Revoir la vision biomédicale de la santé mentale

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Le gouvernement du Québec a tout intérêt à investir avec plus d'intensité dans la santé mentale de la population, affirment deux travailleurs du secteur.

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Le Soleil

Suivant le dépôt du dernier rapport du Protecteur du citoyen invitant le Québec à se doter d'un nouveau plan d'action en santé mentale, il faut se réjouir que le ministre Gaétan Barrette ait répondu présent et accélère le  mouvement pour combler un besoin criant.

Considérant que le Plan d'action en santé mentale 2005-2010 remonte à plus d'une décennie et que son implantation a présenté son lot de lacunes, le gouvernement ne peut plus se permettre de reculer devant les besoins criants du système de santé actuel. Depuis les dernières années, nous constatons que le gouvernement ne fait que renvoyer ses responsabilités en matière de politiques en santé mentale à ses partenaires et à l'ensemble de la population.

L'enjeu est d'autant plus crucial si on tient compte qu'une personne sur quatre vivra un problème de santé mentale au cours de sa vie, selon l'Organisation mondiale de la Santé. De surcroît, il s'agit non seulement de répondre efficacement aux besoins de ces personnes, mais également de ceux de leurs proches et des intervenants impliqués. Selon le Protecteur du citoyen, la prise en charge de la santé mentale par le système de santé est également primordiale, et ce,  «à l'échelle de phénomènes de société, dont l'itinérance, les toxicomanies et les autres formes de dépendances. Elle a aussi des répercussions sur l'administration de la justice, sur les centres de détention, les centres jeunesse et le réseau scolaire», pour citer le Rapport annuel d'activité 2014-2015 du Protecteur du citoyen.

Concernant le prochain Plan d'action, il importe de réitérer l'importance d'assurer la consolidation d'une première ligne forte en santé mentale, d'intégrer les proches et pairs aidants dans les équipes de soins, aux services de crises, à l'ajout de professionnels répondants et de promouvoir des partenariats avec le milieu communautaire. De plus, il s'avère nécessaire de prioriser les déterminants sociaux - les facteurs qui configurent l'état de santé - soit les conditions de vie et de travail, le statut social, le revenu, le réseau familial et social ainsi que le soutien communautaire.

Il est préoccupant de constater que les problèmes de santé mentale soient encore essentiellement abordés par le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) dans une perspective biomédicale et psychologisante. Alors que la société se pare de nouvelles injonctions qui encouragent les démarches individuelles au détriment d'actions sociales et collectives, cela ajoute à l'inquiétude. Sans nier la contribution de l'analyse biomédicale, on en vient à renforcer l'attribution des conduites aux personnes tout en banalisant le poids des conditions sociales et structurelles. De cette façon, une «psychologisation» excessive servirait parfois à masquer les réalités sociales de domination.

À l'opposé d'une société qui chercherait à normaliser et à réduire les causes et les modalités d'intervention à des contours individualistes, nous devons plutôt tendre à appréhender l'ensemble des dimensions d'une personne en la restituant dans un ensemble social, et ainsi proposer des solutions durables basées sur une analyse systémique des problématiques rencontrées. Le gouvernement devrait ainsi impérativement considérer les déterminants sociaux comme base de travail, car à trop vouloir inviter au contrôle interne et mettre au premier plan la responsabilité individuelle, les analyses plus globales, systémiques, écologiques et structurelles, sont mises de côté.

Le gouvernement du Québec a tout intérêt à investir avec plus d'intensité dans la santé mentale de la population, pensons en terme d'absentéisme au travail, de bien-être, de participation citoyenne. Il est plus que temps que le gouvernement se dote d'un objectif global de transformation sociale en matière de soins en santé mentale. Et au-delà de Québec, Ottawa doit également faire sa part.

 Geneviève Houde, travailleuse sociale, et Étienne Boudou-Laforce, intervenant social

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