Porte ouverte à la perte d'identité de Sillery

La densification dans Sillery soulève la grogne de... (Photothèque Le Soleil, Caroline Grégoire)

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La densification dans Sillery soulève la grogne de certains citoyens.

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Le Soleil

Le document intitulé «Projets de densification résidentielle» préparé par des citoyens réunis dans le Comité pour une densification respectueuse traite principalement des déboires dont souffre actuellement le territoire de Sillery.

Pensée, imaginée, discutée, mise au point, écrite et illustrée, cette étude est d'une grande utilité. Elle désigne, avec à-propos, les erreurs autant que les horreurs dont l'administration est coupable par un zonage excessif et insensible, dans une opération de délestage d'une harmonie citadine réputée. Chaque quartier possède une personnalité qui lui est propre. Cela s'appelle «l'identité». Elle est bafouée, à Sillery, par une administration aveugle. Remercions les auteurs et les collaborateurs bénévoles de cette oeuvre citoyenne et magistrale. Ces citoyens sacrifient du temps de famille, de loisirs, parfois de sommeil, sans autre récompense que de recevoir des quolibets, voire des mots balbutiés par ceux qui sont au pouvoir.

Le document est d'une logique indéniable. Une remarque : le texte pourrait être plus sévère pour les démolitions abusives ou des abattages d'arbres matures et en santé. Mais, c'est une autre originalité, ce document se distingue des autres diatribes. Il ne fait pas le procès de l'administration, il questionne, interroge certaines pratiques dans la mutation du quartier. Il voit, recense et enregistre le changement triste et pénible d'un quartier qui affichait, sans prétention, une allure noble favorisant un cadre de vie calme. Familial. Si on laisse faire les transformations pour densifier encore et toujours, lot par lot, ce quartier deviendra bruyant, encombré et pire : il sera affublé d'un costume de nouveau riche. Il sera, en plus, boursoufflé. Cela n'est pas du tout dans les gènes de ce voisinage urbain, respectueux de son environnement physique et humain.

Le document démontre que le respect du site, du lieu, de la rue, de l'ilot, de la parcelle marque la lisibilité d'un voisinage qui est tenue, dignité, discrétion, jusqu'ici préservé. La densité d'un quartier doit prendre en compte, et c'est un exercice très difficile, la dimension de la perception visuelle d'une rue qui doit être traitée comme un ensemble architectural. Pas à la pièce! On l'oublie trop souvent! Les alignements, les dispositions au sol, le dessin d'une rue sont dans la veine des biens culturels. L'esthétique d'une rue, sa valeur se détaille dans l'arrangement de chacune des parcelles bâties ou non, procurant au spectateur, promeneur, visiteur ou résident, un sentiment de bien-être. Avec son complément paysager et l'ordonnancement des constructions riveraines,» l'architecture urbaine «ainsi définie favorise le plaisir visuel,la sécurité des artères et une esthétique des lieux, là où peut régner l'esprit. Ce n'est pas rien. La densification telle que pratiquée est tout le contraire.

Surdensification, démolition, construction:

Le thème est connu. Il peut être brisé. Il suffit de se tenir debout et de vouloir une ville agréable. À sa juste échelle. Deux exemples vécus, sous des régimes politiques différents.

Bagatelle, Sillery, 1977 : un projet est soumis pour démolir la petite villa et la remplacer par un ensemble de huit maisons en rangée. Les mêmes arguments que l'on entend aujourd'hui, rentabilité, taxes et revenus municipaux sont au menu. L'autorité provinciale de concert avec la ville de Sillery dira : NON au promoteur. Dieu merci, ce coin de verdure et de charme reste inviolé. Il perpétue une signature de qualité et de distinction. C'est un acquis.

Cataraqui, Sillery, en 1974 : un projet d'envergure pour lotir le Domaine et le rentabiliser. Les mêmes arguments que pour Bagatelle. L'autorité provinciale de concert avec la ville de Sillery dira : NON au promoteur, Ce parc urbain restera un coin de verdure, de calme. Oasis de qualité, il a été rénové et recyclé. Cet exemple démontre bien que la résistance peut être un outil face aux forces aveugles du marché, de l'économie, de la rentabilité et des administrations aveugles et muettes!

La morale de l'histoire s'énonce, discernement, discrétion, en un seul mot, c'est «la conservation» avant toute chose. Puis, par l'aménagement urbanistique, les ajustements se feront dans l'ordre, après étude et consultation. Dès lors, l'architecture urbaine comprise comme support à l'urbanisme aiderait la revitalisation physique des quartiers. Allons, disons-le, c'est la «valorisation civique» qui manque le plus.

La vérité ne se trouve pas nécessairement à l'Hôtel de Ville, pas plus qu'au Kremlin!

Marcel Junius.

architecte, urbaniste émérite

président honoraire Héritage-Québec

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