Recours collectif au nom des victimes de la légionellose: tout ça pour si peu!

Claude Desjardins est décédé de la légionellose lors... (Photothèque Le Soleil, Erick Labbé)

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Claude Desjardins est décédé de la légionellose lors de l'éclosion survenue en 2012. Sa veuve, Solange Allen Desjardins, demande à ce que les proches des 14 morts soient dédommagés.

Photothèque Le Soleil, Erick Labbé

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Le Soleil

Le 17 juin, un recours collectif a été déposé en lien avec l'éclosion de légionellose ayant sévi à Québec à l'été 2012. Tous se rappelleront que cette éclosion avait infecté alors 181 personnes et causé la mort de 14 d'entre elles. Selon un communiqué de presse, le montant total de la réclamation est estimé entre 4 et 6 millions $. Ma réaction spontanée à la suite de cette annonce: tout ça pour si peu!

Je m'explique: trois ans après un événement qui a monopolisé l'opinion publique pendant plusieurs semaines et menacé l'industrie touristique de la région de Québec, comment se peut-il que ceux qui sont la source même du problème soient si peu visés pour le tort causé? Doit-on s'indigner que la requête vise principalement les autorités de la santé publique de la région de la Capitale-Nationale y compris, le Dr François Desbiens qui, de par ses fonctions, fut forcé d'intervenir publiquement alors que le fournisseur des traitements d'eau, celui de l'entretien ou encore le designer du système de la tour de refroidissement à la source de l'éclosion semblent être ignorés de la poursuite? La réponse pourrait bien être dans le rapport de l'enquête publique réalisé en 2013 qui mentionne : «Comprendre ce qui s'est passé à Québec à l'été 2012 est [...] un défi scientifique et technique.» (1) Avait-on l'intention d'aller au fond de l'enquête? Cela aurait nécessité, il me semble, un peu plus qu'une cohorte d'avocats. Des professionnels indépendants auraient dû être mobilisés sans exception pour faire enquête. Le propriétaire a-t-il négligé de retenir un soumissionnaire dont les services auraient été plus efficaces pour contrer la légionellose? Le traitement d'eau mentionné dans la soumission tenait-il compte suffisamment du risque de multiplication des Légionella? A-t-on eu recours à une stratégie de fonctionnement du système qui augmentait le risque de transmission de la légionellose? Le réseau d'eau comprenait-il des parties de faibles débits d'eau? Voilà quelques-unes des questions qui auraient aidé à identifier les causes précises de l'éclosion de l'été 2012 et sanctionner tous ceux dont la négligence a entraîné la mort de citoyens innocents. 

Par ailleurs, au sujet du montant estimé des réclamations générales d'entre 4 et 6 millions $, une recherche effectuée dans Internet m'a indiqué qu'un jugement a été rendu aux États-Unis au montant de 4 500 000 $ alors que le nombre des victimes ne s'élevait qu'à deux et qu'aucune n'est décédée. Une autre mentionne une poursuite de 337,5 millions $ contre un hôtel de Las Vegas et le journaliste titre que le propriétaire fautif devrait régler l'affaire rapidement. 

Aussi, à la veille des célébrations de notre fête nationale, nous sommes en droit de nous demander combien vaut la vie d'un citoyen du Québec? Guylène Bussières, journaliste à Radio-Canada, rapporte différents critères d'évaluation. Entre autres, les indemnités ont été fixées à 140 000 $ pour les conjoints des personnes décédées. Est-ce un montant fixe pour toutes les victimes? Qu'en est-il d'une personne qui était encore dans la cinquantaine comparativement avec une autre plus âgée? Qu'en est-il d'une personne qui n'avait pas de conjoint? Il me semble que, vu la gravité des événements et la volonté de punir de façon dissuasive l'ensemble des personnes et des organismes qui ont négligé leur responsabilité, le montant estimé pourrait facilement être multiplié par 10 et s'élever dans les 40 millions $. 

Pourquoi, me direz-vous, intervenir sur une telle question? En tant qu'ingénieur, je suis intervenu devant plusieurs assemblées internationales faisant état avec fierté de l'expérience que nous avons acquise au Québec en matière de prévention de la légionellose. Aussi, je crains de passer de la fierté à la honte et de faire face à l'hilarité générale quand, après autant d'actions entreprises qui ont entraîné des dépenses de dizaines de millions $, le tout se solde par une facture finale de quelques millions $ épongés péniblement à même le budget public. Le Québec est bien connu pour ses spectacles d'humour et de cirque. Peut-être, pourrions-nous ajouter à notre palmarès un prix convenable à la VIE?

(1) Rapport d'enquête de Me Catherine Rudel-Tessier, coroner, septembre 2013, p. 25

Mario Bellavance, ingénieur, Sorel-Tracy

***

=> Note de la journaliste Patricia Cloutier :

Me Jean-Pierre Ménard, l'avocat qui a préparé le recours collectif, a précisé en conférence de presse jeudi que les montants n'étaient pas représentatifs de la valeur des vies qui ont été perdues en raison de l'épidémie de légionellose de 2012. Il dit plutôt s'être fié à ce que les tribunaux ont octroyé comme compensation au Canada dans des causes semblables pour établir les montants demandés. Patricia Cloutier

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