La dé-radicalisation, une solution miracle au jihadisme?

L'exemple de l'auteur de l'attentat de Saint-Jean-sur-Richelieu, Martin... (PHOTO TIRÉE DE FACEBOOK)

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L'exemple de l'auteur de l'attentat de Saint-Jean-sur-Richelieu, Martin Couture-Rouleau (photo), semble donner raison à ceux qui considèrent que la violence islamique serait portée par des déséquilibrés. Cependant, les études de l'Américain Marc Sageman indiquent que la majorité des jihadistes sont parfaitement sains d'esprit, et de surcroît appartiennent aux classes socio-économiques les moins défavorisées, font valoir les auteurs.

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Le Soleil

(Québec) Face au risque sécuritaire du jihadisme depuis la montée en puissance de l'Etat islamique, de nombreux pays occidentaux ont décidé ou sont sur le point de mettre en place des programmes de dé-radicalisation.

Ces initiatives se fondent sur l'élaboration d'un contre-discours religieux et la mise en place de stratégies pour prévenir, détecter, inverser un processus radicalisation en fournissant un soutien psychologique, médical et socio-économique. Ces initiatives ont l'objectif de resocialiser des individus dont la marginalisation et l'exclusion auraient conduit à la radicalisation.

Les politiques de dé-radicalisation partent du postulat premier que la radicalisation serait en grande partie le produit d'un mal-être, d'un déséquilibre psychologique. Souvent qualifiés de fous d'Allah, ces individus seraient pour la plupart des désaxés. Certes, l'exemple de l'auteur de l'attentat de Saint-Jean-sur-Richelieu semble donner raison à ceux qui considèrent que la violence islamique serait portée par des déséquilibrés. Cependant, les études de l'Américain Marc Sageman indiquent que la majorité des jihadistes sont parfaitement sains d'esprit, et de surcroît appartiennent aux classes socio-économiques les moins défavorisées. Les programmes de dé-radicalisation qui émergent au Canada donnent l'étrange impression d'une forte «psychologisation» du musulman radical. À force de vouloir voir dans le jihadisme l'expression paroxysmique d'une pathologie mentale, on risque d'occulter la complexité des causes.

Les lectures sécuritaire, psychologisante et socio-économique ont fortement pris le dessus dans les analyses. Ces approches sont importantes. Il est cependant prouvé que plusieurs parmi ces individus s'engagent, non pas suite à un endoctrinement religieux que d'aucuns qualifient de manipulation mentale, mais plutôt après un cheminement qui les a amenés de façon volontaire, consciente et revendiquée à soutenir que la violence serait, selon eux, le seul moyen de combattre des injustices politiques et des idéologies d'exclusion qui existent aux niveaux national et international. Comment désamorcer cette frustration politique? C'est là également un enjeu important de la stratégie de la dé-radicalisation. Le contre- discours sur la radicalisation ne peut aussi faire l'impasse d'une analyse critique des conflits géopolitiques dans le monde musulman, de l'instrumentalisation du jihadisme par quelques puissances occidentales et par des chefs d'État aux pratiques politiques autoritaires.

Les initiatives préconisées visent également, à travers la mise en place d'un contre-discours religieux, à convaincre de la non-légitimité religieuse du jihadisme. Cette stratégie postule que la radicalisation découlerait d'une lecture «étriquée» de l'islam. Pour sortir de ce cycle de la violence, il est donc nécessaire de produire un discours «éclairé» sur l'islam. Il s'agit ni plus ni moins d'éduquer les jihadistes vers le «vrai islam». Parce que la radicalisation se nourrirait d'une «maladie de l'islam», la seule réponse pour sortir de ce cycle de la violence est de rouvrir les portes de l'ijtihâd, fermé selon certains islamologues depuis longtemps. Il serait donc impératif de faire émerger des réformateurs de l'islam, de mettre en avant des imams modérés pour aider les communautés musulmanes à s'inscrire dans un islam des Lumières et une pensée critique de leur religion. Ce discours du «bon islam» transcendé par les valeurs démocratiques et humanistes de l'Occident, s'opposant à un islam figé a jusqu'ici peu d'impact auprès de beaucoup de musulmans ancrés dans le fidéisme et le littéralisme islamique. Certes, la conciliation entre la raison et le Coran, la conciliation entre l'islam et les exigences de l'universel ne sont pas des impensés de l'islam. Il faut cependant éviter que les populations musulmanes aient l'impression que l'on tente de leur imposer une figure du «bon musulman» conçue par le «haut» par des décideurs politiques et des «imams et intellectuels institutionnalisés».

Samir Amghar et Khadiyatoulah Fall sont chercheurs à la Chaire CERII et au CELAT à l'Université du Québec à Chicoutimi

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