électorale en 2012, l'importance d'augmenter le réseau des voies réservées. 

Un ministre des Transports doit être celui de tous les usagers de la route, autant chez les automobilistes, que les usagers du transport collectif ou les camionneurs. Une de ses principales préoccupations, c'est l'amélioration de la fluidité dans le transport des personnes et des marchandises. 

Au moment où les grandes villes du monde entier cherchent à poursuivre leur développement et à améliorer leurs systèmes de transport en commun pour améliorer la fluidité de la circulation, on envoie le signal contraire à Québec. J'ai même entendu que la Vieille Capitale n'était pas Montréal et que l'implantation de voies réservées était inutile. 

Pourtant, Québec est une grande ville en Amérique du Nord qui fait aussi face à une croissance démographique, un étalement urbain et une augmentation de la congestion routière. Tout comme ailleurs, les coûts de congestion sont élevés et nuisent profondément à l'économie et aux entreprises. Parlez-en à l'industrie du camionnage.

J'ai vécu cinq années à Québec et j'ai adoré cette ville. Je ne comprenais pas cette crainte énorme face à un projet aussi avantageux que de permettre l'instauration de voies réservées, dans le cadre d'un élargissement. Je sais également que cette appréhension n'est pas généralisée, mais elle est répandue chez bon nombre de citoyens. 

Il n'est pas rare de constater que plusieurs avaient des perceptions négatives quant au transport en commun, l'ont essayé puis se sont aperçus qu'il y avait de nombreux avantages. Le défi pour les prochaines années sera de contrer cette image péjorative et de faire la promotion des nombreux bénéfices amenés par le transport collectif. Après tout, choisir l'autobus, c'est réduire ses dépenses, réduire le nombre de véhicules sur la route, réduire le temps de ses déplacements et réduire le stress associé aux embouteillages. 

Les gens de la banlieue de Québec méritent d'avoir des transports collectifs efficaces et d'avoir le choix quant au meilleur mode pour se déplacer vers leur lieu de travail. Souhaitons que le gouvernement garde le cap. Donnons à l'autoroute Laurentienne une voie réservée jusqu'au centre-ville. 

Philippe Noël, ancien conseiller politique de l'ex-ministre Sylvain Gaudreault, Montréal

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