La langue française au Québec: un tabou?

Victor-Lévy Beaulieu, photographié lors du lancement de 666 -... (NICOLAS FALCIMAIGNE)

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Victor-Lévy Beaulieu, photographié lors du lancement de 666 - Friedrich Nietzsche, publié par Les Éditions Trois-Pistoles, veut mettre en échec la directive politique de Patrimoine Canada qui voudrait obliger son éditeur à reconnaître la participation financière du gouvernement fédéral en français et en anglais pour tout ouvrage paru.

NICOLAS FALCIMAIGNE

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Le Soleil

(Québec) Plusieurs de mes amis se sont inquiétés de mon silence depuis quelque temps. Je leur ai répondu là-dessus que j'avais beaucoup à faire, car, comme tous les étés, ma maison des Trois-Pistoles est pareille à un moulin à vent : les visiteurs s'y font nombreux, les amis et les connaissances de passage dans le Bas-Saint-Laurent aussi... le jeu complexe des portes tournantes.

J'ai aussi dit à mes amis que la lutte que nous avons entreprise aux Éditions Trois-Pistoles afin de mettre en échec la directive politique de Patrimoine Canada qui voudrait nous obliger, en tant qu'éditeur, à reconnaître la participation financière du gouvernement fédéral en français et... en anglais pour tout ouvrage que nous faisons paraître, et cela, pas seulement dans les livres que nous publions, mais aussi sur tous les documents que nous diffusons, y compris nos communiqués de presse.

Vous le savez autant que moi : le français, seule langue officielle du Québec, est devenu un sujet tabou dans la Belle Province. J'ai écrit une lettre ouverte à la ministre de Patrimoine Canada pour lui dire que nous n'entendions pas faire entorse à la loi 101. Cette lettre a paru dans presque tous les médias traditionnels, et j'ai accordé sur le sujet un bon nombre d'entrevues télévisées et téléphoniques.

J'espérais qu'éditeurs et écrivains feraient montre de leur appui et dénonceraient comme je l'ai fait cette manoeuvre du fédéral qui ne vise qu'un objectif : imposer par la force l'usage de l'anglais par-devers toutes les institutions québécoises dans lesquelles il met son long nez.

J'espérais que nos partis politiques, le PQ, Québec solidaire et la CAQ notamment, dénonceraient aussi la politique idéologique du gouvernement fédéral. J'espérais aussi que les organismes québécois qui luttent pour la défense du français manifesteraient à cor et à cri leur opposition à cette «bilinguisation» forcée de nos institutions.

Eh ben, non! L'Association des éditeurs québécois a simplement dit que «le sujet la préoccupait» et ça s'est terminé d'en par là. L'Union des écrivaines et des écrivains, ce club de voyages que finance allègrement le gouvernement fédéral, est restée muette comme la carpe qu'elle est. Aucun parti politique et aucune association pour la défense du français chez nous n'a dit quoi que ce soit sur le sujet. Ne parlons pas de la ministre dite de la Culture du Québec, la langue ne semblant compter pour rien dans son ministère, ce qui représente parfaitement la politique idéologique du gouvernement qui nous dirige.

Je continue tout de même cette lutte contre la politique de Patrimoine Canada, mais j'avoue me sentir bien seul là-dedans. Sans la solidarité des éditeurs, des écrivains, des mouvements pour la défense du français chez nous, de nos partis politiques soi-disant indépendantistes, je crains bien que je mène là une bataille déjà perdue. Et si je persiste jusqu'au bout, les Éditions Trois-Pistoles ne seront plus admissibles à l'aide de Patrimoine Canada, ce qui représente une part importante de notre financement, et cela d'autant plus que nous avons été pénalisés à tort par le Conseil des arts du Canada à cause de prétendus droits d'auteur impayés, mais qui l'étaient. La fonctionnaire responsable de notre dossier m'en a fait la confirmation quand nous avons fait la preuve de ce que nous avions déclaré. Évidemment, tous les crédits dont disposait le Conseil des Arts étant épuisés, c'est rien de moins que 20 000 $ que nous avons ainsi perdus.

Ajoutez à cela le fait que le gouvernement québécois a baissé de 20 % les crédits d'impôt dont bénéficiaient les éditeurs, et vous comprendrez que l'avenir m'apparaît fort sombre.

Aussi, je vous pose une question ce matin : que feriez-vous si vous étiez à ma place? Accepteriez-vous de ne pas respecter ce qu'il reste de plus important encore dans la loi 101 en permettant au gouvernement fédéral d'établir que la Charte canadienne des droits et libertés a préséance sur toute loi votée par le gouvernement québécois? Car c'est de cela qu'il s'agit finalement. Un détail, me direz-vous? Pourtant, nous savons tous que c'est grâce aux «petits détails» que le Diable finit toujours par triompher.

J'ai bien hâte de vous lire là-dessus.

Victor-Lévy Beaulieu, Trois-Pistoles

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