Roosh V: détester les femmes

Le blogueur, auteur et conférencier Roosh V... (Photo tirée de YouTube)

Agrandir

Le blogueur, auteur et conférencier Roosh V

Photo tirée de YouTube

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Le Soleil

Roosh V n'est pas une sensation YouTube ordinaire qui explique aux hommes comment avoir des relations sexuelles avec des partenaires féminines aléatoires. Le blogueur, auteur et conférencier, attendu dans le cadre de sa tournée mondiale à Montréal le 8 août, est l'instigateur de Return of Kings, un blogue hétérosexuel et masculin qui prône en quelque sorte la domination de l'homme blanc ; il est de plus l'auteur de quatorze ouvrages. Le grand mal du XXIe siècle à ses yeux? Le backlash des hommes menacés par la gent féminine.

Il ne se limite pas à faire quelques blagues de mauvais goût sur la culture du viol. Son argumentaire, à la lecture de ses nombreux billets, relève de ce qu'il qualifie de «néomasculinité», une idéologie masculiniste, antiféministe et misogyne. Elle combine les valeurs traditionnelles, la masculinité et la biologie animale comme système idéologique. À ses yeux, le socialisme, le féminisme et le marxisme culturel auraient contribué à la destruction de la famille et à l'appauvrissement de l'État providence. Montréal, ville qui a donné lieu à des mobilisations féministes importantes, s'impose comme un laboratoire fort intéressant pour le néomasculiniste. C'est du moins ce qu'il affirme sur son blogue.

Renforcer la domination masculine

Roosh V, à travers cette théorie élaborée, fait l'apologie de la culture du viol. Il propose, entre autres, de légaliser l'agression sexuelle si elle se déroule dans un lieu privé. Après tout, les femmes, à l'affût des derniers avancements juridiques, seraient prêtes à faire des fausses dénonciations de viol, pour le plaisir. Dans l'article «6 qualities of a Good Rape Scene», on peut lire ces mots: « La clé pour une bonne scène de viol, c'est de voir la fille passer du fait qu'elle déteste ça au fait qu'elle adore ça ». 

Ce n'est pas tout. Roosh V donne dans une sorte de darwinisme social. La valeur des femmes, contrairement aux hommes, repose sur leur fertilité et leur beauté. Le succès des hommes repose sur leurs ressources matérielles et leur intellect. Dans cette logique, les femmes, dès le début de la trentaine, devraient abaisser leurs critères pour se trouver un partenaire, car leur « valeur » dans le «marché» est en baisse. L'antiféministe fait en outre des appels à la tradition et à l'ordre naturel tout en usant d'analogies douteuses avec la faune, une trope répandue dans la pornographie qui consiste à comparer les femmes, surtout les femmes de couleur, à des animaux. Pour donner un vernis intellectuel à son argumentation, il n'hésite pas à citer Arthur Schopenhauer, un philosophe misogyne du 19e siècle s'inquiétant lui aussi de la montée du féminisme.

Outre sa glorification de la supériorité masculine et sa banalisation du viol, Roosh V incite également ses lecteurs à faire du fat-shaming. «Une des raisons pour lesquelles il faut sortir avec une femme qui a un trouble alimentaire, c'est que l'obsession qu'elle porte à son corps va lui permettre d'améliorer son look », affirme-t-il. À ses yeux, les femmes deviennent une pâte à modeler d'hommes qui peuvent ainsi se prendre pour Pygmalion.

Parmi les commentaires de ses nombreux admirateurs, on retrouve des compliments élogieux: «Tu devrais faire partie du programme scolaire.» Sa popularité est presque plus dérangeante que son propos, une idéologie  populiste faisant l'apologie de la supériorité de l'homme blanc.

Liberté d'expression et censure

L'annonce de la venue du blogueur misogyne a engendré un débat entourant la liberté d'expression. Faut-il rappeler que ce principe est largement considéré comme la liberté la plus fondamentale de notre régime démocratique? Or, la liberté d'expression a été à quelques reprises balisée par la jurisprudence de la Cour suprême du Canada. Cette notion fondamentale repose sur trois postulats. D'abord, la liberté d'expression se fonde sur la libre circulation des idées et la recherche de la vérité. De plus, l'État et le juge doivent demeurer neutres à l'égard des différentes conceptions du bien. Au final, la liberté d'expression peut être limitée si elle cause préjudice à autrui. 

Surtout, les lois canadiennes interdisent la publication de message incitant à la haine. C'est donc à travers ce motif que la remise en question de la venue de Roosh V devient pertinente. Car l'ensemble de son propos exhale une haine viscérale des femmes qui ne sont pas considérées comme des êtres humains, mais objectivées comme choses qui ne prennent sens qu'au contact d'un homme.

Une éducation nécessaire

Avec l'essor des réseaux sociaux, la propagation de discours haineux et sexistes est plus difficile à contenir. Car, avec la multiplication des canaux d'expression, un quidam misogyne et antiféministe peut diffuser son idéologie à sa guise. L'esprit critique devant un tel courroux populiste est crucial. Or, cet esprit critique devrait être renforcé grâce à l'institution scolaire. Une solution, parmi d'autres? Renforcer la culture de l'égalité au sein des écoles pour éviter que ne se propage le message haineux sexiste et raciste.

Tempête dans un verre d'eau? Antiféministe isolé? Misogyne solitaire? À partir du moment où il est suivi sur le web, il n'est malheureusement pas solitaire. Les propos de Roosh V n'ont pourtant rien d'étonnant. Le masculinisme n'est pas nouveau dans l'histoire occidentale. À chaque avancée du féminisme, on a vu se développer un mouvement conservateur et réactionnaire invoquant la crise de la masculinité et la domination féminine institutionnelle. Ici, on nous sert régulièrement la notion de « matriarcat » pour qualifier les rapports sociaux de sexe au Québec.

A-t-on trop parlé de Roosh V? On ne parlera jamais trop pour se questionner sérieusement sur une telle idéologie. Le débat s'impose, car il est symptomatique d'un phénomène qui n'est pas nouveau et qui dépasse largement le white angry male (une figure à la fois raciste et sexiste) isolé prêchant dans le désert. Par leur inaction, alors qu'ils disposent des outils légaux pour interdire un tel discours dans le respect de nos droits fondamentaux, nos gouvernements feraient preuve d'une certaine complicité, voire d'une sympathie à l'égard de tels discours. 

Léa Clermont-Dion

candidate à la maîtrise en science politique

Québec

Partager

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer