Le militaire sans l'humanitaire n'est pas une valeur canadienne

Des migrants et des réfugiés arrivés en Hongrie... (PHOTO ZOLTAN GERGELY KELEMEN, AP/MTI)

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Des migrants et des réfugiés arrivés en Hongrie depuis la Serbie montent à bord d'un bus.

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Le Soleil

(Québec) Les réfugiés, ce sont des migrants qui fuient la guerre, la dictature ou la persécution, quand ce n'est pas les trois à la fois. Un réfugié, c'est quelqu'un qui n'a pas eu le choix, il est parti pour sauver sa peau, pour fuir l'horreur. En plus de 4 ans de guerre, au-delà de 200 000 personnes ont été tuées en Syrie et, ceci dit, la guerre syrienne a déjà fait 4 millions d'exilés.

Aujourd'hui, la menace y vient de partout et vise tout le monde. Bref, les 4 millions d'exilés syriens n'ont pas choisi de fuir : ils sont donc des réfugiés qui, comme tels, ont droit à une protection internationale en vertu de la Convention relative au statut des réfugiés de l'Organisation des Nations Unies (ONU). Incidemment, le Canada a signé ladite Convention.

Avant le gouvernement Harper, les interventions internationales canadiennes étaient des interventions humanitaires de protection et de défense des populations civiles; depuis M. Harper, nous sommes passés à des interventions militaires. Selon M. Harper, l'humanitaire sans le militaire, ce n'est pas une politique canadienne; selon lui, l'aide aux Syriens ne pourrait être efficace sans s'attaquer au groupe armé État islamique. Il faut bien sûr s'attaquer à l'État islamique, mais il faut aussi assumer nos décisions et ce qu'elles impliquent.

Analysons les positions du gouvernement Harper et leurs conséquences. Aucune action militaire n'aurait pu sauver Aylan Kurdi de la mort sur cette plage, mais l'intensification des frappes de la Coalition contre l'État islamique, Coalition dont le Canada fait partie, a amené plus de Syriens à fuir le pays. 

Suite à la parution de la photo du petit Aylan Kurdi, M. Harper, avec sa compassion habituelle, a affirmé et je cite : «Dans cette campagne électorale, j'ai déjà annoncé notre intention d'augmenter le nombre de réfugiés syriens et d'améliorer le processus». L'enfer est pavé de bonnes intentions et le gouvernement Harper a laissé les réfugiés syriens en enfer : avec la méthode préférée de ce gouvernement, soit le programme de parrainage privé, il faut plus de 4 ans et demi pour accueillir un réfugié. Chris Alexander, le ministre de la Citoyenneté et de l'Immigration, a dit que la simplification des formulaires, l'élargissement du réseau de parrains potentiels et la réduction du temps de traitement des demandes permettront d'améliorer les services aux réfugiés... Les réfugiés n'ont pas besoin de services, ils ont besoin d'être secourus. Dans quel monde les conservateurs vivent-ils? Envisager de vivre dans des conditions précaires dans un camp de réfugiés durant plus de 4 ans avec des enfants alors que quelqu'un est prêt à garantir votre subsistance pendant un an au Canada, voilà le désespoir qui a causé la perte du jeune Kurdi et de beaucoup d'autres réfugiés à travers le monde. 

Le gouvernement Harper a rendu le parrainage des réfugiés plus difficile et n'a pas accueilli le nombre de réfugiés syriens qu'il s'était engagé à recevoir. Elizabeth May, la chef du Parti vert a déclaré : «La crise des réfugiés, on l'avait en plein visage. Si vous voulez savoir pourquoi, allez sur le site web d'Immigration Canada et essayez de voir comment vous pourriez parrainer un réfugié. Regardez les règles qu'ils ont établies aujourd'hui. Ce n'est pas ce que le Canada avait fait à l'époque des boat people du Vietnam. Les règles qui sont en place aujourd'hui rendent pratiquement impossible d'amener des réfugiés syriens au Canada. Il faut des moyens énormes et surmonter bien des obstacles». 

Autre considération non négligeable pour le gouvernement Harper : le Canada est un grand exportateur d'armes. Selon un rapport d'un comité spécial du Congrès américain, entre 2004 et 2011, les sociétés d'armement canadiennes ont vendu 8,29 milliards $ en armes aux pays en voie de développement, occupant le 9e rang mondial de ce marché. Qui plus est, comme membre de la Coalition contre l'État islamique, ils sont les alliés du régime dictatorial de Bachar el-Assad, alors accueillir trop de réfugiés syriens... Bref, intérêts économiques versus intérêts humanitaires! Le 19 octobre, montrons à M. Harper où se situent les vraies valeurs de notre pays : le militaire sans l'humanitaire, ce n'est pas une valeur canadienne.

Ghislaine Jalbert, Montréal

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