Le programme iPad: déception

L'enseignant Alain Renaud de l'école secondaire de Rivière-du-Loup... (Collaboration spéciale Marc Larouche)

Agrandir

L'enseignant Alain Renaud de l'école secondaire de Rivière-du-Loup montre à un élève quelques applications du IPad.

Collaboration spéciale Marc Larouche

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Le Soleil

Au cours de la dernière année scolaire, ma fille a suivi le programme iPad. L'an dernier, lorsque l'on m'a présenté ce programme et ses avantages, je me suis interrogé sur sa pertinence. Les technologies des communications sont actuellement en pleine explosion et à une ère d'exploration. Le iPad, qui n'a que quelques années d'existence, ainsi que toutes les tablettes numériques qui en ont découlé, s'est imposé comme l'OUTIL aux multiples possibilités qui allait révolutionner le monde de l'éducation. Mythe ou réalité? Mode ou bien-fondé? Un outil pour bien nanti ou accessible à tous? Après une année à avoir observé ma fille utiliser cet instrument et à l'avoir accompagné dans sa démarche pédagogique, je suis déçu de ce «programme» iPad.

Je ne suis pas dans les classes et je ne sais pas comment vous utilisez le iPad durant les cours. Ce que je sais toutefois, c'est qu'en début d'année, j'ai dû acheter l'appareil, des applications, des livres scolaires numériques, bref, lui mettre dans le ventre le nécessaire à ce programme d'enseignement. En cours d'année, j'ai vu ma fille ouvrir sa tablette pour consulter ses livres numériques, faire des calculs, communiquer avec ses professeurs. En ce qui concerne l'écriture, je l'ai bien vu utiliser le iPad pour rédiger, mais pour constater que les textes (non imprimables sans un autre ordinateur!) étaient remplis de fautes. Et là, je me suis dit que quelque chose n'allait pas. Comment en arriver à un tel résultat alors que si on utilise les possibilités de cet appareil, il est possible d'écrire presque sans faute sans beaucoup d'effort. Ma réponse a été la suivante : ce «programme» n'est pas un programme. On a mis entre les mains de nos enfants un appareil dont ils ne connaissent pas l'usage. Leur donne-t-on des cours, ne serait-ce que des notions pratiques, de Word? Leur enseigne-t-on la prise de notes? Leur enseigne-t-on à conserver leur apprentissage sur les appareils? Leur montre-t-on l'inépuisable source de richesses qu'est Internet, Wikipédia et la multitude de ressources disponibles grâce au iPad?

Lorsque l'on parle de «programme», j'ai à l'esprit un contenu structuré. Je n'ai pas l'impression que ce que l'on nomme «programme iPad» l'est. C'est plutôt une aventure. Un groupe d'élèves expérimente un outil dont on ne sait rien. On tâtonne. C'est du «On-verra-bien». On prend le moyen pour la fin. On s'imagine que la science est dans la machine, alors que c'est la manière humaine de manier la connaissance qui entraîne la science. Bref, selon mon observation, on fait fausse route. Et que dire des multiples distractions qu'engendre cet outil? Des heures et des heures passées à «Facebooker», à «Facetimer», à texter, à multiplier les vidéos, les photos, à abuser des réseaux sociaux? Comme parent, j'ai beau imposer toutes les limites possibles, établir des règles, mais que puis-je faire contre ce courant, cette vague, cette tempête?

Je ne crois pas que la connaissance du iPad soit assez évoluée pour en faire un outil pédagogique efficace aujourd'hui. On se laisse entraîner dans une tendance motivée à ce jour par une mode, une tendance commerciale. J'ai démontré à ma fille combien l'utilisation du papier et du crayon était beaucoup plus efficace que le iPad pour structurer sa pensée lors d'un travail scolaire. Elle préfère d'ailleurs faire des mathématiques avec la bonne vieille méthode crayon-papier. Je lui ai démontré comment Antidote était un outil de rédaction merveilleux, mais elle en connaît peu sur ce logiciel. J'aimerais qu'on enseigne ces choses à l'école. Pourquoi d'ailleurs utilise-t-on encore le livre papier en français alors que la lecture d'un livre numérique donne accès à un dictionnaire intégré, à des outils de notes, à une foule d'autres avantages qui facilitent la compréhension du texte?

Si vous vous engagez dans un tel programme, vous devez le faire «à fond». Vous devez vous investir doublement : 1) enseigner l'utilisation de l'outil numérique 2) adapter l'utilisation de cet appareil aux objectifs du programme scolaire dicté par le ministère. Un tel programme ne doit pas être improvisé. Pour le moment, tout m'indique qu'il l'est. De plus, il crée un monstre de distractions auquel ma conjointe et moi, en tant que parents collaborant activement à l'éducation de notre fille, n'étions pas confrontés avant l'utilisation de la tablette comme instrument d'enseignement et l'adoption dudit programme. (Serait-il possible, par exemple, que l'on abolisse du iPad utilisé à l'école les logiciels et applications tels que Facebook, Facetime, Messenger et toute autre source de distraction?) Si les connaissances de l'outil, et si les ressources humaines n'ont pas les compétences nécessaires à son application, ce mode d'enseignement ne donnera rien. On ne doit pas l'appliquer à moitié. Il faut le faire entièrement ou pas du tout. Sinon, ce sera un jeu de tâtonnements sans objectifs précis. On aura le programme du MELS à enseigner avec un outil non apprivoisé, non adapté.

J'ai bien hâte que l'école - la vôtre comme toutes celles du Québec - enseigne autre chose à nos enfants que d'être des unités de production. Je m'attends à ce qu'elles forment des citoyens et non pas des consommateurs. Que fait le programme iPad actuellement? Consommer de la technologie, ou apprendre à nos enfants à devenir des personnes capables de réfléchir par elles-mêmes en développant la réflexion? Les livres papier, le crayon et le cahier sont-ils à cet égard dépassés? La question se pose.

Je m'attends à un enseignement qui en donne plus, je veux dire, pas en gadgets qui amusent les bien nantis, mais en méthodes efficaces. Un enseignement qui ne crée pas des riches individualistes, mais qui crée de la richesse intellectuelle, culturelle, citoyenne. Une richesse qui fera de nos enfants une génération qui se distinguera par ses connaissances, par son sens de l'innovation, par sa créativité, par son indépendance d'esprit.

Il est de votre responsabilité de participer à une réflexion sérieuse sur les orientations technologiques utilisées à l'école, et sur les programmes scolaires qui en découlent. Vos élèves, nos enfants, n'ont pas à payer le prix d'expériences qui compromettent un enseignement de qualité auquel nous sommes en droit de nous attendre.

Je porte à votre attention deux documents récents qui traitent du numérique comme outil d'apprentissage. Peut-être les connaissez-vous déjà :

• « Pourquoi Steve Jobs et Cie ont gardé leurs enfants éloignés des iPad »

http://www.express.be/business/fr/technology/pourquoi-steve-jobs-et-cie-ont-garde-leurs-enfants-eloigns-des-ipads/207897.htm

• L'actualité, édition du 15 mai 2015, pages 14 à 19.

Christian Bouchard

Québec

Partager

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer