Monsieur Barrette: la prison pour qui?

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Les victimes des résidents avec trouble de comportement sexuel sont en grande majorité des femmes vulnérables, incapables de se défendre, incapables de raconter, explique l'auteure.

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Le Soleil

En tant que fille d'une mère souffrant d'Alzheimer, et en réponse au ministre Barrette, qui exclut d'emblée la séparation des résidents en CHSLD présentant des problèmes de comportements sexuels des autres résidents, j'aimerais communiquer mes observations.

Ma mère souffrant d'Alzheimer a résidé dans trois résidences différentes depuis son diagnostic. Dans la première résidence privée, elle a d'abord vécu dans un appartement autonome, puis elle a été déplacée dans une aile spécialisée pour les soins aux personnes en perte d'autonomie et avec troubles cognitifs. Elle ne pouvait pas sortir de cette aile sur ses propres bases, car toutes les portes étaient, pour ainsi dire, verrouillées. Est-ce qu'il m'est arrivé de penser que ma mère était en prison? Non, jamais! L'aile était aménagée avec un salon qui se convertissait en salle à manger, elle n'était pas confinée à sa chambre et elle pouvait socialiser. Selon leur problématique, les employés laissaient sortir l'un ou l'autre des résidents, accompagné ou non. 

Après une hospitalisation et la détérioration de son état, nous l'avons déménagée tout près de nous dans une résidence privée pour personnes avec troubles cognitifs. Le personnel était toujours aussi qualifié et dévoué, mais en pénurie constante, incapable d'assurer une surveillance dans toutes les ailes et dans tous les corridors en même temps. Un jour que je visitais ma mère, une dame, elle-même en visite, m'informe que ma mère est partie à sa chambre depuis environ 30 minutes avec un résident qui est connu pour avoir un langage axé sur la sexualité et pour entrer dans les chambres des résidentes. Par la suite, les employés m'ont confirmé qu'il pouvait y avoir eu attouchement sexuel dans ce cas précis, et je vous fais grâce des détails. J'ai donc rédigé une lettre à la direction, et je l'ai fait lire aux employés impliqués pour leur demander si elles se sentaient à l'aise avec cette lettre. Une employée m'a implorée, en pleurant, de ne pas remettre la lettre à la direction, ayant peur de perdre son emploi. Mon conjoint a donc rencontré la direction de l'établissement à ce sujet, sans faire référence aux employés, et la direction a communiqué avec une travailleuse sociale en CLSC qui a effectué une évaluation du résident. Puis, ce fut le silence, un long silence. Le résultat de l'évaluation est demeuré confidentiel, et nous n'avions pas l'autorisation de rencontrer la travailleuse sociale. Pendant des semaines, j'ai eu l'impression que malgré mes démarches, rien ne changeait. 

Un soir, je visite ma mère dans le même établissement. Je suis dans sa chambre avec elle, et quelqu'un cogne à la porte. Je ne bouge pas, j'attends de voir sa réaction. Elle répond, c'est le même résident problématique. J'interviens calmement, j'essaie d'apprendre à ma mère qu'elle ne doit pas ouvrir la porte lorsque quelqu'un cogne et que les employés ont une clé. Elle semble vouloir collaborer. En était-elle vraiment capable? M. Barrette, je vous le demande, ce soir-là, d'après vous, qui était en prison?

L'état de ma mère s'est par la suite détérioré, et nous avons dû la transférer dans un CHSLD encore plus près de nous où elle semble maintenant en sécurité, étant donné les résidents que j'y côtoie. De plus, le personnel m'y semble d'une éthique exceptionnelle. J'éprouve un soulagement indescriptible, c'est le bonheur.

Selon moi, la prévention des attouchements sexuels ne peut pas demeurer la responsabilité des employés, d'une main d'oeuvre en pénurie dans les résidences privées et publiques pour gens âgés, sans qu'il n'y ait d'autres mesures qui soient prises. Ce serait abdiquer devant le problème, puisque la pénurie rend impossible la surveillance de toutes les chambres et rend utopique la sécurité de nos personnes vulnérables. 

M. Barrette, le silence des employés est créé, dans certains établissements, par la peur, par des processus qui ne protègent pas les employés, par la culture qui entretient le silence, par le fait qu'il n'y a pas de campagne de sensibilisation incitant la divulgation des observations par les employés et démontrant une réelle ouverture de la direction. De plus, les observations ne sont pas disponibles pour les familles, il n'y a pas de transparence de la part des directions, les organisations publiques (travailleuses sociales) n'ont pas de compte à rendre aux familles qui ont un parent potentiellement en danger, sous prétexte de protéger la confidentialité des dossiers des résidents avec trouble de comportement. 

La prison véritable est celle de la personne en danger et de sa famille privée de moyens pour protéger leurs proches en centre d'hébergement. Les droits des victimes doivent primer sur les droits des agresseurs. Ces victimes sont en grande majorité des femmes vulnérables, incapables de se défendre, incapables de raconter. Lorsqu'une personne répète des actes d'attouchements sexuels, elle n'est plus sans danger pour des personnes en perte d'autonomie et les employés les connaissent. Des unités de soins spécialisées, bien aménagées, pour les personnes avec des problématiques particulières comme avec un trouble de comportement sexuel devraient exister régionalement, au minimum. Elles ne seraient pas des prisons, mais des milieux de vie encadrés. Ensuite, je commencerai à croire que les femmes âgées en centre d'hébergement sont réellement en sécurité.

Hélène Lahaie, Québec

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