Merci, Mme David, de ne plus parler en notre nom

La députée solidaire de Gouin, Françoise David... (Olivier Pontbriand, Archives La Presse)

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La députée solidaire de Gouin, Françoise David

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Le Soleil

Lettre à Françoise David

Au nom de l'Association québécoise des Nord-Africains pour la laïcité (AQNAL), nous tenons à réagir à la motion que vous avez fait adopter à l'Assemblée nationale vendredi matin. Nous vous remercions de cette volonté d'appel à la cohésion sociale. Qui ne serait d'accord avec ce principe? Merci de rappeler également que les Québécois et Québécoises de confession musulmane, et d'ailleurs de toutes confessions, ou même sans confession, sont tous des citoyens du Québec. Lors de notre comparution à la commission parlementaire sur le projet de Loi 59, nous avons d'ailleurs insisté pour que nous soyons reconnus en tant que citoyens Québécois d'origines nationales diverses, et non en fonction de notre religion.

Nous constatons que, sous couvert de protection des minorités, vous faites des amalgames qui ne sont pas acceptables. En effet, si l'idée est de dénoncer le fait que l'assermentation à visage voilé prendrait trop de place dans les débats électoraux fédéraux, pourquoi alors ne pas parler uniquement du niqab dans cette motion? Quel lien avec le problème épineux et mondial des réfugiés syriens, pour lequel d'ailleurs aucune solution politique simple n'existe, ni ici, ni ailleurs.

Vous parlez ensuite d'augmentation du nombre de vidéos et de déclarations à caractère islamophobe et raciste qui fusent sur les réseaux sociaux. De quelles déclarations et vidéos parlez-vous exactement? Il y a sur les réseaux sociaux toutes sortes de discours à caractère haineux. Là encore, nous nous éloignons du niqab. Cependant, nous nous rapprochons de deux concepts clés que vous avez réussi à introduire à l'Assemblée nationale aujourd'hui : l'islamophobie et la lutte aux discours haineux. Voilà qui nous ramène au projet de Loi 59 qui a été décrié, presque à l'unanimité en commission parlementaire, comme un projet qui va à l'encontre des assises d'un pays libre est démocratique. Nombre de personnes et de groupes, dont nous-mêmes, ont présenté des arguments à l'effet qu'une telle loi serait plus apte à protéger les islamistes radicaux qu'à protéger la société contre eux. Malheureusement, vous n'étiez pas présente, ni aucun autre représentant de votre parti, pour entendre nos préoccupations.

Mais ce qui nous choque encore plus c'est que vous ayez introduit, aujourd'hui, à l'Assemblée nationale du Québec, le mot islamophobie. Nous tenons à réagir sur l'utilisation erronée, abusive et non fondée de ce terme. On lui doit l'une des confusions sémantiques et politiques les plus graves de notre époque : faire croire que résister au fanatisme relève du racisme. Or, c'est un concept fumeux, qui a été créé pour limiter toute vigilance envers l'Islamisme et intimider ceux qui critiquent cette idéologie. Plutôt que de s'en prendre à ceux qui ont peur de l'islam, il faudrait se tenir debout devant ceux qui créent cette peur, ceux qui manipulent la démocratie, qui utilisent les chartes du Canada pour faire avancer leur projet d'Islam politique. Il n'est pas difficile de voir que les femmes en niqab font partie de cette catégorie de citoyens qui provoquent les institutions du Québec et du Canada.

Au Québec, ce sont les islamistes qui se disent victimes de rejet, qui refusent le mode de vie de la société d'accueil et culpabilisent toutes celles et tous ceux qui refusent leurs règles et qui critiquent leurs pratiques d'un autre temps. Ce sont eux, pas nous, pourtant provenant de la même sphère culturelle et religieuse, qui se disent victime d'islamophobie. La majorité des musulmans sont des victimes collatérales, mais directes, de ce concept d'islamophobie.

Les Québécois sont interpellés et souvent outrés par des pratiques soi-disant religieuses, telles que le niqab. Ils observent qu'il s'agit plus de régression et de dérives pouvant faire dérailler le projet de société qu'ils développent et font évoluer depuis des décennies, pour ne pas dire des siècles. Nous, citoyens québécois de culture musulmane, sommes également outrés d'être associés à ces victimaires qui se disent parler en notre nom. Nous sommes outrés que vous parliez en notre nom en utilisant ce mot islamophobie. En traitant les québécois de racistes et d'islamophobes, vous les insultez et vous nous insultez, nous aussi, citoyens Québécois de culture musulmane.

Merci, Madame de ne plus parler en notre nom.

Nadia El-Mabrouk

Comté de Gouin, pour l'«Association québécoise des Nord-Africains pour la laïcité»

Montréal

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