Le Québec et la question nationale

L'auteur est convaincu que faire du Québec un pays... (Photothèque Le Soleil)

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L'auteur est convaincu que faire du Québec un pays est une belle utopie en raison de la situation géographique du Québec et des liens historiques, sociopolitiques et économiques avec le Canada.

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Le Soleil

(Québec) Je suis convaincu de la sincérité de mes compatriotes qui souhaitent faire du Québec un pays. J'ai partagé ce rêve. Mais, je suis tout aussi convaincu aujourd'hui que la réalisation de ce rêve est une belle utopie en raison de la situation géographique du Québec et des liens historiques, sociopolitiques et économiques qui nous relient au Canada. Je n'ai jamais perçu comme allant de soi le fait de changer la nature de nos rapports avec le Canada. Je ne suis pas le seul.

Les dirigeants souverainistes de toutes les époques ont toujours reconnu implicitement la nature et la valeur des liens constitutionnels qui nous unissent au Canada, notamment au plan économique, sans oublier les questions de sécurité. Il suffit de relire la formulation des questions référendaires de 1980 et de 1995 pour s'en convaincre définitivement. 

Mais il y a plus encore. Le Canada a une constitution, laquelle régit le Québec depuis 1982. Avec ou sans sa signature symbolique. Les avocats constitutionnalistes qui gravitent dans la mouvance souverainiste devront expliquer à leurs compatriotes comment ils comptent s'y prendre pour lever le verrou juridique de la formule d'amendement de la constitution canadienne.

Je veux bien admettre avec Christian Nadeau que «L'omniprésence de la question nationale reste donc, il faut le souligner à grands traits, tout à fait légitime.» (Liberté, égalité, solidarité. Refonder la démocratie et la justice sociale, Boréal, 2015). Il faut reconnaître toutefois que la démarche suivie jusqu'à présent est un échec. Reprendre les mêmes scénarios ne donnera pas de meilleurs résultats. Sur cette question, la société québécoise est fortement divisée : la moitié du Québec regarde à l'est pendant que l'autre moitié regarde à l'ouest. 

La fracture n'a jamais été aussi nette que lors du référendum de 1995. Il est vrai que, selon les circonstances et les événements politiques, plus ou moins 40 % des Québécois restent fidèles à l'option souverainiste. Mais, cela veut aussi dire que 60 % des Québécois n'adhèrent pas à cette option politique de façon tout aussi constante et résolue. Franchement, je ne vois plus comment  pourrait se faire cette union des «frères ennemis»...

Chose certaine, cette saga politique doit connaître son dénouement essentiellement au Québec, tous partis politiques confondus. L'Assemblée nationale doit adopter une résolution unanime réitérant les conditions de l'adhésion formelle du Québec à la constitution canadienne, «dans l'honneur et l'enthousiasme», avec l'assentiment de la majorité de la population québécoise. En aucun cas toutefois, cela ne saurait être un pays au sein d'un Canada uni.

À défaut d'une telle entente ici même au Québec sur la question aussi cruciale que le statut constitutionnel du Québec, lequel détermine notre avenir collectif, toute représentation souverainiste à Ottawa devient dès lors tout aussi inutile que nuisible. Inutile? À quoi peut bien servir une forte représentation souverainiste à la Chambre des communes, alors que l'option souverainiste plafonne au Québec? Il est bien évident que jamais les souverainistes n'auront la majorité parlementaire à la Chambre des communes. 

De plus, avec 78 circonscriptions québécoises sur les 338 circonscriptions canadiennes (23,1%) définies par le dernier décret de représentation fédérale adopté en 2013, il est aussi évident que le poids politique du Québec ne lui permettra pas d'infléchir la politique canadienne à sa convenance. On admettra qu'élire 78 candidats du Bloc est plus qu'improbable. Dans les faits, la représentation québécoise correspond fidèlement au poids démographique du Québec dans la Fédération canadienne, soit 8,2 millions d'habitants sur 35,5 millions (23,1 %), d'après les données de 2014. Mais elle s'érode avec le temps. Elle représentait 24,4 % de l'ensemble des circonscriptions fédérales avant 2013, soit 75 circonscriptions sur 308. Il ne peut en être autrement, compte tenu de l'évolution démographique de la province.

Nuisible la représentation souverainiste à Ottawa? Elle ne fait qu'entretenir l'illusion d'un quelconque pouvoir du Québec à la Chambre des communes. Dans notre système électoral uninominal majoritaire à un tour, les partis politiques bien établis que sont les conservateurs et les libéraux sortiront généralement gagnants des tiers partis qui en sont réduits dans les faits à se partager la balance du pouvoir, à plus forte raison lorsqu'il s'agit d'une formation politique sécessionniste. 

C'est donc au Québec, aux Québécois seuls de s'entendre sur leur avenir collectif, par delà les luttes partisanes et les lignes de parti. Est-ce possible?

Yvonnick Roy, Québec

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