On achève bien les universités!

Le pavillon Palasis-Prince de l'Université Laval... (Le Soleil, Yan Doublet)

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Le pavillon Palasis-Prince de l'Université Laval

Le Soleil, Yan Doublet

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Point de vue
Le Soleil

(Québec) La politique d'austérité du gouvernement Couillard n'épargne aucun secteur de la société québécoise. Répondant davantage à une idéologie du laisser-faire économique et une obsession comptable qu'à une vision du renforcement des services publics, elle heurte de plein fouet le réseau universitaire québécois et avec lui le développement socioéconomique du Québec.

Les coupures à répétition laissent des cicatrices profondes.

Les compressions budgétaires cumulées depuis 2012 atteignent 737 M$ pour l'ensemble des universités, si on inclut celles annoncées pour l'année en cours. En quatre ans, près de 5 % du budget des universités a été retranché alors que la population étudiante augmentait de plus de 10 %. Une improvisation inquiétante puisqu'aucun objectif précis n'est visé et qu'aucun bilan des retombées autres que comptables n'est réalisé. Dans ce contexte, la planification budgétaire de chacun des établissements devient une opération tout aussi impulsive, qui pave la voie aux décisions hiérarchiques et compromet la collégialité.

Pas de rigueur pour la bureaucratie

Ces compressions sont d'autant plus préoccupantes qu'elles s'inscrivent dans le contexte d'une augmentation constante du nombre d'étudiants et d'une hausse encore plus rapide des ressources consacrées à l'administration, alors qu'on assiste à une diminution du nombre de professeurs et à la précarisation des autres corps d'emploi. 

En effet, depuis 1997-1998, l'effectif étudiant en équivalence au temps plein (EEETP) a augmenté de 51 % pour l'ensemble des universités. Pour la même période, cette augmentation était de 76 % aux cycles supérieurs. En revanche, le nombre de professeurs n'a augmenté que de 23 %. Cet accroissement considérable du nombre d'étudiants par professeur surcharge ces derniers et compromet la qualité de l'encadrement. Il s'agit d'une conséquence directe du sous-financement historique des universités et les récentes compressions ne font qu'aggraver la situation.

En parallèle, la masse salariale des directions universitaires a augmenté de 154 % entre 1997-1998 et 2008-2009, non seulement en raison de la hausse de salaires et des primes parfois extravagantes des dirigeants, mais surtout de l'augmentation du nombre d'employés administratifs dédiés à la rédaction des quelque 200 rapports annuels que chaque établissement doit déposer au ministère de l'Éducation, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche (MEESR) en guise de reddition de comptes, soit pratiquement un rapport par jour ouvrable. Le plus outrageant est que ces rapports ne sont, de l'aveu même des autorités gouvernementales, jamais lus et que les ressources consacrées à les préparer le sont donc en pure perte. Si le gouvernement entend rationaliser le financement des universités, c'est d'abord du côté de ses propres exigences en la matière qu'il doit agir. Les économies associées à une pratique normale de reddition de compte, à laquelle personne ne s'oppose en principe, s'élèvent aux deux tiers des sommes accaparées actuellement par les services administratifs des universités, soit entre 45 et 60 M$ annuellement. 

Une concurrence coûteuse entre les universités

Une autre économie significative pourrait être réalisée en modifiant la formule de financement des universités pour qu'elle ne s'appuie plus uniquement sur la fréquentation, ce qui crée une vaine compétition entre les établissements et mobilise quelque 20 M$ annuellement en coûts de publicité. Une nouvelle formule qui viserait le financement des activités d'enseignement permettrait une plus grande efficience dans l'utilisation des fonds publics, en plus de favoriser la collaboration entre les universités québécoises.

Un urgent besoin de réinvestissement en recherche

Les mesures d'austérité mises de l'avant créent aussi une pression sur la recherche-création et affectent la relève scientifique, que l'on peine à encadrer adéquatement faute de ressources. En l'absence d'une politique nationale adéquatement financée, l'apport du gouvernement du Québec au financement global de la recherche dans les universités a chuté de 24 % à 20 % entre 1997-1998 et 2014-2015. Cette baisse importante, qui menace les structures établies et le renouvellement des activités, va à l'encontre de l'objectif que s'est donné le gouvernement de consacrer 3 % du PIB à ses engagements en recherche.

Pour une relance du réseau universitaire québécois

La FQPPU convie le ministre Blais à surseoir aux compressions annoncées pour l'année 2015-2016, de l'ordre de 73 M$, somme qu'il est possible de recouvrer en coupant, comme nous l'indiquons plus tôt, dans la bureaucratie (45-60 M$) et dans la concurrence entre les universités (20 M$).

Des économies additionnelles pourraient venir d'un plus grand contrôle des salaires et des primes offerts aux dirigeants d'établissement. À cet égard, la FQPPU propose que le gouvernement du Québec limite le salaire des cadres supérieurs au double de celui des professeurs titulaires à l'échelon le plus élevé, au sein de chaque université.

Toutefois, la véritable relance du réseau universitaire québécois passe par l'embauche de professeurs. Nos travaux, qui s'appuient sur des données vérifiées, indiquent qu'il faudrait embaucher quelque 2 100 nouveaux professeurs d'université pour que le Québec rattrape la moyenne canadienne. Il va de soi qu'un nombre équivalent de postes en soutien à leurs activités d'enseignement et de recherche-création est requis pour que les effets souhaités de relance soient obtenus.

Un tel investissement, certes considérable, mais dont on sait qu'il produit des retombées autrement plus grandes en termes de vitalité sociale, scientifique et économique, permettrait au réseau universitaire québécois et à la société dans son ensemble de mieux tirer leur épingle du jeu à l'ère où le savoir est le principal levier de développement.

Jean-Marie Lafortune, président, Fédération québécoise des professeures et professeurs d'université (FQPPU)

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