Le Bloc, l'Écosse et la coalition anticonservatrice

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Un Oui victorieux en Écosse pourrait convaincre des souverainistes québécois qu'il vaut la peine de remettre l'indépendance à l'ordre du jour. Argument phare du camp du Oui écossais, l'indépendance pour l'émancipation sociale pourrait, cependant, susciter du scepticisme dans le Québec d'aujourd'hui.

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Le Soleil

J'ai eu la chance de séjourner en Écosse en septembre dernier lors du référendum organisé par le parti indépendantiste au pouvoir à Édimbourg, le Scottish national party (SNP). Redoutable force politique, le SNP se présente également sur la scène municipale ainsi que sur la scène fédérale. En mai dernier, il a, à la surprise générale, gagné 56 sièges des 59 circonscriptions que compte le territoire écossais sur la scène « fédérale » du Royaume-Uni.

Comment expliquer ce succès, alors que le SNP avait toujours obtenu des résultats décevants sur la scène britannique? Très simple, il a réussi à capter le vote anti-conservateur.

Là-bas comme ici, le gouvernement (ultra)conservateur de David Cameron a fait des ravages sociaux. Coupes drastiques en santé, en éducation et dans l'ensemble de ce qui reste de l'État-providence, générant de la souffrance pour une bonne partie de l'électorat. L'objectif prioritaire à l'aube des élections britanniques de mai était donc de sortir les conservateurs de Westminster.

En Écosse, les conservateurs ont toujours été détestés. Toutefois, c'est traditionnellement les travaillistes (Labour) qui captent ce vote anti-conservateur. Les Écossais votaient SNP au provincial, mais travailliste au fédéral. Les Québécois ne forment pas le seul peuple sans pays à jongler avec ses contradictions...

Pour réussir à s'imposer sur la scène fédérale britannique, le SNP savait qu'il devait réussir à rassurer les électeurs qui voulaient prioritairement se débarrasser des conservateurs. Or, priver les travaillistes de leurs sièges écossais au profit du SNP allait garantir la majorité aux conservateurs. Pour contrer cette réalité mathématique, le SNP s'est donc engagé, très tôt dans la campagne, à former une coalition parlementaire avec n'importe quel autre parti pour obtenir une majorité de députés et ainsi déloger les conservateurs du pouvoir. Nicola Sturgeon, la chef du SNP, répétait sur toutes les tribunes que l'important était d'élire des « députés anti-conservateurs ». En votant SNP, on votait nationaliste et anti-conservateur à la fois. Du génie politique.

L'effet bénéfique de cette proposition de coalition anti-conservatrice fut double pour le SNP, car en plus de rassurer les électeurs prioritairement anti-conservateurs, elle mettait dans l'embarras les autres partis fédéraux. En effet, ni les travaillistes ni les libéraux ne pouvaient accepter l'idée de faire alliance avec les indépendantistes écossais, eux qui menacent de briser l'unité du Royaume-Uni. En dénonçant avec véhémence cette idée de coalition, les chefs travaillistes et libéraux sécurisaient leurs appuis en Angleterre et dans le reste du Royaume-Uni, mais perdaient du terrain en Écosse, laissant le champ libre au SNP qui devenait alors le champion anti-conservateur au nord du mur d'Hadrien.

À quelques mois d'intervalle, le Bloc québécois affronte le même problème que le SNP: devoir convaincre un électorat qui désire prioritairement battre les conservateurs. Lors de la victoire éclatante du SNP en mai, le Bloc avait d'ailleurs publié un communiqué tentant de faire le parallèle avec la situation québécoise. Toutefois, depuis le début de la campagne, le Bloc navigue à sens contraire de la stratégie du SNP. Dans une entrevue, Gilles Duceppe a même souhaité faire des alliances avec n'importe quel parti (conservateurs inclus), tant que cela fait avancer le Québec. De plus, en présentant l'élection 2015 comme une bataille entre le Bloc québécois et le Bloc canadien (PCC+PLC+NPD), non seulement la direction du Bloc rate la cible, mais elle renonce également à capter le vote anti-conservateur.

L'idée de faire une coalition avec des partis fédéralistes ne devrait pas être si étrangère au Bloc. Rappelons-nous l'épisode de 2008, alors que, suite à une dispute sur le financement des partis politiques, le Harper minoritaire avait failli perdre le gouvernement face à l'étonnant projet d'une coalition dirigée par Stéphane Dion et Jack Layton et appuyée par Gilles Duceppe. 

Comme aimait le dire Parizeau, si le Bloc n'adopte pas la stratégie du SNP, il court le risque de s'«autopeluredebananiser».

Alexandre Leduc

Montréal

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