SAQ: à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire

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Le Soleil

En réponse à Mme Sandrine Thériault pour son article «La SAQ, j'y travaille et j'en suis fière» publié en ligne, le 6 septembre

J'ai lu avec beaucoup d'attention votre lettre ouverte. Depuis 7 ans maintenant, je défends l'idée d'une libéralisation partielle du marché du vin et de l'alcool au Québec. Si la commission Robillard a retenu cette proposition, sachez que, depuis le début, mon positionnement, ni idéologique, ni partisan, est simplement celui d'un économiste amateur de vin.

Car ce n'est pas une question droite-gauche, mais de plaisir de la dégustation.

Vous avez raison de témoigner de votre fierté de travailler pour la SAQ, car c'est une belle et grande entreprise. Vous parlez de pastilles de goût, d'innovations et de mesures environnementales. Voici de très bonnes initiatives. Mais votre lettre ne laisse pas transparaitre votre passion pour les produits. Ça devrait être la base même de votre métier : faire découvrir un produit plaisir comme le vin, surtout pour ceux et celles qui ne sont pas des connaisseurs. À l'instar d'un propriétaire d'une petite boutique de produits du terroir dont la première fierté serait justement ses produits.

D'ailleurs, je vous poserais trois questions? 1) Êtes-vous vous-même amateur de vin? 2) C'est vrai que les employés de la SAQ se montrent toujours souriants et très serviables, mais avez-vous une formation spécifique en oenologie ou en vin vous permettant de mieux répondre à la clientèle? 3) Je sais qu'il y a d'excellents conseillers à la SAQ, mais quelle est la proportion des employés de la SAQ disposant d'une telle formation?

C'est aussi une question de diversité et d'accès aux produits. C'est vrai que la SAQ dispose d'un large choix. Mais il existe tant de magnifiques produits - vins, bières, whiskys et autres - qui ne sont malheureusement pas disponibles au Québec, situation très frustrante pour un simple consommateur comme moi. Et autant de petits producteurs à travers le monde qui se demandent bien pourquoi leurs produits originaux ne peuvent entrer sur le marché québécois et qui sont littéralement en grogne contre notre système de monopole (j'ai des témoignages innombrables!).

Et que dire des produits québécois qui arrivent si difficilement à faire leur place sur les tablettes de la SAQ? Comment favoriser les vins d'ici dans ces conditions?

En quoi est-ce le rôle de l'État, par une procédure très administrative (décrite dans mon livre Où sont les vins?), de sélectionner pour les consommateurs québécois les vins qui seront vendus ici?

Je comprends que pour la SAQ, avec un réseau de 400 succursales à travers la province, il est difficile d'assurer une formation oenologique à tous. Je comprends aussi qu'il est difficile pour elle de faire de la place pour tous les produits du monde sur ses tablettes.

C'est pourquoi je propose d'apporter la concurrence de petits cavistes, c'est-à-dire de petites boutiques de vins et d'alcools, pour venir compléter le marché.

Car au-delà du côté commercial, un caviste, c'est le plaisir de la découverte, du petit produit typique surprenant; c'est apprendre les mots de la dégustation et discuter avec des commerçants désireux de partager leurs connaissances et leur passion. C'est une relation particulière avec le client qu'on amène à voyager dans toute la diversité des vins et des alcools. Comme les petites fromageries québécoises le font avec passion. Comme vous pouvez le voir dans ces petites capsules vidéo (leplaisirdescavistes.ca) que nous avons réalisées en Europe.

Dans ma proposition, la SAQ n'est pas démantelée. Pourquoi? La concurrence risque d'émerger particulièrement dans les grandes villes, privant les autres régions d'une large diversité. La SAQ conservera le pouvoir commercial pour assurer une belle diversité et une distribution efficace à travers le Québec. Et on maintient ainsi des revenus pour le gouvernement (voir mon étude sur le sujet : http://fredericlaurin.com/etude/) .

Je sais que la SAQ a tous les atouts pour tirer son épingle du jeu : une belle image de marque, des employés aimables, une puissance d'achat mondiale, un réseau de distribution global et performant, etc. Elle pourra continuer à exploiter sa notoriété pour fidéliser sa clientèle. Et vous serez encore plus fière d'y travailler!

À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire. C'est par la concurrence que la SAQ deviendra encore plus dynamique, innovante et efficiente. Et par l'apport des petits cavistes, nous pourrons augmenter le choix de produits disponibles au Québec, offrir une expérience client plus personnalisée, et donner aux consommateurs un meilleur prix.

Frédéric Laurin, PhD en économie

Professeur en économie à l'Université du Québec à Trois-Rivières et auteur de l'ouvrage Où sont les vins? (Éditions Hurtubise, 2009)

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