Festival d'été de Québec: «remplir les Plaines», mais à quel prix?

On a beau dire que c'est un festival... (Photo Le Soleil, Pascal Ratthé)

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On a beau dire que c'est un festival d'envergure et que le Québec en rayonne, le FEQ est malheureusement devenu, depuis belle lurette, une grosse machine qui fait dans la « business culturelle », indique l'auteur.

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Le Soleil

(Québec) Il est bien loin le temps où le Festival d'été de Québec (FEQ) se donnait pour objectif de susciter des découvertes en prenant des risques avec enthousiasme. Cette année encore, bien que les artistes prenant part au festival donnent encore envie, le risque artistique est des plus dilués dans la programmation.

Globalement, on y remarque le peu d'effort pour faire - réellement - découvrir de nouveaux artistes, la plupart de ceux-ci étant déjà bien installés dans l'industrie musicale ou déjà estampillés« découvertes » depuis un certain temps. On a affaire à des valeurs sûres, des stratégies et des exclusivités marketing afin de titiller le consommateur.

Qu'on se comprenne bien, j'aime le Festival d'été. J'y vais même chaque année avec plaisir. Cependant, j'éprouve toujours un certain malaise. On a beau dire que c'est un festival d'envergure et que le Québec en rayonne, le FEQ est malheureusement devenu, depuis belle lurette, une grosse machine qui fait dans la « business culturelle ». Je comprends le principe, mais qu'y a-t-il de si réjouissant à aspirer à une programmation au contenu blockbuster, année après année ? Je me le demande. Est-ce notre Elvis Gratton intérieur qui s'écrie « think big » ? Nous avons malheureusement cette tendance à percevoir ce qui vient d'ailleurs comme toujours plus beau que ce que nous avons ici.

Il n'y a qu'à voir comment les grosses scènes extérieures sont souvent monopolisées par les artistes, dits « big » et, a contrario, les bars, salles de spectacle et petites scènes extérieures - là où les belles découvertes se font habituellement - font place aux artistes émergeant ou aux artistes moins connus. Ceux-ci bien souvent Québécois ou Canadiens, tiens tiens !

Ce qui prévaut, c'est d'attirer des vedettes de l'extérieur, du « lourd », « de l'international ». Pour le FEQ, un artiste de chez nous, qu'il soit intéressant et musicalement prenant, peu importe. Ce qui compte en définitive, c'est sa capacité à« remplir les Plaines » et à vendre de la bière. On se souviendra qu'en 2010, Dominique Goulet, alors directrice de la programmation du Festival d'été, a tenu des propos méprisants à l'égard des artistes québécois incapables de « remplir les Plaines ». Concernant la frange des organisateurs du FEQ qui semble mesurer le succès d'un spectacle au nombre de bières vendues, que font-ils de la qualité de l'artiste, de l'acoustique du spectacle, des heureuses rencontres artistiques et du nombre de personnes qui ont pu avoir une révélation musicale ?

Historiquement, le FEQ a permis de faire découvrir aux Québécois de nouveaux genres musicaux, de s'ouvrir à l'Afrique, à l'Europe et aux États-Unis. Mais il a également joué un rôle de premier plan dans la promotion de la chanson francophone. À cet égard, le FEQ a quelque peu baissé les bras avec le temps, sans doute en raison de la concurrence avec les FrancoFolies.

Le FEQ a d'ailleurs subi de fortes critiques en lien avec la faible présence francophone sur ses scènes. Daniel Gélinas - l'intouchable - avait alors piteusement répliqué qu'on entendait de nombreux artistes chantant en anglais aux Victoires de la musique et de poursuivre que si les Français le faisaient - soit délaisser les artistes chantant dans la langue de Molière -, pourquoi pas nous ?

Le but du FEQ n'est pas de promouvoir exclusivement la culture québécoise, soit. Il demeure qu'une sensibilité à son égard est nécessaire. Si nous pouvons nous réjouir des efforts faits en ce sens, on peut toujours faire mieux, surtout être moins frileux dans le choix des artistes qu'on invite. À cet égard, pourquoi ne pas inviter des artistes du Festival OFF de Québec et permettre à tous de découvrir - qui plus est en plein air - quelques talents locaux ? Il me semble que cela devrait être la priorité du FEQ : faire découvrir !

Le véritable problème est là. On ne se promène guère plus par simple curiosité sur les aires du FEQ. On a plutôt l'impression d'avoir des rendez-vous avec des vieilleries de l'histoire du rock ou encore d'avoir affaire à des saveurs musicales dans « l'air du temps ». Je veux bien croire que le FEQ fait partie de l'industrie du spectacle, mais pourquoi diable s'évertuer à délaisser, voire à abandonner l'identité artistique forte qu'il a déjà eue ?

Au fond, peut-être faudra-t-il se faire à l'idée. Victime de son succès, le FEQ n'est plus ce qu'il était. Certes, il présente une belle variété d'artistes talentueux, mais ce n'est plus un grand festival de découvertes. Il semble qu'il n'y en ait désormais que pour l'argent des touristes, les grandes vedettes et un désir presque pathologique de « remplir les plaines d'Abraham ».

Étienne Boudou-Laforce

Québec

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